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samedi 14 février 2009

The Wedding Soundtrack - L’International, Paris (07/02/2009)


En toute objectivité.
Ce n’est pas un exercice facile de parler du travail artistique de personnes que l’on connaît, qui plus est, qu’on a connues avant de découvrir leurs œuvres musicales. Forcément, quand on ne vit que sur la nostalgie, en écoutant, en les voyant sur scène on se souvient alors de premières prises de bec, il y a 4 ans déjà, quand au détour de forums XsilencieuxClément me reprochait mon pseudo-mépris envers les artistes inconnus ou d’être l’unique détentrice du bon goût musical. Débats après débats, ce sont bien souvent les personnes avec lesquelles on se querelle le plus qui nous sont en fait les plus proches. Déjà, il évoquait son groupe, The Wedding Soundtrack, qu’il portait quasiment seul à bout de bras et de ce label Another record dans lequel il s’investit tant et qui regorge de jeunes artistes de grands talents.
Puis Mathilde à la batterie et Simon se sont joints à lui apportant à The Wedding Soundtrack un son plus rock que pop antifolk. C’est sous la formation trio que le groupe a sorti l’album Poland qui reçut un bel accueil : la maturité tout ça... Entre temps, Clément est devenu un collègue rejoignant la grande famille du corps enseignant. Forcément, évoquer une connaissance maintenant collègue voilà qui rend l’exercice encore plus ardu. Juste avant la sortie de Na Na Na RoVivien a rejoint le trio et c’est à 4 qu’ils présentent leurs nouveaux morceaux dans ce fort sympathique bar L’international en première partie du concert des Creaky Boards.

Au-delà de la simple amitié

C’était un peu le leitmotiv de la soirée : les amis, les retrouvailles, le temps qui passe, nous dépasse, ce qui change, ne change pas. Les souvenirs, les regrets, les envies qui nous ont quittée, des nouveaux désirs qui sont arrivés. On se raccroche à ces quelques fils rouges qui se présentent à nos pieds, qu’on entend d’une oreille distraite. Il y a là un ami perdu de vue depuis trois ans et le plaisir de découvrir enfin sur scène ClémentMathilde et leurs deux compères.
Alors qu’on pouvait s’attendre, en souvenir des écoutes des morceaux de Polandet de l’album précédent, à une soirée plutôt douce à base de ballades pop folk assez calmes, on se surprend à trouver cela bien hargneux dès le premier morceau. Mathilde assène une rythmique bien nerveuse derrière sa batterie.Clément n’est pas dans le phrasé doux mais dans un chant qui impose une puissance d’interprétation dès ses premières mesures à la guitare. Vivien etSimon ont, quant à eux, une présence scénique fort efficace.
Pas mal de morceaux du nouvel album seront présentés, sur quelques-uns Mathilde apportera ses chœurs ou un chant duo. Pour un premier concert présentant Na Na Na RO, dans un bar de la capitale, les poitevins assurent une excellente prestation provoquant ainsi la fuite des gens depuis le(s) bar(s) jusqu’au devant de la scène. Le set s’achève, trop vite, par la douce “Berceuse” dont la version présentée toute en vigueur sur le final, nous donne plus envie de réclamer tout plein d’autres morceaux que d’aller vite nous coucher.
C’était une belle soirée, émouvante, tendre, et joliment surprenante. On est heureux de voir des amis jouer ; on l’est encore plus quand on constate que ce qu’ils nous ont présenté était une prestation de grande qualité. On est fier et on n’a qu’une envie vous inciter à aller très vite écouter ces quatre là sur album ou si possible en vrai.

jeudi 12 février 2009

Leila - La Laiterie, Strasbourg (11/02/2009)


On aurait... mais non

On aurait eu envie de parler de la fort passionnante deuxième première partie Filastine : projet d’un percussionniste français basé à Barcelone qui sévit sur scène avec un caddy contre lequel il s’excite à coup de baguette sur fond électronique.
On aurait pu s’énerver contre cette troisième première partie qui nous fut imposée avec les simplistes Tahiti 80. Pas vraiment méchants les bougres, mais proposant des morceaux rock pop limite variété détonants pour ceux qui étaient venus voir Leila. On avait vraiment envie d’être patients pour profiter au mieux d’un concert tant attendu qui ne devait, du coup, ne débuter qu’à 22 h 45 (apparemment La Laiterie avait décidé de faire un mix de deux soirées différentes, en proposant deux séries de concerts sur deux salles communicantes, faute de spectateurs ?). Tahiti 80 a fait l’effet d’une douche froide après la prestation tellement réussie de Filastine. Quand l’enthousiasme est plus présent sur scène que dans la salle il y a de quoi se poser des questions. Ils sont gentils ces garçons et on est même très étonné de voir à quel point il peuvent prendre tant de plaisir à jouer... ça ! Quelques minutes de leur prestation auront réussi à mettre à mal la patience pourtant bien motivée d’une grande partie du public venu pour Leila faisant se désemplir la salle club au fur et à mesure qu’approchait le concert de Leila dans la salle adjacente.

