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mercredi 17 août 2011

Festival La Route du Rock 2011

Edit d'août 2014 
Les photos illustrant cet article ont été perdues dans la migration du site et le crash d'un disque dur... Seul l'écrit reste.

Route du Rock - Saint Malo 12,13,14 août 2011
C’est amusant le pouvoir attractif du festival de la Route du Rock. On hésite parfois à s’y rendre, on se laisse convaincre, quand on y est il nous faut surmonter la pluie, la boue, le froid, la fatigue et des concerts parfois décevants. Exténué(e) on se jure que l’année suivante on ira découvrir des ailleurs musicaux. Et pourtant... tout festivalier malouin quoi qu’il ait vécu durant les trois jours de la Route du Rock connaît l’inévitable "festi-blues". Il nous prend généralement dès le lundi et pour un long moment. On aurait presque la nostalgie des pires galères qu’on y a vécu. C’est le cœur serré que nous prend l’envie folle que tout recommence très vite. Et forcément l’année suivante on y retourne avec toujours autant de plaisir.
On s’y sent bien au Fort Saint-Père. La taille du site où se déroulent les concerts du soir est tellement conviviale. Déjà dans l’après-midi certains se retrouvent sur la plage Bonobo quand d’autres profitent des festivités du Palais du grand large. Cette année mon amie-collègue DissoGirl de DLF était mon hôtesse ce qui m’a permis d’apprécier le festival et ses à-côtés en fort agréable compagnie.
Vendredi, c’est via le net que j’ai suivi cette première journée puisque je n’arrivais en terres bretonnes que pour le week-end. Il faut bien le reconnaître : il s’agissait certainement de la meilleure journée du festival. Déjà en terme de programmation mais aussi parce qu’elle ne fut ni pluvieuse ni boueuse. On retiendra l’émouvant et excellent concert des Electrelane qui ont judicieusement décidé cet été de faire quelques retours sur scène. Suuns a enthousiasmé une bonne part du public. Sebadoh comblait les fans de la première heure et autres groupies de Lou Barlow (Ahhh Dinosaur Jr...). Mogwai a fait du Mogwai ni transcendant, ni décevant. Etienne Jaumet a convaincu alors qu’Aphex Twin semble avoir laissé pas mal de festivaliers perplexes ! Quant à Anika, la Route du Rock a très bien fait de la programmer en premier concert de la première soirée. Comprendra qui voudra.
Samedi, après un petit détour au gite de rêve de nos camarades du "collectif" RootduRock (et là aussi) direction le Fort Saint-Père. C’est en images commentées que vous découvrirez la suite. [Mes neurones n’ayant plus la capacité de faire des belles et longues phrases].
Petite pause écriture, tout simplement parce que je n’ai plus de photos des autres concerts vue la pluie qui ne cessait de tomber. Alors que dire de Cults sinon que c’est aussi frais (pas terrible diront certains) sur scène que sur album. Il ne faut pas attendre plus de ce jeune duo américain sinon la déception pointe inévitablement. Concernant les Blonde Redhead, la perplexité me gagne : découvrant le groupe sur scène, le connaissant à peine au travers de ses dernières réalisations, il m’avait toujours semblé que Blonde Redhead c’était du lourd et du costaud. Est-ce la pluie qui m’a liquéfié le cerveau ? Le groupe ne m’a absolument pas convaincue voire carrément déçue ! Je serais bien allée profiter de Dirty Beaches qui officiait à la scène de la Tour mais une discussion fort passionnante entre Disso et Chryde de la Blogothèque, à laquelle je fus gentiment conviée, m’a retenue bien au sec et se révéla fort instructive sur les récentes améliorations/nouveautés apportées au site. Il ne faut d’ailleurs pas hésiter à s’y rendre régulièrement et pas seulement pour leurs fameux concerts à emporter. Bravant la pluie nous assistons au set de The Kills. Ma dernière fois en live avec le duo Alison Mosshart - Jamie Hince c’était justement sur cette même scène de la Route du Rock en 2009. Le duo semble avoir perdu en magie. Même si les morceaux sont toujours aussi efficaces, il manque le petit brin de folie et la sueur dans les interprétation qui accompagnaient autrefois le groupe. La pluie, la fatigue nous ont HÉLAS, mille fois hélas amenées à quitter le site avant le concert de Battles qui demeurera pour tous ceux encore présents au Fort la performance la plus phénoménale de tout le festival. Le concert est enfin visible sur Arte Live Web. Demi déception de mon côté puisque le groupe a l’excellente idée de passer en concert à La Laiterie de Strasbourg le 12 septembre prochain.
C’est dimanche et c’est reparti pour mon compte-rendu façon soirée diapos !
Aparté pour signaler la gentillesse particulière des responsables du label Monopsone Records qui viennent tout juste de sortir le second album des toulousain de Növo dont je compte parler dans quelques temps. C’est aussi l’occasion, comme à chaque festival, de passer faire un petit coucou à Clément qui gère avec ses collègues (dont Adeline absente pour cette édition) admirablement le label Another Records. C’est chez Another Recordsqu’on retrouve entre autres les facétieux et talentueux The Finkielkrauts. Était aussi présent le label Humanist Records.
Nouvel aparté pour évoquer le cas Fleet Foxes. C’est un peu l’incompréhension qui m’envahit tant ce groupe est apprécié par des festivaliers fanatiques qui reprennent à tue-tête les morceaux joués sur scène. La prestation qui s’offre à moi me laisse de marbre. Je ne suis ni émue ni impressionnée par les morceaux folks sans doute de qualité que le groupe de Seattle délivre. Sans doute une question de goût. On s’en remettra.
Mon festival édition 2011 prend fin sur Dan Deacon, les plus courageux profiteront d’un set visiblement fort efficace de Mondkopf. Les pros, VIP et bénévoles pourront poursuivre l’aventure jusqu’au petit matin lors d’une After apparemment mémorable. Voilà c’est fini comme dirait l’autre. Il nous reste quelques morceaux de boue sur nos bottes qu’on n’a pas envie de nettoyer. Paradoxalement malgré une programmation qui s’est révélée de qualité inégale voire décroissante sur les trois journées, la pluie du samedi, la boue marécage du dimanche, cette édition 2011 restera comme l’un des meilleurs souvenirs de mes virées en terres malouines. L’année prochaine nous serons encore nombreux à nous laisser tenter par l’aventure musicale et humaine que nous procure la désormais mythique Route du Rock.


