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dimanche 8 février 2009

Sam Amidon - Le Molodoï, Strasbourg (08/02/2009)



Les surprises les plus belles sont certainement celles auxquelles on s’attend le moins. Après un concert parisien fin 2008 auquel je n’avais pas pu assister, Sam Amidon est de retour en ce début février pour quelques dates en France. Tout à fait par hasard, profitant d’un trou dans la programmation de la tournée de l’américain, L’association Komakino a eu l’ingénieuse idée de convier Sam Amidon ce dimanche soir au Molodoï strasbourgeois.

Dans une ambiance festive et ludique (la journée et soirée étant placées sous le signe des jeux en tout genre) Sam Amidon prend place sur la mini scène préparée à l’arrache au milieu des aires de jeux.

Mais pourquoi diable, malgré un week-end plus que chargé, des enfants à faire garder, passer voir un jeune américain nous interpréter en acoustique d’anciennes chansons du folklore des Appalaches ?

Parce que déjà l’album nous avait beaucoup émus.

Parce que Sam Amidon, en plus d’être un talentueux et attachant interprète, est aussi un personnage complètement loufoque. Devant nous c’est un gentil garçon sage comme une image qui s’installe. Puis au milieu des interprétations se révèle un petit être espiègle : il stoppe net les morceaux, nous narre ses rêves étranges avec une maman devenue naine et hilare, nous fait partager ses découvertes traumatisantes via wikipedia concernant une peste strasbourgeoise. Puis il va poser sa guitare, s’allonger à nos pieds pour réaliser une trentaine de pompes à bout de phalanges.

Il est bien surprenant ce jeune homme. Tout comme dans ses interprétations : il ne chante pas ces histoires qu’il a mises en musique, il les raconte nous plongeant dans un bain de mélancolie et d’infinie tristesse. Sam Amidon mêle la douceur du chant à la malice de son regard et de son sourire. Il nous offre là une parenthèse toute en magie avec des morceaux qui ne perdent rien de leur essence lors du passage seul à l’acoustique.

La beauté, l’espoir et l’envie ont dépassé les époques et les continents. Elles subsistent parce qu’il existe de jeunes poètes capables de nous conter avec talent ces émouvantes histoires.

lundi 2 février 2009

Of Montreal - La Laiterie, Strasbourg (01/02/2009)


C’était un Dimanche...
Et un dimanche en Alsace c’est loin d’être le moment le plus jouissif de la semaine. Quand en plus il fait froid, qu’on a la flemme de pointer le bout de son nez au dehors, il y a de quoi fortement déprimer. Mais c’est sans compter sur les programmations admirables de La Laiterie qui a eu pour ce premier jour de février l’excellente idée de faire venir un des groupes les plus hallucinants du moment. Of Montreal, ceux qui les ont vus sur scène, en parlent toujours des étincelles plein les yeux, le sourire ébahi ou de manière fort passionnée. Of Montreal c’est d’abord le projet de Kevin Barnes qui décida de nommer son groupe ainsi en hommage à une ex-petite amie qui arborait cette expression en tatouage. Personnage fantasque, lui et sa troupe ont pour habitude de présenter en live non pas des concerts mais des spectacles toujours plus surréalistes. A la lecture, chez mes amis du Hiboo, de ce que fut le concert de la veille auBataclan (Chronique de Juliette), l’impatience atteint des sommets au moment de rejoindre la salle strasbourgeoise.
...comme on n’en connaîtra jamais d’autres.
Après les petits illuminés du clavier de Casiokids, leurs sons électroniques et leurs rythmes bien dansants, le show Of Montreal peut alors débuter !
Entre sur scène un personnage au masque de Tigre et c’est parti pour une heure trente de grand guignol. Kevin Barnes incarne une version rock du clown triste : chemises à jabot aux couleurs improbables, yeux cernés de bleu, vernis rouge sur les doigts de la main gauche, chaussures rouges à ruban de petites filles toutes étincelantes... En le découvrant dans ces divers costumes, recouvert de mousse à raser, d’une peau de bête insufflant de la fumée, on hésite entre le risible et la pitié. L’extravagance du leader d’Of Montreal est d’autant plus déconcertante qu’il semble en même temps empli d’une grande tristesse et mélancolie dans ses regards et sa manière quasi automatique de présenter les morceaux. Le groupe démarre fort avec l’un de leurs titres phares : “She’s a rejector”. En fond de salle, sur un écran, défilent tour à tour des vidéos des membres du groupe et des dessins animés babas cool très années 70’s. Dès le deuxième morceau débutent les réjouissances. Tout au long de la soirée vont se succéder des saynètes et la venue sur scène de personnages fort étranges et parfois indéfinissables. Un sentiment inquiétant nous saisit : c’est un peu comme si on retrouvait nos 6 ans, qu’on était devant un spectacle de Chantal Goya mais face à une version gore de Pandi Panda. Entre les cochons, un tigre apparemment méchant, des pauvres gens, un exorciste, des démons noirs, des créatures vaporeuses rouges et j’en passe, il sera difficile de donner une quelconque signification à tout ce qui défile sous nos yeux. On comprend bien qu’il s’agit de l’œuvre des quelques âmes perturbées mais les nôtres ne le sont sans doute pas suffisamment pour donner du sens à l’incompréhensible. Paradoxalement s’opère dans le public un décalage étonnant. Alors que sur scène on rivalise de fantaisie les spectateurs sont d’une sagesse dont rêverait toute maîtresse d’école : pas un ne bouge ! Il faudra attendre le milieu du set et le passage de quelques membres déguisés du groupe pour provoquer une vague de pogos qui ne cessera qu’en toute fin de concert. la folie scénique s’empare alors de la salle de la Laiterie et ne la quittera pas.
Pendant ce temps-là, le groupe (oui il ne faudrait quand même pas oublier que nous sommes là à un concert rock) enchaine la vingtaine de titres de la soirée sans relâche. Quasiment tout l’album Skeletal Lamping sera présenté. Le concert s’achève sur une reprise hypnotique de “Smell like teen spirits” laissant aux spectateurs une impression étrange.
Étions-nous là à un concert ou une sorte de spectacle rock hybride ? Musicalement l’interprétation des titres est loin d’avoir été grandiose. On se demande si Kevin Barnes et ses compères ne cherchent pas à noyer la médiocrité du passage en live de leurs morceaux dans un excès d’effets en tout genre : entre les saynètes, les vidéos, les tenues excentriques de Barnes... on a du mal à rester attentif et à apprécier l’ensemble. Le moment est plaisant : on s’amuse bien mais cela ne restera pas la claque musicale live de l’année : c’est une évidence !

