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mercredi 30 avril 2008

Picastro + Psykick Lyrikah + Experience - Point Ephémère, Paris (29/04/2008)


C’est dans la froideur hivernale d’une journée d’un printemps qui décidément a beaucoup tardé à pointer le bout de son nez brûlant... C’est une semaine avant le concert historique du Bikini à Toulouse marquant le retour sur scène du duo Cloup - Michniak pour un même titre, sans titre... (mais c’est une autre histoire...). C’est dans l’attente de la découverte (pour moi) sur scène d’un des plus audacieux groupes (collectifs..) de rap, hip hop experimental (enfin quelque chose du genre) les Psykick Lyrikah. C’est aussi dans l’ignorance de la délicieuse surprise créée par le trio bosniaque Picastro en ouverture de soirée .... ... que les trois toulousains d’Experience étaient de retour sur la scène parisienne pour la sortie de leur album Nous (en) sommes encore là.

C’est un peu comme picasso avec un str dedans
La salle est quasi déserte quand les trois bosniaques de Picastro se mettent en place, chacun assis avec son instrument : une guitare pour elle, un violon pour lui, une batterie pour relui.
L’ensemble est d’une simplicité, d’un dépouillement désarmant et alors qu’on se dit qu’on va assister à quelques interprétations folkloriques d’Europe de l’est, on va de surprises en surprises. Les morceaux sont d’une beauté nostalgique folle (c’est l’effet violon ça), la voix de madame picastro (la picastra alors ?) est une de ces voix qui accrochent par leur timbre grave mélancolique même si ici elle n’est pas forcément des plus justes ou des plus inoubliables ... elle touche et c’est cela l’essentiel. Belle manière de débuter une soirée plutôt placée sous le signe de toutes les folies.

Je confirme Robert est bel et bien magnifique
C’est étonnant ces sensations qui nous traversent lorsqu’on s’apprête à enfin réaliser un rêve qui nous tient à cœur depuis presque trois ans. Trois années se sont écoulées depuis que j’ai jeté une oreille sur “Mille Bruit” extrait du projet ambitieux des membres du label breton idwet et de la compagnie théatrale l’unijambiste mêlant théatre , musique électro hip hop expérimental. Trois années pendant lesquelles je me suis plongée à corps perdu dans les premières réalisations des Psykick Lyrikah , découvert robert Le magnifique, et suivi Arm dans ses déviances plus rock avec Olivier Mellano à la guitare. En un seul morceau écouté sur une compile inrocks, mon cœur a chaviré pour les mots si poétiques de Arm, ses visions épiques, son flow tellement intense auquel s’ajoutent des orchestrations électro-hip hop de Robert Le magnifique toujours efficaces.
La collaboration d’Olivier Mellano au sein des Psykick Lyrikah plus tard a apporté un côté beaucoup plus noisy rock à l’ensemble. Et là ce soir c’est donc en formation trio que le groupe s’apprête à assurer la première partie d’Experience. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs, Arm ayant participé à l’un des titres du nouvel album des toulousains. Et là voilà , après avoir raté je ne sais combien de concerts des Psykick, de robert le magnifique, de représentations d’hamlet Thème & variations , voilà enfin Arm debout au milieu de la scène, Olivier Mellano sur sa droite et en arrière gauche UnRobert décidemment bien magnifique derrière les platines, sa basse à portée de main.
Passée l’émotion d’assister enfin à une prestation live des Psykick lyrikah, l’impatience et la curiosité montent. Le nouvel album du groupe , vu d’ici, sort le lendemain,et à part un morceau proposé sur myspace et le duo avec Dominique A en écoute sur le podcast d’un webzine ami, on s’attend donc à découvrir pas mal d’inédits dans le concert qui va suivre. “De plein fouet” débute un set intense et passionnant, s’ensuit “Vu d’ici” avec les mots de Arm qui percutent toujours si efficacement. Entre le jeu nerveux de Olivier Mellano, la basse habitée deRobeerrrrrtt quand il ne scratche, scritche, scrutche pas... ou que sais je encore, on en prend vraiment plein les oreilles, et le flow délicieux de Arm ne fait qu’ajouter au bonheur d’être là enfin devant eux. Une belle surprise se prépare lors de l’interprétation de la chanson duo avec Dominique A. On se dit un court instant que peut être le grand Dominique va nous faire une arrivée surprise ... et bien non, c’est Olivier Mellano qui se colle aux délicates parties chantées par monsieur A, et même si Olivier n’a pas le même timbre particulier, il s’en sort admirablement bien ! Les morceaux du nouvel album défilent ainsi quand le groupe quitte la scène pour ne revenir qu’en formation duo : Arm -Olivier Mellano (robert n’est plus là, on tentera de s’en remettre, difficilement soit, mais il y a des moments comme cela où il faut savoir faire preuve d’une force mentale exceptionnelle...). Arm, retrouvant Olivier en solo c’est la formation de l’avant dernier album des psykick, Acte, et c’est tout à fait logiquement que le groupe achèvera son set par le morceau “près d’une vie”.