Des concerts à revoir sur ArteLiveWeb.
Des photos absolument fantastiques à voir chez Surveyor.
Des interviews en vidéo chez GrandCrew.
A surveiller des "je-ne-sais-pas-trop-quoi" décapants à venir sur La Blogothèque.

lundi 16 août 2010

Festival La Route du Rock 2010 [via le Web]

Route du Rock 2010 (collection été#20) – Saint-Malo – 13,14 et 15 août 2010

Alors cette année j’ai été privée de Route du Rock en vrai de vrai pour tout un tas de raisons sans intérêts. Après avoir participé aux éditions 2008et 2009, pas question de "rater" l’édition 2010 : celle des 20 ans du festival qui plus est. Aidée de tout l’outillage d’investigation que le net nous offre il a été possible de suivre et vivre une Route du Rock vue du net. Compte-rendu un peu particulier s’appuyant en grande partie sur les concerts qui furent proposés en direct par l’excellente équipe de cadreurs-réalisateurs d’Arte Live Web, les témoignages de mes amis doux dingues qui résidaient au Gîte Corsaire (la fine équipe Root du Rock), les incroyables photos de concert et d’ambiance du tumblr. surveyor, les live tweet de mes collègues Cataras et Mathieu Gandin ainsi que des errances Twitter, Flickr, Facebook... et la joie de partager ces moments avec quelques autres, comme moi, privés de présence malouine en cet été 2010.

Premier jour

 Démarrage en beauté pour la journée de vendredi, le temps n’est pas (encore) mauvais et tout le monde semble arriver tant bien que mal à bon port. Anousonne de l’équipe Grand Crew (qui mettra en ligne des vidéos filmées durant le festival) nous a fait le coup de la panne de voiture pendant que le boss de Clapping Music lance des appels désespérés pour trouver un point de chute dodo. Première journée dense pour le label d’ailleurs en quête de ses accréditations perdues. Les membres de Little Red Lauter débutent les concerts de la plage Bonobo qui seront hélas déplacés les deux jours suivants au Palais du grand large pour cause de météo pourrie. Belle ambiance, apparemment grosse détente et set vivement apprécié par ceux présents sur place.
Et les choses sérieuses commencent enfin pour les festivaliers lointains avec la retransmission sur le net en direct du concert des Dum Dum Girls : jolies brins de filles, jupes courtes, bas déchirés, pour ce qui est de leurs morceaux cela reste assez plan plan avec un rock noisy tranquille. Pour une mise en bouche ce set est plutôt sympathique.

Il faut dire que beaucoup attendent le concert de Yann Tiersen. Après une résidence à l’Antipode de Rennes pour préparer cette présentation sur scène du prochain album Dust Lane qui sortira à l’automne, ce ne sont pas moins de 15 personnes qui doivent accompagner Tiersen sur scène. On prévoit du guest avec entre autres présences : Josh T. Pearson, Laetitia Shériff et Matt Elliott. Démarrage impressionnant, les morceaux de l’album à venir semblent vraiment puissants et donnent envie de les découvrir sur disque. Pourtant le set de Tiersen prendra un sacré coup de mou durant une grande partie de cette longue prestation. Les "stars" présentes dans les chœurs n’apportent pas une touche transcendante à l’ensemble. Un peu décevant il faut bien le reconnaître. Ceci explique peut-être le fait que la vidéo qui devait être validée par Tiersen pour une remise en ligne définitive soit toujours inaccessible. Connaissant les exigences de l’artiste quant à la qualité de son travail, rien d’étonnant dans tout cela.
On enchaine les live en streaming avec la prestation de The Black Angelsprésentés comme des rockeurs psychédéliques. Voilà du rock gras, lourd, ne brillant pas forcément par l’originalité. Au final, une prestation qui se suit agréablement à distance. Les personnes présentes sur place nous confient s’ennuyer et trouver le set un peu lassant sur la durée.
Pendant ce temps-là quelque part du côté des VIP, un concert sauvage deFederico le Lonesome French Cowboy accompagné de Michel Cloup est proposé devant quelques privilégiés. la preuve par les images de Djenvert.
Voilà enfin le groupe le concert de Liars. Inconditionnelle je suis, inconditionnelle je resterai. Avec en tête les souvenirs de leur fantastique concert de la Laiterie, et en attendant la date parisienne de fin octobre, c’est avec une grande excitation que l’on suit la prestation sur le net. Angus égal à lui-même nous offre de nouveau une sacrée démonstration de belle présence scénique. Il hurle, gesticule, fait des tentatives hasardeuses de maniement de langue française. Beaucoup de morceaux de l’exceptionnel album Sisterworldseront joués dont "I Still Can See An Outside World" qui démarrera intensément le set. Une reprise de Bauhaus et un final avec notamment "The Other Side Of Mt. Heart Attack" et "Plaster Casts of Everything", voilà de quoi marquer durablement les esprits et les cœurs. Seule bizarrerie de la soirée l’interprétation très chaotique du morceau "Scissor" ,qui m’avait laissé un délicieux souvenir lors du concert strasbourgeois, nage ce soir-là dans le très laborieux. Le son des claviers poussés trop fort à mon goût, le décalage et le chant vraiment faux d’Angus ne sont pas du meilleur effet. Des expérimentations ratées peut-être. Les Liars sont une valeur sûre en live c’est un fait indéniable.
que les internautes attendent impatiemment pour cette première soirée : 
La soirée s’achève là depuis le net, on suivra les commentaires enthousiastes des festivaliers présents devant une prestation semble-t-il fort réussi de Caribou. (Pour beaucoup il s’agit là du meilleur concert de cette vingtième édition)

Deuxième jour


Ou encore appelé "journée de la botte". Grande nouvelle-étonnante- : il pleut à Saint-Malo. Alors soit les festivaliers sont infoutus d’être prévoyants soit ils croyaient à un miracle. Du coup tous les commerces de la ville sont pris d’assaut pour trouver la plus belle paire de pantoufles en caoutchouc qui permettra à chacun et chacune d’être au top pour le bal boueux de la soirée au Fort Saint-Père.
Sur le site c’est un peu la panique, il faut avant la soirée rendre l’endroit un peu plus accessible aux non nageurs. les festivités de la plage sont délocalisées au Palais du grand large. Pendant ce temps on apprend que le set de DM Stith d’abord annulé pour cause d’embouteillages, sera en fait reporté dans la soirée sur le Fort. Hope Sandoval offre aux spectateurs du Palais un set musical peu lumineux.
Et c’est reparti pour les retransmissions live sur le web. On débute avecMartina Topley Bird qui chante aussi au sein de Massive Attack. La vidéo n’est étonnamment plus disponible sur Arte Live Web : peut-être que Tiersenne l’a pas non plus validée !? Prestation plutôt sympathique, lumineuse avec uneMartina magnifiquement vêtue d’une robe rouge, avec le visage décoré d’un maquillage rouge or autour des yeux très réussi.
Il faut attendre le concert du duo The Hundred In The Hands pour attaquer les choses sérieuses. Nouvelle signature de Warp, ce couple originaire de Brooklyn sortira en septembre son premier album. Vue l’efficacité de leur électro-pop-rock sur scène autant dire que nous serons nombreux à prêter une oreille des plus attentives aux réalisations à paraître. Il s’agit du dernier concert diffusé en direct pour la soirée. La prestation de We Have Band qui joueront tard dans la nuit est visible par contre depuis ce lundi matin. Du côté des festivaliers Foals et Massive Attack seront les moments forts de cette deuxième journée.