dimanche 25 janvier 2009

The Subways + Quidam - La Laiterie, Strasbourg (24/01/2009)


Be my, be my, be my...
Cela faisait deux ans et demi que The Subways n’avaient point mis les pieds dans la laiterie strasbourgeoise. Leur dernier passage, lors de la tournée Young for Eternity, avait laissé un souvenir grandiose. Un an après une première découverte de ces trois fous furieux sous la pluie du festival rock en seine édition 2005, le groupe avait enflammé le public alsacien me laissant un des meilleurs souvenirs de prestation live dans cette mythique salle de l’est. L’image d’un Billy Lunn déchaîné et surtout d’une adorable Charlotte Cooper sautant de toute part, sa basse à la main, en secouant frénétiquement la tête hantaient encore mes fantasmes de spectatrice. L’envie était grande, presque irrésistible, de retrouver ces sensations de légèreté dynamique, de passer toute une soirée à sauter furieusement, à jouer des coudes et des coups d’épaule bien placés. Cette fois-ci, The Subways avaient l’honneur de la grande salle de la laiterie avec un public dont la grande majorité bénéficiait encore de la carte de réduction 12-25 de la S.N.C.F.
Quo Vadis
Quidam ouvrait la soirée. Alors quid de quidam ? C’est difficile de rester totalement objective face à ces jeunes garçons à l’apparence fragile. Ils font autant d’effet qu’un plat de lasagnes froides. On les voit, ils sont mignons, le chanteur, Yannick Demaison, est même craquant. Il a une présence incroyable et ses échanges avec son jeune public sont fort sympathiques. Ça s’arrête là hélas. Si l’on tente de gratter un peu plus, de goûter ce qui nous paraît plutôt bon on en revient vite. L’ensemble sonne très sous-eiffel et sachant queEiffel est déjà un sous plein d’autres choses, je vous laisse imaginer l’étendue du désastre. Cocasserie de la soirée, le groupe annonça une reprise. « Dites, vous connaissez Joy Division ? » lança le chanteur comme si il était en train de présenter à l’audience un problème de métaphysique. Quelques oui se firent entendre pendant qu’à côté de moi des prépubères les yeux exorbités me faisaient « Joe qui ? ». Satisfaction de Yannick Demaison de constater, que ce soir, certains allaient apprécier la qualité de leur choix de reprise musicale. Celui-ci nous confia alors « Ahhh parce que dans la salle où on a joué hier soir, personne ne connaissait ! ». Ceci nous donne un aperçu de la culture musicale de la jeunesse française. Heureusement qu’ils sont là pour remédier à ces terribles lacunes, les Quidam. Les jeunes gens semblaient ravis de jouer devant leur public. Ils en oublièrent presque qu’ils n’étaient là qu’en première partie et lorsqu’ils quittèrent la scène et qu’ils nous précisèrent de manière presque prétentieuse de bien applaudir the subways, qui allaient suivre, parce que nous allions découvrir là un sacré bon groupe, on aurait presque eu envie de crier « mais c’est pour eux qu’on est venu bananes, filez dans vos loges ...sans dessert ! ».
...little rock and roll queen
Passons aux choses sérieuses. Place au trio les plus agité de la scène rock. Ceux pour qui peu auraient parié un kopeck il y a presque 4 ans lors de la sortie deYoung For Eternity. Ceux que l’on trouvait trop juvéniles il y a trois ans. Ceux qui proposent des morceaux un peu répétitifs. Ceux qui n’ont rien inventé mais qui pourtant ont ce don de déchaîner même les publics les plus timorés. En débutant la soirée avec “Rock n roll queen” et en enchaînant les titres les plus nerveux du groupe, l’ambiance était posée dès les premières secondes du set.Billy Lunn, torse nu, a pris place sur scène avec une hargne qui ne m’avait pas tant marqué lors de leurs précédentes prestations. Charlotte Cooper, toujours aussi ravissante, nous a gratifié de ses bonds et secouages de tête intensifs. Pendant ce temps là, le public se frottait plus ou moins violemment dans une bonne humeur ponctuée de stage-diving timides. Un concert de The Subways ce n’est pas tant ce qui se passe sur scène qui nous emporte mais ce que l’on vit dans la fosse à quelques mètres du groupe. Cette énergie qu’ils nous offrent, que l’on reçoit et qui nous permet d’extérioriser dans l’allégresse toutes nos pulsions et notre tension intérieure. Ce n’est pas aussi méchant que dans certains concerts où quelques mauvais esprits sont là pour carrément provoquer de méchantes bastons. Là c’est du tout mignon, on navigue dans du pogo tendre. Et quand on se retrouve au milieu de jeunes gens qui auraient pu être nos élèves et qu’on a quand même un cœur de môman, on passe une grande partie de la soirée à ramasser tout plein de garçons étendus à nos pieds car ils n’ont pas résisté à trois coups de coude mal placés. Ce furent 18 morceaux que The Subways nous ont proposés et il n’y eut pas un seul moment où nous nous sommes ennuyés. Billy Lunn étant de surcroît un sacré bonimenteur, il a su nous transcender à coup de « you are le most fuc*** incredible public que je n’ai jamais vu ! » toute la soirée. Musicalement, The Subways restent ce qu’ils sont : un groupe qui n’a rien de révolutionnaire et nous proposent des morceaux sympathiques et vraiment plaisants. Mais le groupe dure malgré toutes les critiques de légèreté. Ce qui signifie qu’il y a plus que cela. Ils ont cette envie, cette présence, ce partage qui les rend terriblement attachants.

dimanche 18 janvier 2009

Animal Collective - Le Bataclan, Paris (16/01/2009)