C’est quoi l’arnaque ?
Après avoir quitté le groupe Experience au Glaz’art en février dernier pour sa première présentation live des morceaux de nous (en) sommes encore là, c’est avec encore plus de plaisir que nous nous apprêtons à les retrouver au Point Éphémère. Le groupe débute très fort, de manière très nerveuse avec “Une larme dans un verre d’eau” et ce sera comme cela pour les 4 premiers titres jusqu’au morceau “les aspects positifs des jeunes énergies négatives”. Ce qui marque surtout c’est une interprétation encore plus rock qu’au concert du glaz’art (et pourtant ce soir là, cela m’avait déjà semblé très intense et nerveux). L’arrivée sur scène de Mary Jane pour interpréter “retrouvée” et “deux” va marquer un moment beaucoup plus doux, une sorte de pause mélancolique avec “Deux”, un morceau qui n’en finit jamais de nous tirer les larmes des yeux, encore plus lorsque son interprétation s’accompagne des regards délicats queMichel pose régulièrement sur la douce Mary Jane. Le groupe retrouve sa formation trio et c’est alors que Michel justement va avoir ces quelques mots qui vont trouver toute leur importance un peu plus tard dans la soirée. S’agissant d’introduire le morceau “Ever Get the Feelin’ You’ve Been Cheated ?”, Michel Cloup fait son petit malin en nous lançant un perfide « heu vous n’avez jamais eu le sentiment de vous être déjà fait arnaquer ? » Et hop ! nous voilà parti dans un trip rock noisy où les trois garçons semblent prendre un pied absolu à jouer ensemble pour notre plus grand plaisir. Le concert se poursuit avec quelques valeurs sûres comme “Des héros”, “de quoi teneir jusqu’à demain” (qu’on nomme aussi le morceau Lisabo). C’est à ce moment là (je ne sais plus quand exactement) qu’un grand classique de la soirée cloupienne a lieu : le problème technique ! quand ce n’est pas la pédale , c’est un autre matériel qui ne fonctionne plus... cela se passe généralement en deux phases : la première c’est une petite gène nerveuse , suivie lorsque le souci persiste par un petit élan d’énervement toujours fort sympathique qui ce soir là se concrétisera en un : « quand je pense à tout le fric que j’ai mis là dedans » ... ce n’était d’ailleurs pas la même personne qui nous avait demandé notre sentiment sur l’arnaque il y a quelques minutes ?? La première partie du set s’achève sur l’excellent morceau “nous (en) sommes encore là”, toujours aussi épique dans son interprétation live. Lors des rappels Arm rejoindra les toulousains sur scène pour une république invisible qui clôturera une soirée bien riche en émotions.
Le concert achevé, les mêmes inconditionnels (membres de la Exp-army et autres) se retrouvent, échangent leurs impressions, les potins diabologoumesques du moment... dans une atmosphère des plus détendues quand l’un d’eux, un dénommé Guikeenan, nous montre la set liste de la soirée ... avec un concert qui aurait dû se terminer par le morceau “la vérité” ! la vérité ? la vérité ?la vérité ?????? mais oui il est extra ce titre avec les chœurs de Francisco, mais on ne l’a pas eu “la vérité” !! Et d’un coup cette parole d’un grand sage me revient en tête ... « heu vous n’avez jamais eu le sentiment de vous être déjà fait arnaquer ? » Hummm si un petit peu sur la vérité !!!
PS : Lors de ce concert aucun vol de maracas n’est à déplorer ... normal on n’a pas vu l’ombre d’une maracas de la soirée !