Troisième jour

Les festivaliers se sont habitués à un temps maussade et visiblement un peu plus supportable que celui de la veille. Pourtant il faudra encore déménager la plage au Palais du grand large où officient ce jour Monsieur Clapping Music et la toujours géniale Amnotham pour un Dj set. Pendant ce temps-là les joyeux drilles la Root du Rock se reposentet font un peu de ménage. S’ensuit la prestation de Karaocake bien appréciée du côté du grand large.
Autant être honnête nous sommes pas mal frustrés par les groupes proposés ce dimanche en retransmission sur Arte Live Web. On ne va pas non plus se plaindre mais quand on sait que ce même soir joueront The Flaming Lips,The National ou encore The Rapture, il est bien difficile de s’enthousiasmer pour les groupes que l’on pourra suivre en guise de mieux que rien. Surtout quele concert de Thus:Owls est loin de convaincre les web-spectateurs. Dans le genre mou soporifique ils se défendent avec efficacité.

Ce sont ensuite les barbus porte-rideaux d’Archie Bronson Outfit qui prennent la relève. Une fois passé le choc des images, on peut apprécier la prestation époustouflante de ces messieurs. Cela reste quelque chose d’assez conventionnel dans un blues rock efficace. Mais voilà après la prestation des Thus:Owls n’importe quoi pourrait sembler époustouflant.
Dernier concert retransmis de la soirée : Serena Maneesh, nouvelle signature du label 4AD. Alors là pour le coup on ne s’ennuie pas, on se perd carrément dans une musique bruitiste avec des nappes qui se prennent pour du sous My Bloody Valentine, puis on passe d’une ambiance shoegaze à quelque chose de plus pop. Par le web ça ne passe pas du tout, sur place les réactions semblent tout autant mitigées.
C’en est fini pour les festivaliers du net. Sur place la soirée, la vraie, peut enfin commencer. Mes petits tweets m’ont dit que The National avait assuré du feu de Dieu, que les Flaming Lips avaient donné dans la kermesse, fête d’anniversaire à coup de gros ballons et de pluies de confettis et que The Rapture avaient été très efficace sur leurs anciens titres. Une after de fin festival plutôt réchauffée passée, il est déjà temps de se projeter sur l’édition 2011.

mardi 18 août 2009

Festival La Route du Rock 2009

Route du Rock 2009 (collection été#19) - Saint-Malo - 14,15 et 16 août 2009

Seconde fois que je me rends à la Route du Rock, après un coup de cœur incroyable l’an passé pour ces lieux, ce site formidable et le caractère presque intimiste d’un festival à la programmation souvent pointue.
Public de connaisseurs, quelques « VIP »... heu beaucoup trop de « VIP », journalistes, photographes cette année : obligation de diffuser de faire parler, de faire venir du monde, le festival tentant de renflouer un déficit bien difficile à combler. Nos confrères de la Blogothèque-Arte Live ayant investi cette édition pour y tourner leurs célèbres et désormais cultes CAE, nous nous contenterons cette année de proposer sur le cargo des séries de photos et de rendre compte du festival à notre manière. A la lecture des différents comptes-rendus diffusés chez quelques confrères, on en oublierait presque que le festival de la route du rock ne se résume pas à quelques concerts emblématiques et une présence régulière au bar VIP. De toute manière, entre nous, pour ce qui s’y passe au bar VIP... hum, autant nous intéresser au reste.

19ème édition d’une route du rock terriblement ensoleillée cette année. Pas une goutte de pluie, on le regretterait presque, cela ne fait pas partie du décor habituel, mais où sont les bottes, les cirés, les cheveux mouillés, les gouttes qui perlent sur des visages grelottants ? ... et puis non on s’en accommode fort bien. Tee-shirts, débardeurs, visages rougis par le soleil voilà qui promet un festival léger et sympathique. La route du rock c’est un peu la colo des grands amateurs de rock indépendant, les mêmes têtes s’y retrouvent, on reprend ses petites habitudes plage, camping, apéros, concerts et même si la programmation n’est pas toujours des plus affolantes on vient toujours à Saint-Malo avec une grande impatience.

LES INCONTOURNABLES

Une nouvelle fois le festival propose une multitude d’occupations entre la scène jeunes talents, les concerts et les conférences du Palais du grand large, les écoutes Dj SET sur la plage avec cette année la douce Ethel qui a régalé nos farnientes ensoleillées par quelques sets savoureux. A noter aussi l’excellente idée d’avoir fait appel à deux de nos meilleurs labels : les bordelais de Talitre et le collectif effervescence pour reposer nos corps et nos oreilles en attendant les concerts de la plage. Timing oblige, le seul concert de la plage auquel j’ai pu assister fut celui des The Delano Orchestra. Belle entrée en matière dans le festival tout en douceur avec des morceaux intensément planants.
Pendant ces temps de plage, au Palais du grand large quelques autres artistes se produisent. Et comme tous les ans on ne sait où aller (choix cornélien entre « je bronze en musique » ou « je m’éduque avec Christophe Brault et sa conférence sur le bruit & la mélodie » ?) Honteusement cette année la conférence aura fait place à la quiétude musicale de la plage Bon-secours en charmantes compagnies. La particularité de la route du rock tient aussi dans l’excentration de ses différents lieux de festivités. Le gros du festival se passant au fort Saint-Père, l’un des périples inévitables est de parvenir à faire le trajet ville-fort sans trop de délais.
Comme l’an passé l’expérience navettes tient lieu d’expédition quasi héroïque. Déjà rien n’est indiqué nulle part concernant les lieux d’arrêt des navettes que ce soit à la gare ou devant le palais. Seuls quelques élus, dont je fais partie, connaissent le bon endroit stratégique, celui où ladite navette viendra stopper net à nos pieds. On se gausse sadiquement en observant quelques pauvres bougres bracelets ou tente quetchua à la main qui poireautent au mauvais endroit. En même temps vu le peu de places disponibles à chaque fois qu’une navette arrive, c’est une chance que des festivaliers moins perspicaces s’égarent. Ce n’est qu’une fois à bord du car qu’on leur criera : "ah ben mince vous attendiez pour la navette de la route du rock ? Non ?!?? Ne Vous en faites pas la prochaine arrive théoriquement dans une demi heure soit dans notre espace spatio-temporel une bonne grosse heure et demi !". Patience, patience... tel est le leitmotiv du festivalier non véhiculé.