La déception est toujours à la hauteur de nos espoirs
Animal Collective c’est le phénomène du moment chez les bien-pensants du bon goût musical. Quand le groupe propose un concert parisien, en ce début 2009, les places sont alors prises d’assaut rapidement. Surtout quand on est à quelques jours de la sortie officielle d’un Merriweather Post Pavilion dont on se gargarise déjà dans les Inrocks et autres médias prescripteurs du « Non mais toi t’écoutes pas ça ? ‘spèce d’arriéré musical va ! ». On va donc à un concert d’Animal Collective comme on donne quelques sous à une bonne œuvre, sans trop savoir à quoi elle sert, pour se donner bonne conscience. L’intérêt n’est pas ici humanitaire mais purement pour avoir ce sentiment prestigieux que nous faisons partie de l’élite qui a tout compris aux morceaux expérimentaux de ce trio new-yorkais plus électronique que rock. Fort heureusement, le public duBataclan n’est pas seulement constitué d’imposteurs, il y a aussi quelques téméraires. Ceux qui ne connaissent pas et se disent que « Wahoo on en parle de telle façon que forcément on se rend là au concert de l’année ! ». Qu’ils sont mignons dans leur naïveté et leur candeur concernant l’Animal Collective ! Ils espèrent assister là au show miraculeux, le concert coup de foudre. Ce fameux concert qu’on ressort inlassablement quand on évoque son amour immodéré pour un artiste. Ils se voient déjà en train de conter à leur entourage des années durant : « C’était ce soir de janvier 2009 durant ce concert exceptionnel du Bataclan que j’ai tout compris au génie du groupe ! ». Et puis, parmi toute cette masse informe d’auditeurs, se trouvent çà et là des personnes qui aiment déjà énormément Animal Collective. Ceux qui ont pris le temps d’apprécier leur travail particulier. Ceux qui écoutent inlassablement et avec beaucoup de plaisir toutes ces chansons à base de blip blop, de cris stridents, de pseudo-mélodies « bontempistes ». Ceux-là viennent, ce soir, juste avec l’envie de découvrir les versions live de morceaux tant écoutés sur albums.
Qu’importe le bontempi pourvu qu’on ait le génie
Quand arrivent sur scène les trois bonshommes d’Animal Collective, qu’ils se placent de manière à ce que le regard d’aucun ne croise le regard de l’autre, que l’interaction avec le public est de l’ordre du néant, je conçois qu’on puisse être quelque peu surpris et désappointé. Il est évident que niveau prestation scénique on repassera : les éclairages minimalistes aux coloris improbables n’apportent pas grand-chose si ce n’est rendre dingues les rares personnes étant là pour immortaliser sur photos la soirée. Geologist et sa lampe frontale ne rendent pas l’ensemble plus communicatif. Avey Tare, dont on distinguera le visage un millionième de seconde, n’est pas du genre exubérant. En grand timoré, il passera la soirée à jouer quelques parties à la guitare, de côté, tête baissée ou ira faire quelques percussions dos au public. Il n’y a guère que Panda Bear, bien à l’abri derrière ses claviers pour tenter un simili d’échange avec le public lors de ses moments de chants.
Mais est-ce bien là l’intérêt pour un tel concert ? Quand on connaît les morceaux, quand on sait comment fonctionne le groupe, notre seule envie est de voir comment Animal Collective s’en sort pour nous proposer des versions live de morceaux déjà fascinants sur album. Bien sûr, tout n’est pas génial, la version de “Lion in a Coma” est quelque peu gâchée par des samples dépréciant l’originalité instrumentale de la version studio. Quelques morceaux de l’EPWater Curses sont par contre présentés de manière fort efficace tout en cassure de rythme, montée en intensité loufoque. Quasiment tout le nouvel album est présenté et les meilleurs morceaux ne déçoivent pas : que ce soit avec “Brothersport”, “Guys Eyes” ou le “My Girls” final, on retrouve l’essence même de ce qui fait l’attrait pour un tel groupe. Ce qui pourrait paraître du n’importe quoi, du pénible et lassant pour certains est en réalité nettement plus complexe. Le principal intérêt réside dans le côté répétitif d’un son, d’un bruit, d’une voix, d’un cri. Il ne faut pas chercher de mélodies joyeuses ou tristes, il faut se les créer dans son propre inconscient à partir des bribes que nous apportent les New-Yorkais. C’est à ce niveau là que réside l’interaction groupe-public. Ça passe ou pas. On adhérera à certains morceaux mais pas à tous. Et les fois où on entre dedans, on ressent une forme de jouissance à vivre là, à quelques mètres de ces véritables génies, la folie créatrice qui a conduit à faire de leurs sons et autres bruits des morceaux pour le moins fascinants.
Que l’on ait détesté cette soirée, que l’on ne soit pas du tout réceptif à ce que le groupe a proposé, qu’on trouve abusée l’extrême pauvreté de la prestation sur scène est un fait avéré partagé par de nombreux spectateurs du Bataclan. Pourtant d’autres sont ressortis de là ravis. Non pas parce qu’ils avaient assisté au concert hype du moment mais parce qu’ils partageaient enfin en vrai avec ces artistes géniaux des morceaux écoutés en boucle tous ces derniers mois. Il s’agissait là de l’aboutissement heureux d’une forme d’écoute intensive et laborieuse.
Certains savent que plus jamais ils n’iront voir ce groupe en concert, d’autres, quant à eux, se disent que dans moins de deux mois ils y retourneront avec le même enthousiasme qui les a conduits ce vendredi soir au Bataclan.

lundi 10 novembre 2008

Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la Band - La laiterie, Strasbourg (08/11/2008)




“Hellooo we are Thee Silver Mt. Zion & Tra la la Band
The name of this first song is 13 blues for thirteen moon". Nous y voilà donc à ce second concert, me concernant, d’une tournée débutée au printemps dernier. Les premiers concerts du groupe reprenant surtout les morceaux du 13 blues for thirteen moons avaient été bluffantes, tant par l’intensité des prestations que par l’efficacité des interprétations live de ces morceaux.