jeudi 14 février 2008

Microfilm + Arnaud Michniak + Expérience - Festival des Inaperçus - Glaz’art, Paris (08/02/2008)


Un soir au Glaz’art

C’est un de ces soirs d’impatience, l’impatience de revoir un groupe que l’on n’avait plus vu sur scène depuis près d’un an et demi. L’impatience de d’écouter des titres inédits enregistrés à l‘autre bout du monde. C’est un de ces soirs de curiosité, la curiosité de voir comment se débrouille un groupe qui évolue désormais avec un guitariste en moins. La curiosité de découvrir de jeunes gens mêlant extraits cinématographiques sur des ambiances noisy post-rock ; un peu à la manière de ce qu’on l’avait pu déjà écouter dans les 90’s.... C’est un de ces soirs d’envie, l’envie de revoir un artiste encore en solo avant de redevenir duo. L’envie de réentendre ce set singulier et ambitieux : explosif mélange de vidéos, de sons et de guitares, où se posent des paroles toujours aussi percutantes. C’est un de ces soirs nostalgiques où l’évocation de deux noms nous ramène 15 années en arrière. Et même si on devine qu’il n’y aura pas de « souvenons-nous » , le fantasme des retrouvailles est plus fort que tout.

Un hypothétique Micro-Espoir

C’est au groupeMicrofilm que revenait la délicate tâche de débuter la soirée. A partir d’extraits sonores et visuels de films des années 80, 4 jeunes gens proposent des musiques allant du noisy rock au post-rock. Si j’avais bien aimé la découverte du groupe au travers de leur album Vidéodrama, je dois dire que la salle du Glaz’Art, de par sa configuration et son fort remplissage ne m’ont pas permis d’apprécier les morceaux présentés en live. Trop de monde, visibilité réduite, c’est donc d’une oreille très peu attentive que j’ai suivi le set des poitevins sans pouvoir me faire une réelle opinion sur leurs capacités à transcender le public. A revoir forcément, mais dans de bien meilleures conditions.

C’est le bordel non ?

Il fallait donc rejoindre une place hautement stratégique afin de profiter au mieux du set de Arnaud Michniak. Quatrième fois que je voyais le garçon sur scène depuis son retour solo, avec la crainte que ce soit une fois de trop, qu’une lassitude s’installe. Une appréhension un peu bête puisque lors du concert précédent au Point Ephémère quelques remaniements sur différents titres apportaient déjà une touche différente des premiers concerts. L’ambiance sur place est particulière : une certaine nervosité de toute part. Dans la salle, le monde, l’excitation un peu incohérente de ceux qui espèrent sans doute un « revival » Diabologum et sur la scène la vidéo qui ne démarre pas ou se cadre mal sur l’écran du Glaz’art font qu’il règne une atmosphère plus que tendue. Et histoire de mettre en conditions dès le début du set quoi de mieux que quelques gueulards pour insulter (ou motiver) un Arnaud bien dans le trip survolté de ce qu’il va présenter. C’est le visage tendu, le poing serré sur le micro avec R. qui l’accompagne à la guitare que Arnaud Michniak va enchaîner quelques titres du EP complètement remaniés (et même "re-remaniés" depuis les concerts précédents). Les lignes mélodiques ont fait place à des beats intenses et les parties "chantées" à des textes violemment déclamés. Le morceau du DVD Appel ça comme tu veux(dont je ne sais pas si il a un nom particulier) est présenté avec des extraits visuels et sonores un peu différents (me semble-il), rendant le morceau très puissant et beaucoup plus tendu qu’il ne l’était lors de son interprétation auPoint Ephémère. S’ajoutent à ce set déjà inédit des morceaux travaillés et présentés lors de la résidence poitevine de mi janvier. Il y aura notamment un titre commençant par les hurlements insupportables des alarmes du Confort Moderne. Les interprétations sont intenses, les textes et les images projetées sont toujours autant porteuses de sens : la mise en avant d’une image non formatée de notre société . Il est très intéressant lors de ce concert de noter l’évolution que prend le travail d’Arnaud Michniak, c’est même passionnant de suivre au fil des concerts cette métamorphose : petit à petit on quitteMichniak et on devine Agent Réel qui sera l’identité du toulousain au sein du nouveau Programme. Cette impression me sera confirmée après le concert par l’intéressé en personne. Ce qui laisse croire que les concerts à venir seront encore plus intenses, plus tendus et flirtant avec une expérimentation encore plus complexe. Ce concert fut surprenant voire décevant pour certains qui venaient là pour entendre les morceaux du EP tels quels. Il fut par contre passionnant pour tous ceux qui prennent la peine de se plonger dans ces travaux sur lesquels Arnaud Michniak travaille depuis presque un an et dont les évolutions sont au fil des présentations de plus en plus palpables.