DIS MOI CE QUE TU PORTES JE TE DIRAI PAR OÙ ENTRER

Arrivés sur le site, nous remarquons d’emblée que les sponsors ont encore bien investi le fort et pas forcément de manière très discrète. Évoquons vite fait cette file complètement ridicule à l’entrée du site réservée aux seuls possesseurs de chaussures Converse. File leur évitant une attente trop longue au milieu des autres festivaliers, pauvres minables, possesseurs de chaussures « autres ». Quand on se décarcasse des années entières dans les écoles à inculquer quelques valeurs concernant la marque et ses dérives nauséabondes, l’enseignante que l’on est, a vraiment du mal à comprendre comment des publicitaires peuvent avoir des idées aussi saugrenues. D’accord, le festival a besoin de sous et tant pis si on ne voit que le bus Converse au fond du site, on se calme en se disant que la marque, comme d’autres présentes sur place, a apporté là un soutien financier dont la route du rock avait besoin. Et puis l’honneur indé. est sauf : le stand des labels indépendants est toujours présent, on y retrouve entre autresClément et Adeline d’Another Records. Le festival au fort Saint-Père est bien en place, prêt à démarrer.


PROGRAMMATION ÉTONNANTE


Avant même le début du festival, la programmation 2009 fait jaser. La Route du Rock est réputée pour réunir des artistes connus, moins connus de la scène rock indépendante mais toujours de grands talents. Festivals de connaisseurs diront certains pour ne pas employer le gros mot d’élitistes. La programmation prévue cette année était quelque peu surprenante. Avec sur le papier une énorme journée du vendredi, un samedi très kills et un dimanche nettement moins attractif malgré les présences de Grizzly Bear et Dominique A. Il semblait que cette dernière journée manquait de tête d’affiche. Surprenant ? Peut-être pas tant que cela quand on connait les difficultés financières dans lesquels se trouve le festival depuis l’épisode Smashing Pumpkins. Dernière galère en date l’annulation de dernière minute de The Horrors avec un mépris pour le moins déplorable vis a vis de leur public et des organisateurs du festival.

GOUFFRE GÉNÉRATIONNEL

Le concert tant attendu du premier jour voire le concert de la route du rock 2009 était bien entendu celui des My Bloody Valentine. C’est à cette occasion que s’est créée une première scission au sein des festivaliers. Entre les quasi quadra et les autres : les juvéniles, les « à qui il faut encore tout apprendre ». MBV arrivent sur scène, têtes penchées, regards méchés et les accords explosent. Bon sang on est reparti en 1992 quand sur les bancs la fac on fantasmait sur un beau brun coiffé comme Kevin Shields, qu’on écoutait à la longueur de journées Ride et loveless des My Bloody. C’était le temps où l’on s’imaginait encore que nos amours seraient éternels. Mais là nous sommes en 2009, Bilinda Butcher et Kevin Shields sont face à nous sur la scène bretonne et étonnamment dans ce Fort Saint Père “Only Shallow” et “I only said” n’ont plus de paroles. Les mélodies sont bruyantes mais audibles, on fredonne alors dans nos têtes ce que l’on n’entend guère et on retrouve les atmosphères planantes des 90’s. Or nous sommes en 2009 et le groupe a d’autres préoccupations que le planant. C’est du bruit qu’il faut désormais faire. Tout n’est plus si doux, on navigue entre l’intense et l’insupportable qui sera atteint lors de “You Made Me Realize” et de ses presque 15 minutes d’un torrent de guitares saturées interminable. Prestation pas assez forte au goût des membres du groupe comme si d’année en année le poids du temps devait se ressentir dans l’intensité de leur prestation au risque de s’auto-caricaturer. Sublime diront les anciens, archi nuls et décevants pour la plupart du public présent.


AUTOUR DE MY BLOODY


Les new yorkais de Crystal Stilts avaient débuté la soirée. Sorte de rock noisy pop agréable. On apprécie rapidement le premier titre. Puis en vient un second qui étonnamment rappelle le premier, le troisième fait énormément penser au second d’ailleurs et le quatrième a ce je-ne-sais-quoi déjà entendu précédemment. C’est pas mal mais c’est toujours pareil, alors on se lasse. J’attendais beaucoup de la prestation de Deerhunter. Bradford Cox étant de ces artistes que l’on range dans la catégorie des génies déjantés. Et donc forcément avec lesquels on peut s’attendre au pire ou au meilleur. Ce ne fut pas terrible il faut bien l’avouer et ce n’est pas le joli minois du guitariste Lockett Pundt qui aidera à faire passer cette pilule amère : première déception.
Ceux qui n’ont pas déçus par contre ce furent les vétérans de Tortoise. On s’attendait à une prestation ennuyeuse, ce fut encore mieux que ça : complètement insupportable. Alors évidemment quand on aime moyennement le jazz-rock on ne peut pas être touchés par ces plages interminables qui semblent dater d’un temps où la musique se conjuguait avec lenteur et mollesse. Le groupe semble fatigué et nous on fatigue avec.
En fin de soirée, les rares festivaliers qui ne furent pas complètement achevés par le set de my bloody valentine eurent raison de rester pour apprécier le concert d’A Place to Bury Strangers. Avec un son qui paraissait parfait tant nos oreilles avaient été dévastées par le mur de son MBV, avec des morceaux efficaces et une prestation excellente pour un après gros concert, le groupe confirme sur scène l’excellente impression donnée par leur nouvel album.
The Horrors ayant annulé, les membres de Snowman les remplaçaient au pied levé. Seulement il était tard ou très tôt selon la façon dont on considère les choses. Et attendre une heure entre deux sets à plus de deux heures du matin, très peu y auront résisté. Ce fut très bien d’après ce que l’on m’en a dit.