Dans une salle contenant à peine 250 places, archi comble, sans première partie, nous avions là des conditions idéales pour apprécier au mieux les concerts toujours inoubliables des canadiens. Devant nous, à peine à quelques mètres,Efrim et les tra la la Band entament la soirée de façon intense par l’impressionnant “13 blues for thirteen moons” qui nous transportera pendant près de 25 minutes ; On navigue entre montées douces en puissance, retombées, transitions nettement plus calme au son des cordes pincées de Thierry Amar, chants portés par Efrim se tenant à près de deux mètres du micro et hurlant ses « thirteen moons » avec une clarté et une qualité de son impeccable. Après une quinzaine de minutes d’alternance entre accélérations et temporisations la fin tient carrément d’une montée orgasmique avec une explosion intense sur les dernières minutes du morceau.

Quand on débute de telle manière, le public est forcément en transe et on n’attend qu’une chose repartir pour les 20 minutes suivantes. Après quelques commentaires ironiques de Efrim, le groupe enchaîne sur le non moins puissant et romantique “1,000,000 Died To Make This Sound”. Débutant avec les chants délicieux des violonistes du tra la la band auxquels se mêlent petit à petit celui de Efrim, on part de nouveau, là encore on s’envole. Nous ne sommes plus là en train de regarder un groupe jouer sur scène, on n’est plus là à assister à la prestation live d’un groupe, nous voilà comme envoûtés par un gourou aux cheveux frisés et aux bras tatoués. Tout comme ce fut le cas dans le titre précédent, le morceau monte délicatement jusqu’à devenir très violent même si cela se fait de manière sans doute moins subtile qu’avec “13 blues for thirteen moons”.
Save the ladybird

Viennent ensuite des morceaux un peu plus rock, tout autant efficaces mais peut être moins exceptionnels. Ce fut l’occasion de voir Efrim effectuer une chose étrange : alors qu’il chante à environ un mètre de moi, celui-ci se saisit d’un médiator et passe son morceau à grattouiller le bout du micro avec. Je me dis « tiens tiens qu’est ce dont encore que ce micro de haute technologie sur lequel le seul grattage du médiator semble avoir des effets terribles ? ». Vue la concentration d’Efrim à faire cela pendant une bonne dizaine de minutes on se dit qu’il s’agit sans doute là d’une technique demandant des capacités de concentration exceptionnelles. Le morceau s’achève Efrim s’avance vers nous, tendant le médiator sur lequel se trouve... une adorable petite coccinelle ! Il nous explique que cette coccinelle était là sur son micro pendant qu’il chantait et qu’il s’inquiétait tant que le bruit ne lui fasse peur qu’il avait voulu la saisir pour l’enlever de là. Il tend alors le petit insecte à un homme devant moi et lui demande de ramener la petite chose à l’extérieur de la salle en ajoutant avec le grand sourire radieux de celui qui a sauvé une vie innocente « Ohhh it is true, we are Hippies ! ».

Et là on mesure à quel point Efrim et son groupe vivent dans leur monde, un monde étrange fait de sons, de musique rock et classique, de chants plaintifs , intenses et presque animaux. Le groupe quitte la scène après une magnifique interprétation de “metal bird”. On sait qu’ils vont revenir car tout le monde attend pour finir la soirée tout en apesanteur l’un de leurs morceaux fétiches en live : “Microphones on the trees”.

Ils reviennent, aux premières notes de violon ce sont des visages radieux qui sont là tout autour de moi. On sait que le concert s’achèvera là-dessus alors on savoure chaque note, chaque petits cris de Efrim, les « microphones in the trees » enregistrés sur le mégaphone qui repassent en boucle s’ajoutant aux chants des tra la la band.

Cela faisait plaisir d’assister à cette nouvelle prestation du groupe avec un public terriblement chaleureux. Nous étions bien moins nombreux que lors de leur prestation parisienne de la maroquinerie et pourtant l’enthousiasme semblait dix fois plus intense.

On m’avait dit « Même si tu n’aimes pas trop sur disque, si tu trouves les morceaux un peu trop mous... Thee Silver Mt. Zion en concert c’est merveilleux et absolument inoubliable ». Il y a quelques groupes comme cela, dont on sait qu’on ne ratera jamais une de leurs prestations, qu’on tentera même de les voir plusieurs fois sur scène pour une même tournée car on vit là , en effet, des moments parfaitement inoubliables.

samedi 27 septembre 2008

I’m From Barcelona - Festival Ososphère La Laiterie, Strasbourg (26/09/2008)