Pour la beauté du geste

Le set de Arnaud Michniak bien (trop) vite terminé. Enfin on allait assister sur scène au retour de Michel, Patrice et Francisco mais sans Widy : le deuxième guitariste du groupe ayant quitté l’aventure Expérience à l’été 2006. Dans le Glaz’Art la tension et l’excitation ne retombent pas. L’impatience de retrouver Michel Cloup et son groupe sur scène est belle et bien là s’ajoutant à l’enthousiasme de la découverte, quelques jours plus tôt, du premier single très énergique et très prometteur extrait de l’album à venir . Et ça commence fort, très fort, les nouveaux morceaux se succèdent, on les découvre et on est déjà bluffé. Démarrage fulgurant, guitare en force, sur “Entendre ça”, qui sera suivi par le très bon “une larme dans un verre d’eau” : un morceau qui dès les premières mesures résonne inlassablement en tête notamment grâce à une boucle mélodique qui revient régulièrement. “Il y a toujours une lumière” démarre doucement, calmement mais prend une intensité impresionnante au fur et à mesure de son interprétation pour s’achever sur un final époustouflant. le trio fonctionne vraiment de manière impeccable entre les samples lancés parPatrice, la puissance de la guitare, de la basse d’un Francisco surexcité et la motivation communicative d’un Michel Cloup un peu stressé par moment mais maîtrisant toujours de façon admirable l’interprétation de ces morceaux presque tous inédits. Comme le remarqueront certains, il manque un guitariste et pourtant nous avons l’impression qu’il n’y a jamais eu tant de guitares dansExperience. C’est avec un certain plaisir qu’on réentend des morceaux qui étaient déjà joués en concert quelques années auparavant comme le désormais célèbre et tant attendu sur disque “Ils sont devenus fous”. Ce morceau d’anthologie sera suivi du premier extrait du prochain album : le single “Les Aspects Positifs des jeunes énergies négatives” Un morceau qu’on a tant écouté la semaine précédant le concert qu’on trépigne à chaque note pour se rendre à l’évidence qu’en live ce titre est encore plus énervé.On retrouve avec une grande joie et même un brin de nostalgie “Des Héros” et “La Vérité” qui étaient joués lors de la tournée 2006. C’est d’ailleurs sur le second que Francisco nous montre à quel point il maîtrise les chœurs et sait accompagner avec rage Michel Cloup au chant. Intercalé entre ces deux titres Experience nous propose ce morceau qu’ils jouaient avec les basques de Lisabö : “De quoi teneir jusqu’à demain matin” toujours aussi intense même avec une seule guitare aux commandes. Le set principal se termine avec “Nous (en) sommes encore là”. Le groupe revient pour un rappel sur “La révolution ne sera pas télévisée” en version totalement remaniée avec une rythmique d’enfer et un Patrice qui assure décidemment comme un dingue à la batterie. C’est déjà terminé après plus d’une heure de déchainement très rock des trois toulousains. Et ce n’est pas le fétichiste de la maracas qui a investi la scène pour ses psychodélires qui va nous gâcher le moment présent.
Experience est bel et bien de retour, Experience a des nouveaux morceaux qui déménagent qu’on se le dise. Ce concert restera un bel « hommage aux décibels qui montent du sous sol, aux beats qui tabassent, aux riffs qui craquent, aux lignes de basse qui écrasent le thorax... ». Avec un retour sur scène aussi réussi on ne peut qu’espérer la suite (concerts et sortie du Lp...) pour très vite.