Plus tard je ferai Leila Arab.

Voir Leila Arab sur scène c’était une grande première, un vrai concert de musique électronique c’était aussi une grande première. De constater que les platines avaient été positionnées si loin en fond de scène, juste au bas d’un écran géant sur lequel défilaient déjà des animations aux superbes graphismes rappelant la pochette de l’album Blood, Looms And Blooms : c’est étrange.
Le concert commence, on la devine déjà installée dans son antre, on l’aperçoit passant un bout de tête derrière les platines et les énormes enceintes. C’est une très belle femme, qui porte ce soir là une robe verte et un chemisier blanc. Une sorte de madame tout le monde, que l’on pourrait croiser chez le commerçant du coin, avec qui on pourrait parler éducation de nos enfants, du temps qu’il fait. Une dame ! Pas un génie de la musique électronique ! Elle virevolte de gauche à droite, manie les boutons et devient maîtresse du son. Ce son qui envahit alors la laiterie. Le morceau “Mettle” interprété dès le début du set emporte le public présent dans une quasi transe.
Débutant par quelques sons légers, doux, la tension ne cesse de monter. Elle, pourtant si frêle, parvient à imposer dans cette grande salle de la Laiterie toute sa puissance électronique. Nous ne sommes même pas sous son charme ; nous sommes carrément bluffés par les réelles compétences de cette artiste. Viennent se relayer sur le devant de la scène, dans l’interprétation vocale de quelques titres, sa grande sœur Roya Arab qui se montre nettement plus loquace et très à l’aise face au public strasbourgeois, ainsi que deux autres interprètes : féminin et masculin (dont les noms m’échappent pour être honnête).
Pendant ce temps-là, sans dire un mot, Leila est là tout derrière et s’affaire. Elle quitte la scène sur un long morceau qui s’achève en des textes inlassablement répétés. Elle réapparaîtra furtivement juste le temps de se cacher derrière ses platines pour nous gratifier d’un magnifique sourire.
Un peu comme une fée, elle disparaît de nouveau discrètement et définitivement. Elle nous laisse alors des tas d’images magiques qui défilent dans notre inconscient et le doux son les accompagnant qui ne nous quittera qu’au moment de l’endormissement.

dimanche 8 février 2009

Sam Amidon - Le Molodoï, Strasbourg (08/02/2009)



Les surprises les plus belles sont certainement celles auxquelles on s’attend le moins. Après un concert parisien fin 2008 auquel je n’avais pas pu assister, Sam Amidon est de retour en ce début février pour quelques dates en France. Tout à fait par hasard, profitant d’un trou dans la programmation de la tournée de l’américain, L’association Komakino a eu l’ingénieuse idée de convier Sam Amidon ce dimanche soir au Molodoï strasbourgeois.

Dans une ambiance festive et ludique (la journée et soirée étant placées sous le signe des jeux en tout genre) Sam Amidon prend place sur la mini scène préparée à l’arrache au milieu des aires de jeux.

Mais pourquoi diable, malgré un week-end plus que chargé, des enfants à faire garder, passer voir un jeune américain nous interpréter en acoustique d’anciennes chansons du folklore des Appalaches ?

Parce que déjà l’album nous avait beaucoup émus.

Parce que Sam Amidon, en plus d’être un talentueux et attachant interprète, est aussi un personnage complètement loufoque. Devant nous c’est un gentil garçon sage comme une image qui s’installe. Puis au milieu des interprétations se révèle un petit être espiègle : il stoppe net les morceaux, nous narre ses rêves étranges avec une maman devenue naine et hilare, nous fait partager ses découvertes traumatisantes via wikipedia concernant une peste strasbourgeoise. Puis il va poser sa guitare, s’allonger à nos pieds pour réaliser une trentaine de pompes à bout de phalanges.

Il est bien surprenant ce jeune homme. Tout comme dans ses interprétations : il ne chante pas ces histoires qu’il a mises en musique, il les raconte nous plongeant dans un bain de mélancolie et d’infinie tristesse. Sam Amidon mêle la douceur du chant à la malice de son regard et de son sourire. Il nous offre là une parenthèse toute en magie avec des morceaux qui ne perdent rien de leur essence lors du passage seul à l’acoustique.