Le festival Osophère de Strasbourg proposait pour cette première soirée de l’édition 2008 deux concerts antipasti dans deux salles différentes. Le premier concernait la nouvelle star musicale française : le génie du rien du tout, le Raëlde la scène indé : le dénommé Sébastien Tellier. Le second antipasti proposait de retrouver les franco finois de The Do suivis des suédois de I’m From Barcelona.
La légèreté et l’art de l’être
Comme je ne veux pas être désagréable je ne m’apesantirai pas sur le cas The Do. Le groupe m’ayant déjà fait forte impression dans le bidonnage à la Route du Rock l’été 2008 ce n’est qu’à demi déçue qu’il fallait constater hier soir à quel point ce que propose the do sur scène est léger. Mais attention la légèreté cela peut avoir du bon, dans le côté festif comme le reste de la soirée aura su nous le démontrer. Mais là point de légèreté de la sorte, The Do c’est du léger à la manière « jemenfoutiste ». On sent là le groupe qui pense avoir déjà tout d’un grand parce qu’il a su faire un morceau ayant vite été repéré et matraqué en pub ou en radio, parce qu’il a su se trouver des premières parties alléchantes et faire quelques festivals importants de l’été. Les morceaux se succèdent mais il manque l’essentiel : l’envie sincère de nous faire partager des émotions. On se motive pour prendre tout le plaisir qu’on peut... comme on peut et on s’ennuie ! L’unique signe de satisfaction qui subsiste est de se dire que plus on avance dans la soirée moins de temps ce set (inter)minable va durer.
I’m gonna sing this song with all of my friends...
Alors qu’on est là dans l’entre deux, le moral assez bas d’ailleurs, totalement démotivée par ce concert de the do, qu’on se demande si on va rester, on voit alors s’affairer sur scène quelques pauvres techniciens de la laiterie. C’est que préparer l’arrivée des suédois de I’m From Barcelona n’est pas une mince affaire, ceux-ci évoluant à 15 personnes c’est qu’il y en a des micros à tester, des guitares, des basses, des saxophones, flûtes et autres claviers à vérifier. Sur le côté de la scène on remarque un canon à confettis, un énorme sac en toile grand comme une toile de parachute semblant contenir des choses légères et volantes ... Point final de la préparation d’avant-concert un technicien passe déposer au pied de chaque micro un paquet de confettis rouges.. Le groupe investit la scène et déjà on hallucine quand on ne les jamais vu en vrai. Il y en a pour tous les goûts : entre une sorte de gothique tout droit sorti d’un épisode de la familleAdams, des femmes au look indéfinissables, lunettes à hublots et robe moulant des bourrelets décomplexés. Des hommes barbus, d’autres sosies de Georges Michael période Wham, des « monsieur tout le monde » ... nos yeux ne savent plus où regarder tant on se croirait au milieu de personnages de Delicatessen. Nos 15 gentils organisateurs d’une soirée plus que festive prennent donc place le sourire aux lèvres, cela nous change de certains écossais fans de zidane qui nous engueuleraient presque d’être présents à leurs concerts ! Le leader des I’m From Barcelona nous explique qu’ils débutent là l’un des premiers concerts de leur nouvelle tournée et qu’ils joueront donc un grand nombre de morceaux inédits du futur album Who killed Harry Houdini ?. Que ce soit avec “Andy”, “Music Killed me”, ou plus tard “Ophelia” , “mingus” et quelques autres, les nouveaux titres sont vraiment efficaces et sied à merveille à cette festivité nordique si chaleureuse. On ne comprend pas forcément quel est le rôle de chacun sur la scène même si contrairement à un groupe comme Architecture In Helsinki chaque membre ne joue pas aux chaises musicales durant toute la soirée et garde sa place durant tout le concert. « Garde sa place » enfin garde son poste car question place cela déménage et dès le premier titre.
Les membres de I’m From Barcelona n’ont pas leur pareil pour mettre tout le monde à l‘aise, ils avancent près du public tout sourire, nous invitent à gesticuler, à chanter avec eux... Le canon nous bombarde sans cesse de gros confettis rouges, ils nous envoient des ballons baudruches et la laiterie se retrouve alors noyée entre confettis rouges et ballons volants dans les airs. Au bout de quelques instants de concert nous n’avons déjà plus vraiment l’impression d’assister à un concert d’indie rock mais de participer à une fête énorme entouré de tous plein de copains. Les idées déprimantes se sont envolées, sans doute capturer, par les gros ballons rouges qui virevoltent sur nos têtes. On saute dans tous les sens, on pogote gaiement au son des tubes plus anciens comme “we’re from barcelona” Le groupe entame hélas, déjà le dernier titre de la soirée “barcelona loves you” et un peu comme les Teletubbies Lalaet tinky Winky qui adorent faire de gros câlins à tous les bébés de la planète, les suédois ne nous quitteront pas sans nous avoir dit à quel point ils nous aiment et c’est sur des « we’re all in love with you » répétés à l’infini que s’achève une soirée des plus réjouissantes. Les morceaux de I’m From Barcelona ne resteront pas dans les annales du rock indé des années 2000, ils ne révolutionneront pas les courants musicaux existants mais les prestations scéniques du groupe resteront sans doute rarement égalées. Rares sont les groupes avec une telle énergie et surtout une réelle capacité à faire passer toutes ces émotions positives que sont la joie et la bonne humeur.

jeudi 21 août 2008

Festival La Route du Rock 2008


Route du Rock 2008 - Saint-Malo -14, 15 et 16 août 2008

18 ans

âge de la majorité, des premiers envols, des premières résignations mais aussi des grands défis. Pour la Route du Rock cette édition 2008 était un grand défi : à quelques semaines du début du festival, François Floret (directeur de la Rdr) lançait encore un appel au secours aux dons et aux futurs festivaliers pour que cette 18ème édition ne soit pas la dernière.
Pour moi c’était une première même si Le cargo !, depuis de très nombreuses années, est un grand habitué de cet incontournable rendez-vous musical estival. Ainsi, pendant que la simple festivalière que j’étais prenais ses repères dans le public du fort, d’autres, grâce à leur Saint-Pass squattaient déjà ce lieu apparemment magique : l’espace VIP et son bar. En tant que pilier historique de ce lieu parallèle notre très cher air reprenait lui ses marques au milieu de la foule people de la scène indé. C’est comme cela sur Le cargo !, il en faut pour tous les goûts : des qui se dévouent pour infiltrer le milieu à coup de mojitos et autres punchs (et bossent un peu quand même : sessions, photos ...) et d’autres qui suivent avec une sobriété stupéfiante ce qui se passe sur le devant de la scène et au cœur du festival. Petite particularité cette année, le nombre important de personnes de tout horizon accréditées de pass-photos. Pour certains groupes comme The Breeders, il semblait falloir jouer des coudes pour se faire une place et tenter d’obtenir un cliché sur lequel ne figure ni l’épaule, ni l’oreille ou la tignasse d’un confrère photographe.

Quelques grains de quartz et la jolie Nina

A peine débarquée du train jeudi après-midi, direction la plage FNAC. Alors queO :liv termine à peine sa session mix, vient s’installer sur la petite scène une timide jeune femme : Nina Nastasia. L’originalité est de suite frappante : une jolie fille avec une voix entre Cat P. et P.J. H. qui nous interprète à la guitare des morceaux folk... Des années qu’on n’avait entendu pareille chose ! On se dit qu’on a drôlement bien fait de traverser la France d’Est en Ouest pour assister à une telle découverte. Les morceaux de Nina sans être révolutionnaires s’écoutent pourtant avec délice, allongés sur le sable, les yeux fermés, le soleil nous caressant doucement le visage.

Allons-y, let’s go !

Le temps de tester la navette Saint Malo - Fort Saint Père, de récupérer à mon poignet mon saint graal à moi et de croiser air et ses amis, voilà sur scèneThe War On Drugs qui ont la lourde tâche de débuter la série de concerts au Fort. Mes quelques appréhensions concernant le groupe sont vite envolées. Je craignais une musique folk country des plus gnangnans, le côté rock est nettement présent, les morceaux s’enchaînent et “taking the farm” est tout aussi entraînant en live que sur Cd. Alors, même si le chant parodie parfois un dylande superette l’ensemble laisse un souvenir plutôt plaisant.