EXPÉRIENCE - LIVE - INAPERÇUS par lesgrandsmanitous

lundi 28 janvier 2008

EXPérience - Nous (en) sommes encore là


Presque deux ans que nous ne les avions plus vus sur scène, plus de deux ans que nous attendions la sortie d’un nouvel album de titres inédits, deux années durant lesquelles beaucoup de choses se sont passées pour Michel Cloup et son groupe. En ce début d’année 2008 très intense pour (E.x.p)erience, entre la mise en ligne le 01/02 de la vidéo du premier single extrait d’un quatrième album prévu pour le printemps prochain et en pleine préparation de leur retour sur scène le 08/02/08 dans le cadre du festival des inaperçus, Michel Cloup a eu la gentillesse de satisfaire la grande curiosité qui nous anime sur Le Cargo en jouant le jeu des questions-réponses pour notre plus grand plaisir.
Sfar  : Bonjour Michel. Experience a connu quelques petits changements depuis la sortie du Cd/Dvd Positive / Negative karaoke With A Gun / Smile fin 2005 et la tournée qui a suivi. Widy, désirant se consacrer à des projets plus personnels, a quitté le groupe durant l’été 2006. L’idée de poursuivre à trois, sans remplacer Widy, s’est-elle imposée d’emblée ?

Michel  : Pour être honnête, non ! Disons que dans un premier temps, il a d’abord fallu se faire à cette idée, puis trouver un moyen de se retourner. Nous nous sommes dit qu’il fallait essayer à trois et voir ce que cela donnait. Nous étions arrivés à un moment charnière où il fallait malgré tout un changement, une remise en question pour ne pas avoir l’impression de se répéter, avec ou sans Widy. Sur la fin, avec lui, nous étions dans une certaine routine, certes agréable, mais il fallait de toute manière tout casser. Et son départ a quelque peu précipité cette mutation : nous n’avions plus le choix. Ce qui nous a sauvé, c’est qu’il y avait de notre côté une forte envie. Ça s’est donc passé très facilement. Et comme ça marchait bien à trois, on a foncé.

Sfar  : Ce passage à trois se ressent-il sur le son d’Expérience  : doit-on s’attendre à un changement de style pour les nouveaux morceaux ? Quelque chose de plus pugnace peut-être ?

Michel  : Ce passage à trois a d’abord resséré nos liens, et par la même occasion notre son. Il n’y a pas non plus un monde entre EXP à 4 ou à 3, c’est un peu différent certes, mais pas non plus à l’opposé. Je ne crois pas que le nouvel album soit particulièrement plus pugnace, je pense surtout que l’album de reprises (karaoke) nous a un peu plus décomplexés. Le nouvel album est très dense, assez varié, et plutôt long. Il y a encore plus de liberté que par le passé quant aux formats. Et dans l’ensemble, ça fait toujours du bruit à fort volume.

Sfar  : Cela fait près de 4 ans que vous n’avez pas proposé de nouveaux morceaux ( Positive Karaoke...étant un album de reprises). Quand vous êtes-vous remis à l’écriture et à la composition de nouveaux titres ? Si je me souviens bien, lors de la tournée 2006, vous jouiez déjà deux titres inédits.

Michel  : Oui, il y avait deux titres sur scène en 2006, j’avais de mon côté quelques textes et quelques embryons de morceaux, et l’inspiration a été au rendez-vous quand nous nous sommes retrouvés à 3 en Septembre 2006. En 3 mois, nous avions maquetté les ¾ du disque.