JOURS DEUX : LES OBSCURS


Déjà il y a celle qu’on a quasiment ratée alors que ce n’était pas voulu. Papercuts nous intéressait moyennement et devait débuter la soirée, alors on a pris le temps d’arriver sur le site... pour y découvrir Saint Vincent au beau milieu de son set : inversion des passages de dernière minute. La frustration nous prend quand on réalise que la délicieuse brune, seule sur scène, assure énormément, proposant des morceaux intenses auxquels s’ajoute la magie de son chant. Le public est subjugué et je ne parle même pas de l’équipe de la blogothèque, Chryde en tête qui se dandine comme des groupies devant leur belle. Du coup, on aura droit à Papercuts en intégralité : la faute au changement d’horaire. Ce n’est pas la nouvelle la plus réjouissante la journée, la prestation du groupe nous laissant une impression de morceaux peu terribles, interprétés moyennement. On oubliera vite. Viennent ensuite Camera Obscura qui me laisseront un souvenir quasi inexistant, c’était sans doute très bien, je ne sais plus, je n’en sais rien, la tête ailleurs à ce moment-là de la soirée, très certainement. Tous les esprits des festivaliers sont braqués sur le duo choc de la soirée : The Kills. Prestation impeccable, avec des morceaux toujours aussi efficaces, Alisson Mossart est malade parait-il, impossible de déceler la moindre faiblesse tant au niveau du chant que dans son jeu de scène. Les Kills assurent efficacement, ce n’est pas le concert de l’année pour le groupe mais le public malouin semble comblé.

POUR NOËL JE VEUX LA PANOPLIE PEACHES


Alors qu’on pensait avoir vécu le moment le plus intense de la soirée, voilà qu’entre en scène la canado berlinoise Merrill Beth Nisker plus connue sous le nom de Peaches. D’un coup, on quitte brutalement la sphère rock indé et nous nous laissons emporter dans une sorte de comédie musicale pour grands enfants avec une princesse trash vêtue d’une robe bouffante violette. Elle se jette dans la foule , se frotte sur toutes ces mains qui se collent à son corps, revient sur scène, se déshabille, est accompagnée de copines savamment dévêtues et lance à la foule de délicieux « You want me to be dirty ? You want me to be a slut ? » On oublie rapidement la qualité musicale, les morceaux, la prestation est légère, le moment est très plaisant. On s’amuse de ce show qui se veut trash bon enfant. Four Tet qui suivra aura, malgré un set bien rôdé, un peu de mal à maintenir l’attention rêveuse laissée dans nos têtes par la divine Peaches.

Y A D’LA JOIE


A la manière de la méthode coué on se prépare à terminer cette 19ème édition dans la joie et la bonne humeur voire le respect du seigneur (amen). Les artistes de ce dernier jour sont peut-être les meilleurs de cette édition 2009, les plus talentueux entre Andrew Bird, Bill Callahan et Dominique A. Mais on ne peut pas dire qu’ils brillent par l’allégresse qui accompagne leurs compositions. Le début de soirée est finement appréciée par les amateurs de folk . Puis le grand Dominique vient sur scène, seul. Évidemment Dominique A seul sur scène avec une guitare, ce n’est sans doute pas la formation la plus idéale pour la scène du fort saint père. Autant cela fait rêver dans une salle intimiste autant là on ne comprend pas trop. On aime bien le retrouver, Dominique, ses chansons réalistes qui racontent le vécu, ancrées dans une grande mélancolie et qui collent à nos existences depuis déjà un bon moment. Il est là seul sur cette grande scène, avec cette voix magnifique. Prestation impeccable mais trop Dominique A pour un festival comme la route du rock. Surtout pour un troisième jour où les artistes pêchus ne se bousculent pas au portillon. Belle prestation pourtant terriblement amère.
Fort heureusement, il y a le phénomène du moment pour tenter d’égayer tout cela : Grizzly Bear. Et pourtant, ce n’est pas la folie furieuse qui s’empare du public durant leur set. On apprécie sagement la prestation des auteurs du fameux Veckatimest, album ô combien apprécié par les critiques de tout poil. Honnêtement sur la fin du set le groupe se révèle, prend une toute autre dimension et laisse alors une bien belle impression. La nuit et le festival s’achèvent avec les prestations nettement plus techno dance de Simian Mobile Disco et Autokratz.

ET POUR PLUS TARD


Encore une année en baisse en terme de fréquentations : 15.000 entrées payantes contre 16.500 l’année précédente pour un festival qui cherche à tourner autour des 20 000 entrées. Il y aura une vingtième édition et il faut qu’il y ait cette vingtième édition car malgré tout la Route du Rock a cette particularité de proposer autre chose, une programmation du pas pareil. Alors, comme François Floret nous aussi on va se projeter en août 2010 avec peut-être comme le souhaiterait son organisateur Portishead ou Arcade Fire en têtes d’affiche. L’impossible n’étant pas irréalisable : on en rêve d’ores et déjà.

jeudi 21 août 2008

Festival La Route du Rock 2008


Route du Rock 2008 - Saint-Malo -14, 15 et 16 août 2008

18 ans

âge de la majorité, des premiers envols, des premières résignations mais aussi des grands défis. Pour la Route du Rock cette édition 2008 était un grand défi : à quelques semaines du début du festival, François Floret (directeur de la Rdr) lançait encore un appel au secours aux dons et aux futurs festivaliers pour que cette 18ème édition ne soit pas la dernière.
Pour moi c’était une première même si Le cargo !, depuis de très nombreuses années, est un grand habitué de cet incontournable rendez-vous musical estival. Ainsi, pendant que la simple festivalière que j’étais prenais ses repères dans le public du fort, d’autres, grâce à leur Saint-Pass squattaient déjà ce lieu apparemment magique : l’espace VIP et son bar. En tant que pilier historique de ce lieu parallèle notre très cher air reprenait lui ses marques au milieu de la foule people de la scène indé. C’est comme cela sur Le cargo !, il en faut pour tous les goûts : des qui se dévouent pour infiltrer le milieu à coup de mojitos et autres punchs (et bossent un peu quand même : sessions, photos ...) et d’autres qui suivent avec une sobriété stupéfiante ce qui se passe sur le devant de la scène et au cœur du festival. Petite particularité cette année, le nombre important de personnes de tout horizon accréditées de pass-photos. Pour certains groupes comme The Breeders, il semblait falloir jouer des coudes pour se faire une place et tenter d’obtenir un cliché sur lequel ne figure ni l’épaule, ni l’oreille ou la tignasse d’un confrère photographe.