Not on my shoulders, please !

Prennent ensuite place The Dø ou plutôt devrait-on dire The Bins. Depuis le début ce groupe a un côté canada dry très agaçant : une sorte de « ça ressemble à...., ça a le goût de...., le son est comme .... » mais en creusant un peu c’est vite plat et très décevant. Ce n’est ni la batterie assez fantastique (je parle de l’effet visuel là) ni le joli minois de la chanteuse qui impressionne sur scène. La prestation reste sympathique sans toutefois nous laisser le sentiment que l’on tient là l’une des découvertes musicales de l’année comme beaucoup le laissent entendre ces derniers mois.

Z Z Z Z Z Z Z Z Z Z Z , RRRRRRRR ...

Après l’imposture Dø place à la grande classe avec Tindersticks et son ensemble à cordes. C’est là que se crée le schisme au sein des festivaliers : avec d’une part les fans absolus de Stuart Staples et ceux qui sont à tout jamais rebutés par son style musical neurasthénique. Drôle d’idée d’ailleurs d’avoir inclus Tindersticks dans cette première soirée. Alors, pendant que certains écoutent religieusement ce que le bon sens qualifie de très chiant, d’autres préfèrent fantasmer m’imaginant en alpiniste, juste vêtue d’un body moule-fesses, un piolet à la main... un seul mot d’ordre s’impose alors : « Fuyons les relous !! » (celui sur scène et ceux du public).

Ahooh Ahooh Ahooh Ahooh Ahooh Ahooh

Afin de rester dans la thématique « peut-on vieillir et rester rock & roll ? » on assiste ensuite au set des the BreedersKim et Kelley Deal sont de retour et on ne peut pas les rater, quelques kilos en trop, un look rock façon paroisse Sainte Anne. On craint le pire. Étonnamment ce fut l’un des concerts les plus énergiques au niveau du public. Au son de “Aloha” ou de “Cannonball” nous ne sommes plus en 2008 mais bel et bien de retour au début des 90’s à sauter dans tous les sens. Passés ces moments de joie nostalgique, la douche froide débute. Elle ne sera pas écossaise mais espagnole ! Bon sang de bonsoir n’avais-je pas évoqué dans la chronique de Mountain Battles l’effet désastreux qu’aurait “Regalame Esta Noche” interprétée en live ?? Ce fut non seulement mauvais mais carrément insupportable. Ce ne sont pas les traits d’humour des sœursDeal qui enlèveront ce goût un peu amer d’un set qui fut à la fois un mélange du meilleur comme du pire.

L’explosion et la fougue maîtrisées

Les Cold War Kids sont californiens, ils sont jeunes avec une belle hargne et nous proposent un concert impeccable. La surprise est vraiment excellente, et même si l’ensemble faiblit un peu sur le milieu de la prestation, la qualité de l’interprétation de Nathan Willet et ses quelques passages au piano donnent une dimension magique à un set qui restera l’un des plus soignés de cette Route Du Rock.

Foals en folie

Les jeunes anglais de Foals devaient achever cette première journée du festival et ce fut transcendant. On m’avait dit Foals c’est extraordinaire sur scène, déjà leur album Antidotes est une pure merveille tant par sa complexité au niveau des influences et par les interprétations intenses de Yannis Philippakis. Très bien produit par David Sitek (qui est quand même capable de très belles choses malgré son désastreux travail avec Miss Scarlett), les morceaux de antidotessont tous d’une efficacité impressionnante. Sur scène le groupe est bluffant, on a tenu jusqu’à 2 h 50 pour les voir sans aucun regret, leur set pourrait durer encore des heures on ne s’en lasserait pas. Ce fut la claque musicale et scénique de la première journée pour ne pas dire la claque du festival.

Une expérience inoubliable

Cette première soirée s’achevant sous les meilleurs hospices, retour sur Saint Malo en navette (très bonne organisation des navettes pour les retours de concerts d’ailleurs) Les morceaux de Foals encore en tête, je discute avec un malouin pur cru. Après m’avoir proposé de tester son concept révolutionnaire du duvet bien moelleux qu’il place délicatement sous le drap housse de son matelas pour des moments tendres et coquins inoubliables, l’énergumène breton me confiera que cette 18ème édition du festival s’est montée grâce à des économies de bouts de chandelles, la mairie ayant gracieusement prêté le site, des techniciens acceptant d’être beaucoup moins payés et le nombre de bénévoles ayant été augmenté. C’est vraiment l’avenir du festival qui se joue sur ces trois jours. il reste à espérer que les bonnes surprises musicales du premier jour seront de bon augure pour la suite.

Tout n’est pas si facile

La deuxième journée de la route du rock est déjà bien entamée et une belle soirée en perspective s’amorce avec un démarrage des plus alléchants entre No Age et Why ?No Age m’ayant fait très forte impression sur disque impossible de les rater ! C’est donc avec belle avance sur le meilleur horaire que me voilà devant le palais du grand large afin de prendre une navette direction le fort. Et là..... surprise ! Les festivaliers se sont tout simplement multipliés comme les petits pains de jésus. Ils ne sont plus une trentaine à attendre la navette magique comme la veille mais bien 150 ! Je me mets dans la file, un premier car arrive, des festivaliers montent (sans moi évidemment les cars n’ayant pas une capacité d’une centaine de places !) pourtant la queue ne me semble absolument pas rétrécir. Au diable la discipline et le respect des autres, c’est juste bon à être enseigné à mes élèves tout ça, pas question de rater No Age ! Je filoute, me faufile et me voilà aux premières places de la file, bien heureuse de pouvoir observer tous les pimpins restés derrière moi qui ne sont pas prêts eux à rentrer dans la navette qui approche (après une bonne demi-heure d’attente). Mais c’était sans compter sur un car du 3ème âge qui se plante juste devant moi ! Si bien que la navette rdr coincée à l’arrière ouvre ses portes dans lesquelles s’engouffrent tous les pimpins de derrière.... sans moi ! La situation devient alors problématique : où me positionner dans la file pour être sûre de prendre la navette suivante, c’est que mon avance se réduit dangereusement... La chance existe, je l’ai rencontrée, elle avait le doux visage de notre excellent photographePY et de Ethel (officiant pour le festival à coup de polaroïds). Ils me proposent alors un très intéressant plan à trois auquel je ne résiste pas ! (à l’arrière d’un taxi, tout ça quoi...)