La beauté, l’espoir et l’envie ont dépassé les époques et les continents. Elles subsistent parce qu’il existe de jeunes poètes capables de nous conter avec talent ces émouvantes histoires.

lundi 2 février 2009

Of Montreal - La Laiterie, Strasbourg (01/02/2009)


C’était un Dimanche...
Et un dimanche en Alsace c’est loin d’être le moment le plus jouissif de la semaine. Quand en plus il fait froid, qu’on a la flemme de pointer le bout de son nez au dehors, il y a de quoi fortement déprimer. Mais c’est sans compter sur les programmations admirables de La Laiterie qui a eu pour ce premier jour de février l’excellente idée de faire venir un des groupes les plus hallucinants du moment. Of Montreal, ceux qui les ont vus sur scène, en parlent toujours des étincelles plein les yeux, le sourire ébahi ou de manière fort passionnée. Of Montreal c’est d’abord le projet de Kevin Barnes qui décida de nommer son groupe ainsi en hommage à une ex-petite amie qui arborait cette expression en tatouage. Personnage fantasque, lui et sa troupe ont pour habitude de présenter en live non pas des concerts mais des spectacles toujours plus surréalistes. A la lecture, chez mes amis du Hiboo, de ce que fut le concert de la veille auBataclan (Chronique de Juliette), l’impatience atteint des sommets au moment de rejoindre la salle strasbourgeoise.
...comme on n’en connaîtra jamais d’autres.
Après les petits illuminés du clavier de Casiokids, leurs sons électroniques et leurs rythmes bien dansants, le show Of Montreal peut alors débuter !
Entre sur scène un personnage au masque de Tigre et c’est parti pour une heure trente de grand guignol. Kevin Barnes incarne une version rock du clown triste : chemises à jabot aux couleurs improbables, yeux cernés de bleu, vernis rouge sur les doigts de la main gauche, chaussures rouges à ruban de petites filles toutes étincelantes... En le découvrant dans ces divers costumes, recouvert de mousse à raser, d’une peau de bête insufflant de la fumée, on hésite entre le risible et la pitié. L’extravagance du leader d’Of Montreal est d’autant plus déconcertante qu’il semble en même temps empli d’une grande tristesse et mélancolie dans ses regards et sa manière quasi automatique de présenter les morceaux. Le groupe démarre fort avec l’un de leurs titres phares : “She’s a rejector”. En fond de salle, sur un écran, défilent tour à tour des vidéos des membres du groupe et des dessins animés babas cool très années 70’s. Dès le deuxième morceau débutent les réjouissances. Tout au long de la soirée vont se succéder des saynètes et la venue sur scène de personnages fort étranges et parfois indéfinissables. Un sentiment inquiétant nous saisit : c’est un peu comme si on retrouvait nos 6 ans, qu’on était devant un spectacle de Chantal Goya mais face à une version gore de Pandi Panda. Entre les cochons, un tigre apparemment méchant, des pauvres gens, un exorciste, des démons noirs, des créatures vaporeuses rouges et j’en passe, il sera difficile de donner une quelconque signification à tout ce qui défile sous nos yeux. On comprend bien qu’il s’agit de l’œuvre des quelques âmes perturbées mais les nôtres ne le sont sans doute pas suffisamment pour donner du sens à l’incompréhensible. Paradoxalement s’opère dans le public un décalage étonnant. Alors que sur scène on rivalise de fantaisie les spectateurs sont d’une sagesse dont rêverait toute maîtresse d’école : pas un ne bouge ! Il faudra attendre le milieu du set et le passage de quelques membres déguisés du groupe pour provoquer une vague de pogos qui ne cessera qu’en toute fin de concert. la folie scénique s’empare alors de la salle de la Laiterie et ne la quittera pas.
Pendant ce temps-là, le groupe (oui il ne faudrait quand même pas oublier que nous sommes là à un concert rock) enchaine la vingtaine de titres de la soirée sans relâche. Quasiment tout l’album Skeletal Lamping sera présenté. Le concert s’achève sur une reprise hypnotique de “Smell like teen spirits” laissant aux spectateurs une impression étrange.
Étions-nous là à un concert ou une sorte de spectacle rock hybride ? Musicalement l’interprétation des titres est loin d’avoir été grandiose. On se demande si Kevin Barnes et ses compères ne cherchent pas à noyer la médiocrité du passage en live de leurs morceaux dans un excès d’effets en tout genre : entre les saynètes, les vidéos, les tenues excentriques de Barnes... on a du mal à rester attentif et à apprécier l’ensemble. Le moment est plaisant : on s’amuse bien mais cela ne restera pas la claque musicale live de l’année : c’est une évidence !

dimanche 25 janvier 2009

The Subways + Quidam - La Laiterie, Strasbourg (24/01/2009)