Quelques grains de quartz et la jolie Nina

A peine débarquée du train jeudi après-midi, direction la plage FNAC. Alors queO :liv termine à peine sa session mix, vient s’installer sur la petite scène une timide jeune femme : Nina Nastasia. L’originalité est de suite frappante : une jolie fille avec une voix entre Cat P. et P.J. H. qui nous interprète à la guitare des morceaux folk... Des années qu’on n’avait entendu pareille chose ! On se dit qu’on a drôlement bien fait de traverser la France d’Est en Ouest pour assister à une telle découverte. Les morceaux de Nina sans être révolutionnaires s’écoutent pourtant avec délice, allongés sur le sable, les yeux fermés, le soleil nous caressant doucement le visage.

Allons-y, let’s go !

Le temps de tester la navette Saint Malo - Fort Saint Père, de récupérer à mon poignet mon saint graal à moi et de croiser air et ses amis, voilà sur scèneThe War On Drugs qui ont la lourde tâche de débuter la série de concerts au Fort. Mes quelques appréhensions concernant le groupe sont vite envolées. Je craignais une musique folk country des plus gnangnans, le côté rock est nettement présent, les morceaux s’enchaînent et “taking the farm” est tout aussi entraînant en live que sur Cd. Alors, même si le chant parodie parfois un dylande superette l’ensemble laisse un souvenir plutôt plaisant.

Not on my shoulders, please !

Prennent ensuite place The Dø ou plutôt devrait-on dire The BiDøns. Depuis le début ce groupe a un côté canada dry très agaçant : une sorte de « ça ressemble à...., ça a le goût de...., le son est comme .... » mais en creusant un peu c’est vite plat et très décevant. Ce n’est ni la batterie assez fantastique (je parle de l’effet visuel là) ni le joli minois de la chanteuse qui impressionne sur scène. La prestation reste sympathique sans toutefois nous laisser le sentiment que l’on tient là l’une des découvertes musicales de l’année comme beaucoup le laissent entendre ces derniers mois.

Z Z Z Z Z Z Z Z Z Z Z , RRRRRRRR ...

Après l’imposture Dø place à la grande classe avec Tindersticks et son ensemble à cordes. C’est là que se crée le schisme au sein des festivaliers : avec d’une part les fans absolus de Stuart Staples et ceux qui sont à tout jamais rebutés par son style musical neurasthénique. Drôle d’idée d’ailleurs d’avoir inclus Tindersticks dans cette première soirée. Alors, pendant que certains écoutent religieusement ce que le bon sens qualifie de très chiant, d’autres préfèrent fantasmer m’imaginant en alpiniste, juste vêtue d’un body moule-fesses, un piolet à la main... un seul mot d’ordre s’impose alors : « Fuyons les relous !! » (celui sur scène et ceux du public).

Ahooh Ahooh Ahooh Ahooh Ahooh Ahooh

Afin de rester dans la thématique « peut-on vieillir et rester rock & roll ? » on assiste ensuite au set des the Breeders. Kim et Kelley Deal sont de retour et on ne peut pas les rater, quelques kilos en trop, un look rock façon paroisse Sainte Anne. On craint le pire. Étonnamment ce fut l’un des concerts les plus énergiques au niveau du public. Au son de “Aloha” ou de “Cannonball” nous ne sommes plus en 2008 mais bel et bien de retour au début des 90’s à sauter dans tous les sens. Passés ces moments de joie nostalgique, la douche froide débute. Elle ne sera pas écossaise mais espagnole ! Bon sang de bonsoir n’avais-je pas évoqué dans la chronique de Mountain Battles l’effet désastreux qu’aurait “Regalame Esta Noche” interprétée en live ?? Ce fut non seulement mauvais mais carrément insupportable. Ce ne sont pas les traits d’humour des sœursDeal qui enlèveront ce goût un peu amer d’un set qui fut à la fois un mélange du meilleur comme du pire.

L’explosion et la fougue maîtrisées

Les Cold War Kids sont californiens, ils sont jeunes avec une belle hargne et nous proposent un concert impeccable. La surprise est vraiment excellente, et même si l’ensemble faiblit un peu sur le milieu de la prestation, la qualité de l’interprétation de Nathan Willet et ses quelques passages au piano donnent une dimension magique à un set qui restera l’un des plus soignés de cette Route Du Rock.

Foals en folie

Les jeunes anglais de Foals devaient achever cette première journée du festival et ce fut transcendant. On m’avait dit Foals c’est extraordinaire sur scène, déjà leur album Antidotes est une pure merveille tant par sa complexité au niveau des influences et par les interprétations intenses de Yannis Philippakis. Très bien produit par David Sitek (qui est quand même capable de très belles choses malgré son désastreux travail avec Miss Scarlett), les morceaux de antidotessont tous d’une efficacité impressionnante. Sur scène le groupe est bluffant, on a tenu jusqu’à 2 h 50 pour les voir sans aucun regret, leur set pourrait durer encore des heures on ne s’en lasserait pas. Ce fut la claque musicale et scénique de la première journée pour ne pas dire la claque du festival.

Une expérience inoubliable

Cette première soirée s’achevant sous les meilleurs hospices, retour sur Saint Malo en navette (très bonne organisation des navettes pour les retours de concerts d’ailleurs) Les morceaux de Foals encore en tête, je discute avec un malouin pur cru. Après m’avoir proposé de tester son concept révolutionnaire du duvet bien moelleux qu’il place délicatement sous le drap housse de son matelas pour des moments tendres et coquins inoubliables, l’énergumène breton me confiera que cette 18ème édition du festival s’est montée grâce à des économies de bouts de chandelles, la mairie ayant gracieusement prêté le site, des techniciens acceptant d’être beaucoup moins payés et le nombre de bénévoles ayant été augmenté. C’est vraiment l’avenir du festival qui se joue sur ces trois jours. il reste à espérer que les bonnes surprises musicales du premier jour seront de bon augure pour la suite.

Tout n’est pas si facile

La deuxième journée de la route du rock est déjà bien entamée et une belle soirée en perspective s’amorce avec un démarrage des plus alléchants entre No Age et Why ?. No Age m’ayant fait très forte impression sur disque impossible de les rater ! C’est donc avec belle avance sur le meilleur horaire que me voilà devant le palais du grand large afin de prendre une navette direction le fort. Et là..... surprise ! Les festivaliers se sont tout simplement multipliés comme les petits pains de jésus. Ils ne sont plus une trentaine à attendre la navette magique comme la veille mais bien 150 ! Je me mets dans la file, un premier car arrive, des festivaliers montent (sans moi évidemment les cars n’ayant pas une capacité d’une centaine de places !) pourtant la queue ne me semble absolument pas rétrécir. Au diable la discipline et le respect des autres, c’est juste bon à être enseigné à mes élèves tout ça, pas question de rater No Age ! Je filoute, me faufile et me voilà aux premières places de la file, bien heureuse de pouvoir observer tous les pimpins restés derrière moi qui ne sont pas prêts eux à rentrer dans la navette qui approche (après une bonne demi-heure d’attente). Mais c’était sans compter sur un car du 3ème âge qui se plante juste devant moi ! Si bien que la navette rdr coincée à l’arrière ouvre ses portes dans lesquelles s’engouffrent tous les pimpins de derrière.... sans moi ! La situation devient alors problématique : où me positionner dans la file pour être sûre de prendre la navette suivante, c’est que mon avance se réduit dangereusement... La chance existe, je l’ai rencontrée, elle avait le doux visage de notre excellent photographePY et de Ethel (officiant pour le festival à coup de polaroïds). Ils me proposent alors un très intéressant plan à trois auquel je ne résiste pas ! (à l’arrière d’un taxi, tout ça quoi...)