Sfar  : Entre temps, Michel, tu as porté un projet audio-vidéo assez atypiqueThe Overnight Project : des compositions originales instrumentales servant de bande son à des extraits de films d’horreur ou de science fiction. Quelle en est l’origine ?

Michel  : J’ai commencé ce projet un peu par hasard, pour m’amuser, et j’ai continué. Cet album s’est fait en deux ans, dans des trous, quand j’avais le temps. Rien d’autre qu’un jeu. J’adorais ce genre de films gamin, j’en regarde toujours, une sorte de « madeleine », plutôt sanglante.

Sfar  : Il me semble que tu n’as présenté qu’une seule fois ce projet en concert, qu’en est il aujourd’hui ? Cela restera-t-il quelque chose d’unique ou s’agit-il juste d’une mise en stand-by pour plus tard ?

Michel  : Je suis ok pour faire plus de concerts : envoyez vos propositions ! Le projet est juste en stand-by, je n’ai pas encore splitté.

Sfar  : Imaginais-tu que cela prendrait tant de temps entre l’envie de faire ce nouvel album juste après le Karaoké et son enregistrement en décembre dernier ? Est-ce que cela a été facile de retrouver un label, un distributeur ... ? Beaucoup de groupes galèrent en ce moment avec tout ça.

Michel  : A vrai dire, je pensais que ça irait plus vite, mais la vie est pleine de surprises. Nous avons la chance d’avoir un label qui était assez fou pour vouloir nous envoyer dans un vrai studio, et éventuellement à l’étranger. Nous avons contacté plusieurs personnes, ça a pris du temps car les plannings sont bookés sur 6 à 8 mois, nous avons finalement opté pour Greg Norman à Electrical, avec le recul, nous sommes très contents de ce choix.

Sfar  : Oui cela valait la peine d’attendre, puisqu’en effet début décembre vous vous êtes donc retrouvés à Chicago dans les studios Electrical Audio deSteve Albini pour enregistrer avec Greg Norman (Pelican, Detachment kit, Milemarker ... ). Comment se sont passées les sessions de travail ? Y a -t’il là bas une approche et une façon de faire vraiment différentes de ce qui se fait en France ? Qu’a apporté Greg Norman à l’album ? Avez-vous été de suite satisfaits de ce que vous obteniez ?

Michel  : L’approche c’est : « Do it yourself ». Greg (comme Albini) n’est pas un producteur qui te prend la guitare des mains pour rejouer tes parties parce qu’il pense pouvoir mieux faire. C’est un ingénieur du son. Bien au contraire, nous savions que beaucoup de choses allaient reposer sur nous, notre son, nos chansons. Il fallait être un maximum prêt, d’autant plus que nous avions une session plutôt courte (4 jours pour enregistrer et 4 pour mixer). Lui était là pour capturer au mieux ce qui sortait de nos amplis, de nos instruments. Bien sûr il donnait son avis, a proposé des options, surtout sur le mixage. Nous avons donc enregistré l’album en 4 jours, dans des conditions Live, avec un petit overdub de guitare par ci ou par là, mais très peu en fait : nous ne voulions pas tricher sur la formule trio par rapport à la scène. Le choix d’Electrical allait aussi dans ce sens, nous voulions vraiment une énergie Live, encore plus que par le passé, et ils font ça bien à Electrical  ! Nous n’avons fait que deux prises maximum par titre, afin de garder une certaine fraicheur, et comme la bande 24 pistes coûte cher, nous n’en avons gardé qu’une seule ! Cette session a été très rapide mais très agréable, aucun stress, bien au contraire, que du plaisir, une sorte de libération après plusieurs mois d’attente. Greg est un type très bien, très drôle et très pro, il ressemble beaucoup à notre ingé son de Live, aussi bien physiquement que dans son humour débile, parfait pour nous. Oui, il y a une façon de faire assez différente d’ici, beaucoup de bidouille, de trucs interdits par les écoles d’ingés son. Et puis aussi, une culture du son tout court, de l’histoire du son, des vieilles machines...et enfin beaucoup de savoir-faire. Satisfaits tout de suite ? Oui. Dès la première prise de la première chanson, juste en écoutant la mise à plat, tu sens si ça va sonner ou pas. Et là, c’était vraiment ce que nous voulions. Je ne parle même pas du mixage. Et je suis du genre perfectionniste, à me prendre la tête sur des détails à la con, et du coup, j’ai du lâcher du leste, ce qui n’était finalement pas si mal.