Mais où sont donc passés les No Age ?

No Age débute son set au Fort Saint Père et je suis là !! .... Hélas je suis là. Ce sera sans doute ma plus grosse désillusion du festival. La prestation des californiens est plus que décevante. Le son produit est pire que mauvais. Sur disque il y a bien cette saturation, cette musique distordue, un côté très bruitiste donnant une atmosphère irréelle et psychotique : c’est vraiment divin à écouter. Sur la scène de la rdr il faut tendre l’oreille et faire preuve d’efforts surhumains pour essayer de deviner de quel morceau il s’agit, la voix est quasiment inaudible. C’est très décevant, frustrant il n’y a pas d’autres mots car le potentiel du groupe est là, les morceaux sont très bons, les garçons motivés, il manque juste un peu plus de rigueur pour apporter le minimum de qualité qui aurait pu rendre ce set fort agréable et présenter une prestation qui tienne la route ... du rock (mouarf !)

Maître Yoni et les padawans festivaliers

Le grand écart se produit sur scène avec l’arrivée de Why ? La prestation du groupe de Yoni Wolf est impressionnante, une qualité sonore irréprochable, une interprétation impeccable des morceaux la plupart extraits de alopecia.Why ? cela reste en live quelque chose de très carré et paradoxalement l’atmosphère qui s’en dégage est assez déjantée. Comme quoi les artistes les plus fêlés et créatifs du rock indé savent aussi être très doués dans la qualité et la rigueur de ce qu’ils peuvent présenter en live.

Cela restera un grand mystère...

Les allemands de The Notwist investissent le fort et là va se produire un phénomène des plus inexplicables. Ce groupe découvert tout récemment avec son dernier album The Devil, You + Me m’avait fortement déplu : les morceaux m’ayant de suite paru très plats, aucune émotion, aucune force ne se dégageant de tout ce que j’avais pourtant écouté attentivement et réécouté maintes fois. Les voilà donc sur scène et j’ai vraiment du mal à croire qu’il s’agit là des mêmes personnes qui sont à l’origine de cet album raté. Les morceaux proposés sont époustouflants, le groupe se révèle complètement dans l’interprétation live : le tout mou fait place à l’entraînant, les ballades déprimantes se transforment en envolées électroniques aériennes et quasi psychédéliques. Le chant de Markus Acher ne consiste plus en une succession de complaintes désolantes mais devient tout simplement envoûtant. Cela reste bien mystérieux et l’un des meilleurs concerts du festival.

Du festif délirico-islandais

La scène prend ensuite des allures particulières : de gros ballons (ou cocons) blancs sont installés avant l’arrivée des plus illuminés des islandais Sigur Rósqui seront accompagnés d’un orchestre immaculé et des jolies jeunes filles deAmina. Alors .... comment dire... heu... Sigur Rós c’est .... Sigur Rós ! On adore ou on déteste. On observe cela du coin de l’œil, sourire ironique au bord des lèvres ou on entre dans des transes indéfinissables proches de l’adoration pour ces petits génies de la scène islandaise. Quoiqu’on puisse penser de ce que vaut le groupe, tout le monde s’accorde sur la qualité du show proposé, et malgré quelques mollesses par moment, des effets de voix qui ne sont pas du meilleur goût, le spectacle est là et s’achève par des jets de confettis grandioses.

Tenir, tenir, tenir !

Sigur Rós aura un peu assagi l’ambiance du Fort et il faut lutter pour déjà tenir jusqu’à Pivot, surtout que la motivation de voir les bordelais d’Adam Keshersur scène en clôture de la soirée est bien tenace. A coups de cafés et de tentative de discussions (on va plutôt parler d’échanges !) avec des être plus ou moins alcoolisés on arrive ainsi au début du set des australiens. Et là, nous sommes nombreux à craquer face à l’electronica de Pivot : mélange de bandes sonores électroniques et de musique d’ambiance. Quand il est 1 h 30, après avoir vaincuSigùr Ros, le froid, l’attente, Pivot nous achève et anéantit même les motivations les plus résistantes. Je fuis lâchement le site avec de gros regrets pour Adam Kesher. Le lendemain j’apprendrai que nous fûmes très nombreux à déserter durant le set des australiens. Reste à espérer qu’il y aura eu encore quelques courageux pour écouter les bordelais et que leur public ne fut pas simplement constitué d’un ramassis de zozos en train de cuver les tonnes d’alcool ingurgitées dans la journée.

Cet homme-là, il est terrible !

Les organisateurs ont eu l’excellente idée de proposer en plus des concerts du fort, de ceux de la plage et de ceux du palais du grand large (auxquels je n’ai pu assister faute de ...) une conférence sur l’histoire des musiques électroniques de 1917 à 1983Christophe Brault proposait de nous raconter les premiers émois électroniques du début du XXe siècle, depuis l’invention du Theremin, en passant par Pierre HenryJohn CageKraftwerk jusqu’à New Order. Le sujet est déjà attrayant qu’on n’y connaisse rien comme moi ou qu’on soit un habitué de l’électro ; la conférence fut au-delà du passionnant. Christophe Brault possède ces grandes qualités qu’ont les meilleurs professeurs : cette envie de donner, de faire partager ses connaissances mais c’est aussi et surtout un passionné et comme tous les passionnés il sait captiver pendant près de 2 h 30 tout un public, même sur l’histoire des tchic tchic tac boum, sur les scratchs, les boucles et autres collages musico-bruitistes. Cette rencontre dans ce lieu à la vue magnifique, restera l’un des moments les plus réussis de cette 18ème route du rock.

Jeunes, talentueux et fougueux

Retour au Fort pour cette ultime soirée avec pour commencer Menomena qui faisait parti des trois groupes que je ne voulais pas rater lors du festival. Un peu refroidie par la découverte live de No Age la veille, la peur de devoir subir une nouvelle déception, j’avais mis un petit bémol à l’enthousiasme suscité par des semaines d’écoute intensive de Friends and Foe. Car Menomena sur album fascine vite les auditeurs les plus pointus : on tient là une multiplication de pistes musicales, une batterie puissante, des claviers, du saxo, des constructions mélodiques assez déroutantes et des voix qui séduisent immédiatement. En fait sur scène c’est tout cela et bien plus encore : la jeunesse, la fougue des débuts, la puissance, la hargne d’un batteur déjanté, le charme d’un bassiste saxophoniste et des chants qui se posent délicatement... La fin du set avec un “Evil Bee” hypnotique témoigne du potentiel génial et énorme de ces trois garçons. A suivre absolument !