Mais où sont donc passés les No Age ?

No Age débute son set au Fort Saint Père et je suis là !! .... Hélas je suis là. Ce sera sans doute ma plus grosse désillusion du festival. La prestation des californiens est plus que décevante. Le son produit est pire que mauvais. Sur disque il y a bien cette saturation, cette musique distordue, un côté très bruitiste donnant une atmosphère irréelle et psychotique : c’est vraiment divin à écouter. Sur la scène de la rdr il faut tendre l’oreille et faire preuve d’efforts surhumains pour essayer de deviner de quel morceau il s’agit, la voix est quasiment inaudible. C’est très décevant, frustrant il n’y a pas d’autres mots car le potentiel du groupe est là, les morceaux sont très bons, les garçons motivés, il manque juste un peu plus de rigueur pour apporter le minimum de qualité qui aurait pu rendre ce set fort agréable et présenter une prestation qui tienne la route ... du rock (mouarf !)

Maître Yoni et les padawans festivaliers

Le grand écart se produit sur scène avec l’arrivée de Why ? La prestation du groupe de Yoni Wolf est impressionnante, une qualité sonore irréprochable, une interprétation impeccable des morceaux la plupart extraits de alopecia.Why ? cela reste en live quelque chose de très carré et paradoxalement l’atmosphère qui s’en dégage est assez déjantée. Comme quoi les artistes les plus fêlés et créatifs du rock indé savent aussi être très doués dans la qualité et la rigueur de ce qu’ils peuvent présenter en live.

Cela restera un grand mystère...

Les allemands de The Notwist investissent le fort et là va se produire un phénomène des plus inexplicables. Ce groupe découvert tout récemment avec son dernier album The Devil, You + Me m’avait fortement déplu : les morceaux m’ayant de suite paru très plats, aucune émotion, aucune force ne se dégageant de tout ce que j’avais pourtant écouté attentivement et réécouté maintes fois. Les voilà donc sur scène et j’ai vraiment du mal à croire qu’il s’agit là des mêmes personnes qui sont à l’origine de cet album raté. Les morceaux proposés sont époustouflants, le groupe se révèle complètement dans l’interprétation live : le tout mou fait place à l’entraînant, les ballades déprimantes se transforment en envolées électroniques aériennes et quasi psychédéliques. Le chant de Markus Acher ne consiste plus en une succession de complaintes désolantes mais devient tout simplement envoûtant. Cela reste bien mystérieux et l’un des meilleurs concerts du festival.

Du festif délirico-islandais

La scène prend ensuite des allures particulières : de gros ballons (ou cocons) blancs sont installés avant l’arrivée des plus illuminés des islandais Sigur Rósqui seront accompagnés d’un orchestre immaculé et des jolies jeunes filles deAmina. Alors .... comment dire... heu... Sigur Rós c’est .... Sigur Rós ! On adore ou on déteste. On observe cela du coin de l’œil, sourire ironique au bord des lèvres ou on entre dans des transes indéfinissables proches de l’adoration pour ces petits génies de la scène islandaise. Quoiqu’on puisse penser de ce que vaut le groupe, tout le monde s’accorde sur la qualité du show proposé, et malgré quelques mollesses par moment, des effets de voix qui ne sont pas du meilleur goût, le spectacle est là et s’achève par des jets de confettis grandioses.

Tenir, tenir, tenir !

Sigur Rós aura un peu assagi l’ambiance du Fort et il faut lutter pour déjà tenir jusqu’à Pivot, surtout que la motivation de voir les bordelais d’Adam Keshersur scène en clôture de la soirée est bien tenace. A coups de cafés et de tentative de discussions (on va plutôt parler d’échanges !) avec des être plus ou moins alcoolisés on arrive ainsi au début du set des australiens. Et là, nous sommes nombreux à craquer face à l’electronica de Pivot : mélange de bandes sonores électroniques et de musique d’ambiance. Quand il est 1 h 30, après avoir vaincuSigùr Ros, le froid, l’attente, Pivot nous achève et anéantit même les motivations les plus résistantes. Je fuis lâchement le site avec de gros regrets pour Adam Kesher. Le lendemain j’apprendrai que nous fûmes très nombreux à déserter durant le set des australiens. Reste à espérer qu’il y aura eu encore quelques courageux pour écouter les bordelais et que leur public ne fut pas simplement constitué d’un ramassis de zozos en train de cuver les tonnes d’alcool ingurgitées dans la journée.

Cet homme-là, il est terrible !

Les organisateurs ont eu l’excellente idée de proposer en plus des concerts du fort, de ceux de la plage et de ceux du palais du grand large (auxquels je n’ai pu assister faute de ...) une conférence sur l’histoire des musiques électroniques de 1917 à 1983. Christophe Brault proposait de nous raconter les premiers émois électroniques du début du XXe siècle, depuis l’invention du Theremin, en passant par Pierre Henry, John Cage, Kraftwerk jusqu’à New Order. Le sujet est déjà attrayant qu’on n’y connaisse rien comme moi ou qu’on soit un habitué de l’électro ; la conférence fut au-delà du passionnant. Christophe Brault possède ces grandes qualités qu’ont les meilleurs professeurs : cette envie de donner, de faire partager ses connaissances mais c’est aussi et surtout un passionné et comme tous les passionnés il sait captiver pendant près de 2 h 30 tout un public, même sur l’histoire des tchic tchic tac boum, sur les scratchs, les boucles et autres collages musico-bruitistes. Cette rencontre dans ce lieu à la vue magnifique, restera l’un des moments les plus réussis de cette 18ème route du rock.