Sfar  : Cela a dû être émotionnellement très fort de vous retrouver dans ces studios mythiques. En plus vous avez eu la chance d’assister à un concert de Shellac, qu’ils répètent près de votre studio. Y a-t-il eu une rencontre Experience - Shellac ? Comment as-tu trouvé leur concert ? Todd Trainer est un batteur vraiment hallucinant, non ?

Michel  : Nos étions très contents d’être là car toute l’équipe est très sympathique, il n’y aucune prétention, c’est très respectueux, ils étaient aux petits oignons avec nous. Leur bonne réputation n’est pas un mythe et l’endroit est juste parfait. Le concert de Shellac était excellent, que tu aimes ou pas leur musique, tu n’as pas d’autre choix que de dire que c’est excellent. Très impressionnant. Nous les avons croisé pendant quelques jours au studio, et nous avons surtout parlé de billard, de poker, et regardé Discovery Channel. Nous avons aussi parlé de guitares en métal.

Sfar  : Ces enregistrements à Chicago nous ont permis de reprendre de vos nouvelles quotidiennement sur le blog du groupe. Que ce soit dans ces occasions, lors de la réalisation de podcasts durant la tournée 2006 ou même par tes interventions et ta grande implication dans le forum du site Experience, on sent chez toi cette envie de faire partager énormément et d’être tout simplement accessible pour ton public. C’est important pour toi ces relations particulières, c’est quelque chose qui te semble nécessaire ?

Michel  : Ça fait partie de la philosophie du groupe, je crois. Ce n’est pas une idée très nouvelle ou exceptionnelle, beaucoup de monde fait ça aujourd’hui, être en contact direct avec les gens. Sur notre forum, ça discute aussi d’autre chose, ça parle musique, cinéma,etc... J’aime bien y aller de temps en temps, échanger des idées ou des disques... Le blog, c’est comme un jeu, parfois je fouille dans les archives pour voir où nous étions à un moment précis, l’an dernier ou il y a deux ans, c’est une sorte de mémoire en ligne.

Sfar  : Comment vis-tu la critique : appréhendes-tu ce qui va être dit, écrit sur le prochain album ? Il me semble que tu as une certaine sensibilité à ce niveau-là. On a déjà pu le remarquer au cours de quelques unes de tes réactions (toujours justifiées) sur le blog ou dans le forum. Imaginons, tout à fait au hasard, qu’on écrive que certaines personnes trouvent les nouveaux morceaux de experience chiants, tu penses que tu t’en remettrais ? Plus sérieusement arrives-tu à prendre du recul avec tout ça ?

Michel  : Nous avons sorti beaucoup de disques, ensemble ou dans d’autres projets, et nous savons comment fonctionne ce système, plus ou moins qui est qui ou qui fait quoi, et ça a tendance à nous amuser, aujourd’hui. Je peux même dire qu’on s’en fout royalement. Bien sûr, nous sommes du sud, et parfois il y a des coups de sang mais globalement on arrive mieux à se maitriser, on boit de la tisane. Le recul, c’est que nous avons des vies à côté, des vraies vies, et beaucoup de choses à faire.

Sfar  : Le 08 février est une date importante : le grand retour sur scène d’Experience dans le cadre du festival des Inaperçus au Glaz’art. Comment vous préparez-vous pour la scène maintenant que vous n’êtes plus que trois ?

Michel  : Comme avant, on répète, on rapièce nos costumes de scène, on fait du sport, et on boit de l’huile de foie de morue.

Sfar  : « Le hasard » a voulu que vous vous retrouviez, ce même soir, dans la programmation avec Arnaud Michniak. Tu te doutes que cette affiche fait surchauffer les machines à fantasmes de tous ceux qui ont adoré Diabologum. Pour toi, cette soirée prend-elle aussi une saveur particulière allant au-delà de votre retour sur scène ?