Intermède Musical

Pour ce troisième et dernier soir de concerts au Fort Saint Père, s’était joint auxMagnetic Friends lors des sessions inter-concerts , l’inratable Luz(dessinateur entre autre à Charlie Hebdo). Les incultes du mix (les comme moi) pouvaient se dire que luz ou pas luz, quelle différence ? Un mec qui passe des disques reste toujours un mec qui passe des disques, la belle affaire ! Au royaume des incultes, je suis la reine ! Luz aux platines c’est impressionnant dans le choix des morceaux proposés mais aussi dans l’agencement de ceux-ci : du grand art et un plaisir tel que du coup on trouve que les concerts reviennent un petit peu trop vite ! Magnifique Luz dont la guest présence ce soir là était plus que méritée !

Les quat’zamis sans leur amie

Voilà que débarquent devant nous les baroudeurs de la scène indé française, anciens petits lapins, nouveaux cowboys, ce sont eux , oui eux les vrais de vrais, en chair et en os ...The French Cowboys. La classe totale entre un stéphaneaux charmes étranges, un Gaétan petit surdoué de la vidéo toujours charismatique, eric qui sait manier délicatement la baguette et tous ses autres gadgets d’homme batteur et un federico à la casquette impeccable et d’une sympathie forcément contagieuse. MAIS VOILA ! Il manque quelqu’un bon sang, on aurait bien voulu la voir et l’avoir Lisa. Cette merveilleuse lisa qui partage si agréablement leur dernier album Share Horses. Mais point de Lisa et donc à part un morceau “sleep baby sleep” tout récent il faudra nous contenter d’anciens titres. Beaucoup ont trouvé leur prestation exceptionnelle, pour ma part j’ai eu le sentiment de quelque chose de bien trop sage ou trop propret. J’avais en mémoire un concert au point éphémère beaucoup plus délirant. Alors était ce à cause de l’accident de scène de fédérico la veille ou des préparatifs de leur future tournée triomphante aux States mais ils m’avaient l’air un tout petit peu absents mes french cowboys ce samedi soir.

Taste of chemistry ..... chemistryyyyyyyyyyyyyy !! !!!!! !!!!!

Les cowboys français partis c’est au tour des belges hawaïens de prendre place. 3ème concert des Girls In Hawaii auquel j’assiste en quelques mois, le groupe est un des plus attendus par les festivaliers présents ce soir là. Petite déception d’avant concert, des soucis techniques ne permettront pas au public de voir sur grand écran les vidéos qui accompagnent les différents morceaux du groupe (c’est bien dommage... pour en avoir profité à Strasbourg ce sont des petits bijoux de réalisation et de poésie). La prestation des six garçons est une nouvelle fois magique, les belges nous proposent les morceaux extraits de leurs deux albums ainsi que quelques inédits comme l’hypnotique “Grasshopper”. Girls In Hawaii semble prendre une belle assurance au fur et à mesure que sa tournée avance depuis l’automne dernier. Le set est très bien construit, soigné et les morceaux mythiques comme “Flavor (chemistry)” sont encore une fois proposés dans des versions inoubliables. Le genre de versions live d’un morceau qu’on adore écouter et dont on souhaiterait qu’elle ne finisse jamais.

La musique de djeuns

The ting tings est un duo anglais au succès commercial incontesté. C’est un peu comme ces friandises acidulées, on sait que la qualité gustative laisse à désirer, que ce n’est là que pour attirer quelques chalands en crise hypoglycémique. Et pourtant on se plait à se délecter de quelque chose qui ne nous procurera qu’un plaisir éphémère, mais du plaisir quand même. Sur la scène de la route du rock Katie White et Jules De Martino sont l’incarnation vivante de mes sucreries préférées. Ils nous proposent une succession de morceaux légers, entêtants, très dansants et l’ensemble est tout simplement très plaisant. C’est jubilatoire, sans prise de tête et vraiment l’idéal à écouter et à voir à ce moment là du festival.

Sans commentaire

C’est au tour du groupe Poni Hoax d’arriver sur scène. Contrairement au duo précédent, ces parisiens ont l’air de se prendre très au sérieux. Mes impressions au final seront un mélange de bof, mouai... pas le bon lieu pour une première rencontre peut-être ? ce n’est pas spécialement mauvais mais impossible de rentrer dans les morceaux proposés par le groupe. Ce set en laissera beaucoup perplexes !

Pour la sortie : direction galaxy

Midnight Juggernauts avaient eux la délicate tâche de clôturer le festival. Ce trio australien entre rock, électro et pop a su réussir là où Poni Hoax a lamentablement échoué, leurs morceaux un peu déroutants ont su captiver le public encore présent à cette heure avancée de la nuit malgré les quelques petits épisodes pluvieux de la soirée. Et c’est sur ces morceaux galactiques et illuminés que le festival de la route du rock, dix huitième du nom allait bientôt refermer ses portes.

Alea Jacta Est

Par cette locution latine se terminait l’éditorial de présentation de cette route du rock 2008. Le sort en est jeté maintenant en effet. Dès le lendemain matin, quelques organisateurs présents dans mon hôtel confiaient que le défi avait été dignement gagné avec plus de 16 000 entrées payantes : une 19ème édition verrait très certainement le jour.
Au-delà du bilan financier, musical, un festival reste aussi un lieu de rencontres, de moments partagés. Outre les décibels qui résonnent encore dans nos oreilles, on repart avec des souvenirs plein la tête, celui d’une conférence magique partagée en charmante compagnie, de rencontres du virtuel au réel, d’émouvantes retrouvailles, de moments de découvertes pour apprendre à mieux se connaître et surtout des regards et des sourires. Ces tendres regards que l’on n’oubliera pas et ces sourires dont le souvenir nous transporte, l’âme heureuse, vers une rentrée un peu plus morose.