Jeunes, talentueux et fougueux

Retour au Fort pour cette ultime soirée avec pour commencer Menomena qui faisait parti des trois groupes que je ne voulais pas rater lors du festival. Un peu refroidie par la découverte live de No Age la veille, la peur de devoir subir une nouvelle déception, j’avais mis un petit bémol à l’enthousiasme suscité par des semaines d’écoute intensive de Friends and Foe. Car Menomena sur album fascine vite les auditeurs les plus pointus : on tient là une multiplication de pistes musicales, une batterie puissante, des claviers, du saxo, des constructions mélodiques assez déroutantes et des voix qui séduisent immédiatement. En fait sur scène c’est tout cela et bien plus encore : la jeunesse, la fougue des débuts, la puissance, la hargne d’un batteur déjanté, le charme d’un bassiste saxophoniste et des chants qui se posent délicatement... La fin du set avec un “Evil Bee” hypnotique témoigne du potentiel génial et énorme de ces trois garçons. A suivre absolument !

Intermède Musical

Pour ce troisième et dernier soir de concerts au Fort Saint Père, s’était joint auxMagnetic Friends lors des sessions inter-concerts , l’inratable Luz(dessinateur entre autre à Charlie Hebdo). Les incultes du mix (les comme moi) pouvaient se dire que luz ou pas luz, quelle différence ? Un mec qui passe des disques reste toujours un mec qui passe des disques, la belle affaire ! Au royaume des incultes, je suis la reine ! Luz aux platines c’est impressionnant dans le choix des morceaux proposés mais aussi dans l’agencement de ceux-ci : du grand art et un plaisir tel que du coup on trouve que les concerts reviennent un petit peu trop vite ! Magnifique Luz dont la guest présence ce soir là était plus que méritée !

Les quat’zamis sans leur amie

Voilà que débarquent devant nous les baroudeurs de la scène indé française, anciens petits lapins, nouveaux cowboys, ce sont eux , oui eux les vrais de vrais, en chair et en os ...The French Cowboys. La classe totale entre un stéphaneaux charmes étranges, un Gaétan petit surdoué de la vidéo toujours charismatique, eric qui sait manier délicatement la baguette et tous ses autres gadgets d’homme batteur et un federico à la casquette impeccable et d’une sympathie forcément contagieuse. MAIS VOILA ! Il manque quelqu’un bon sang, on aurait bien voulu la voir et l’avoir Lisa. Cette merveilleuse lisa qui partage si agréablement leur dernier album Share Horses. Mais point de Lisa et donc à part un morceau “sleep baby sleep” tout récent il faudra nous contenter d’anciens titres. Beaucoup ont trouvé leur prestation exceptionnelle, pour ma part j’ai eu le sentiment de quelque chose de bien trop sage ou trop propret. J’avais en mémoire un concert au point éphémère beaucoup plus délirant. Alors était ce à cause de l’accident de scène de fédérico la veille ou des préparatifs de leur future tournée triomphante aux States mais ils m’avaient l’air un tout petit peu absents mes french cowboys ce samedi soir.

Taste of chemistry ..... chemistryyyyyyyyyyyyyy !! !!!!! !!!!!

Les cowboys français partis c’est au tour des belges hawaïens de prendre place. 3ème concert des Girls In Hawaii auquel j’assiste en quelques mois, le groupe est un des plus attendus par les festivaliers présents ce soir là. Petite déception d’avant concert, des soucis techniques ne permettront pas au public de voir sur grand écran les vidéos qui accompagnent les différents morceaux du groupe (c’est bien dommage... pour en avoir profité à Strasbourg ce sont des petits bijoux de réalisation et de poésie). La prestation des six garçons est une nouvelle fois magique, les belges nous proposent les morceaux extraits de leurs deux albums ainsi que quelques inédits comme l’hypnotique “Grasshopper”. Girls In Hawaii semble prendre une belle assurance au fur et à mesure que sa tournée avance depuis l’automne dernier. Le set est très bien construit, soigné et les morceaux mythiques comme “Flavor (chemistry)” sont encore une fois proposés dans des versions inoubliables. Le genre de versions live d’un morceau qu’on adore écouter et dont on souhaiterait qu’elle ne finisse jamais.

La musique de djeuns

The ting tings est un duo anglais au succès commercial incontesté. C’est un peu comme ces friandises acidulées, on sait que la qualité gustative laisse à désirer, que ce n’est là que pour attirer quelques chalands en crise hypoglycémique. Et pourtant on se plait à se délecter de quelque chose qui ne nous procurera qu’un plaisir éphémère, mais du plaisir quand même. Sur la scène de la route du rock Katie White et Jules De Martino sont l’incarnation vivante de mes sucreries préférées. Ils nous proposent une succession de morceaux légers, entêtants, très dansants et l’ensemble est tout simplement très plaisant. C’est jubilatoire, sans prise de tête et vraiment l’idéal à écouter et à voir à ce moment là du festival.

Sans commentaire

C’est au tour du groupe Poni Hoax d’arriver sur scène. Contrairement au duo précédent, ces parisiens ont l’air de se prendre très au sérieux. Mes impressions au final seront un mélange de bof, mouai... pas le bon lieu pour une première rencontre peut-être ? ce n’est pas spécialement mauvais mais impossible de rentrer dans les morceaux proposés par le groupe. Ce set en laissera beaucoup perplexes !

Pour la sortie : direction galaxy

Midnight Juggernauts avaient eux la délicate tâche de clôturer le festival. Ce trio australien entre rock, électro et pop a su réussir là où Poni Hoax a lamentablement échoué, leurs morceaux un peu déroutants ont su captiver le public encore présent à cette heure avancée de la nuit malgré les quelques petits épisodes pluvieux de la soirée. Et c’est sur ces morceaux galactiques et illuminés que le festival de la route du rock, dix huitième du nom allait bientôt refermer ses portes.

Alea Jacta Est

Par cette locution latine se terminait l’éditorial de présentation de cette route du rock 2008. Le sort en est jeté maintenant en effet. Dès le lendemain matin, quelques organisateurs présents dans mon hôtel confiaient que le défi avait été dignement gagné avec plus de 16 000 entrées payantes : une 19ème édition verrait très certainement le jour.
Au-delà du bilan financier, musical, un festival reste aussi un lieu de rencontres, de moments partagés. Outre les décibels qui résonnent encore dans nos oreilles, on repart avec des souvenirs plein la tête, celui d’une conférence magique partagée en charmante compagnie, de rencontres du virtuel au réel, d’émouvantes retrouvailles, de moments de découvertes pour apprendre à mieux se connaître et surtout des regards et des sourires. Ces tendres regards que l’on n’oubliera pas et ces sourires dont le souvenir nous transporte, l’âme heureuse, vers une rentrée un peu plus morose.