Michel  : C’est surtout notre « retour » qui m’excite, avec en plus l’opportunité d’une belle affiche, d’une belle soirée, et peut-être d’un bel after. Qui sait ? Je n’ai aucune nostalgie de Diabologum, je vis dans le présent et non dans le passé. Je suis content de partager l’affiche avec Arnaud car c’est un vieil ami et que nous avons beaucoup de choses en commun. Nous prévoyons d’ailleurs dans le futur la possibilité d’un plateau Experience/Michniak, c’est toujours agréable de tourner avec des copains, et nous avons aujourd’hui plutôt envie d’unir nos forces au lieu de faire systématiquement cavaliers seuls.

Sfar  : En parlant de Diabologum, cela fait dix ans cette année que le groupe s’est séparé. Y a-t-il toujours ce projet de DVD anniversaire ? Que retrouvera-t-on dedans ?

Michel  : Le DVD est en stand-by pour l’instant, trop de projets pour tout le monde, trop de travail. Ça viendra, ça viendra, en son temps...

Sfar  : Pour en revenir aux projets futurs et ce prochain album dont la sortie est prévue au printemps, peut-on en savoir un peu plus ? Un titre ? Le nombre de morceaux ? Un single est prévu avant la sortie de l’album ?

Michel  : L’album s’appelle : Nous (en) sommes encore là. 14 titres, 65 minutes, plusieurs singles sont prévus avant l’album : le premier s’appelle : “Les aspects positifs des jeunes énergies négatives” et il sort début Février.

Sfar  : Comptes-tu faire à nouveau appel à la ExpArmy comme lors la sortie de la « Révolution ne Sera pas télévisée » avec de nouvelles actions stickers par exemple ? (moi je dis OUI OUI OUI !)

Michel  : Rien de plus n’est prévu pour l’instant, mais chaque membre est tenu de commettre ce genre d’actions EN PERMANENCE.

Sfar  : Que peut-on souhaiter de plus pour Experience pour 2008 à part un accueil enthousiaste de l’album et des concerts à gogo ?

Michel  : Ce serait largement suffisant.

Sfar  : Merci Michel.

Michel  : Merci à toi...

vendredi 3 mars 2006

EXPerience - La Laiterie, Strasbourg (01/03/2006)

Concert Paris
Ce mercredi soir Experience avait l’honneur d’ouvrir l’une de ces soirées ‘Ohm Sweet Ohm’ très prisées du public alsacien de la Laiterie. Soirée assez éclectique où à la suite du groupe toulousain on nous proposait Bauchklang (un groupe hip hop vocal autrichien), Kill The Young (phénomène rock teenage du moment), Alec Empire (icône de l’inde goth) et l’Oeuf Raide (groupe électro français).
Les 4 garçons ont enchaîné 14 titres en 1 heure et si l’organisation n’avait pas été si stricte je pense que nous aurions certainement eu droit à un ou deux morceaux supplémentaires.
Malgré deux petits couacs techniques le concert a été d’une grande qualité. Pat, tout juste remis d’une méchante opération, assurait sans problème à la batterie et autres percussions. Le groupe a proposé un beau mélange de titres lors de ce set : 4 morceaux issus de leur album de reprises, un peu du premier album et pas mal du second : Hémisphère Gauche, ainsi que le morceau qu’ils jouent avec le groupe basque Lisabö. Mais la belle surprise a été la présentation de deux nouveaux titres totalement inédits et même si sur le premier "Héros", il a fallu s’y reprendre à plusieurs fois, ces morceaux vraiment excellents augurent un futur album de qualité. Le premier "Héros" est de la veine d’Aujourd’hui Maintenant, le second "La Vérité" est plus hip hop. Avec un public chaleureux, Michel Cloup et son groupe nous ont proposé une heure de musique bien puissante avec des textes toujours accrocheurs, un Pat en pleine forme, un Michel Cloup toujours motivé, un Francisco assoiffé et un Widy impeccable.
Un groupe qui vaut vraiment le coup d’être vu sur scène.