Be my, be my, be my...
Cela faisait deux ans et demi que The Subways n’avaient point mis les pieds dans la laiterie strasbourgeoise. Leur dernier passage, lors de la tournée Young for Eternity, avait laissé un souvenir grandiose. Un an après une première découverte de ces trois fous furieux sous la pluie du festival rock en seine édition 2005, le groupe avait enflammé le public alsacien me laissant un des meilleurs souvenirs de prestation live dans cette mythique salle de l’est. L’image d’un Billy Lunn déchaîné et surtout d’une adorable Charlotte Cooper sautant de toute part, sa basse à la main, en secouant frénétiquement la tête hantaient encore mes fantasmes de spectatrice. L’envie était grande, presque irrésistible, de retrouver ces sensations de légèreté dynamique, de passer toute une soirée à sauter furieusement, à jouer des coudes et des coups d’épaule bien placés. Cette fois-ci, The Subways avaient l’honneur de la grande salle de la laiterie avec un public dont la grande majorité bénéficiait encore de la carte de réduction 12-25 de la S.N.C.F.
Quo Vadis
Quidam ouvrait la soirée. Alors quid de quidam ? C’est difficile de rester totalement objective face à ces jeunes garçons à l’apparence fragile. Ils font autant d’effet qu’un plat de lasagnes froides. On les voit, ils sont mignons, le chanteur, Yannick Demaison, est même craquant. Il a une présence incroyable et ses échanges avec son jeune public sont fort sympathiques. Ça s’arrête là hélas. Si l’on tente de gratter un peu plus, de goûter ce qui nous paraît plutôt bon on en revient vite. L’ensemble sonne très sous-eiffel et sachant queEiffel est déjà un sous plein d’autres choses, je vous laisse imaginer l’étendue du désastre. Cocasserie de la soirée, le groupe annonça une reprise. « Dites, vous connaissez Joy Division ? » lança le chanteur comme si il était en train de présenter à l’audience un problème de métaphysique. Quelques oui se firent entendre pendant qu’à côté de moi des prépubères les yeux exorbités me faisaient « Joe qui ? ». Satisfaction de Yannick Demaison de constater, que ce soir, certains allaient apprécier la qualité de leur choix de reprise musicale. Celui-ci nous confia alors « Ahhh parce que dans la salle où on a joué hier soir, personne ne connaissait ! ». Ceci nous donne un aperçu de la culture musicale de la jeunesse française. Heureusement qu’ils sont là pour remédier à ces terribles lacunes, les Quidam. Les jeunes gens semblaient ravis de jouer devant leur public. Ils en oublièrent presque qu’ils n’étaient là qu’en première partie et lorsqu’ils quittèrent la scène et qu’ils nous précisèrent de manière presque prétentieuse de bien applaudir the subways, qui allaient suivre, parce que nous allions découvrir là un sacré bon groupe, on aurait presque eu envie de crier « mais c’est pour eux qu’on est venu bananes, filez dans vos loges ...sans dessert ! ».
...little rock and roll queen
Passons aux choses sérieuses. Place au trio les plus agité de la scène rock. Ceux pour qui peu auraient parié un kopeck il y a presque 4 ans lors de la sortie deYoung For Eternity. Ceux que l’on trouvait trop juvéniles il y a trois ans. Ceux qui proposent des morceaux un peu répétitifs. Ceux qui n’ont rien inventé mais qui pourtant ont ce don de déchaîner même les publics les plus timorés. En débutant la soirée avec “Rock n roll queen” et en enchaînant les titres les plus nerveux du groupe, l’ambiance était posée dès les premières secondes du set.Billy Lunn, torse nu, a pris place sur scène avec une hargne qui ne m’avait pas tant marqué lors de leurs précédentes prestations. Charlotte Cooper, toujours aussi ravissante, nous a gratifié de ses bonds et secouages de tête intensifs. Pendant ce temps là, le public se frottait plus ou moins violemment dans une bonne humeur ponctuée de stage-diving timides. Un concert de The Subways ce n’est pas tant ce qui se passe sur scène qui nous emporte mais ce que l’on vit dans la fosse à quelques mètres du groupe. Cette énergie qu’ils nous offrent, que l’on reçoit et qui nous permet d’extérioriser dans l’allégresse toutes nos pulsions et notre tension intérieure. Ce n’est pas aussi méchant que dans certains concerts où quelques mauvais esprits sont là pour carrément provoquer de méchantes bastons. Là c’est du tout mignon, on navigue dans du pogo tendre. Et quand on se retrouve au milieu de jeunes gens qui auraient pu être nos élèves et qu’on a quand même un cœur de môman, on passe une grande partie de la soirée à ramasser tout plein de garçons étendus à nos pieds car ils n’ont pas résisté à trois coups de coude mal placés. Ce furent 18 morceaux que The Subways nous ont proposés et il n’y eut pas un seul moment où nous nous sommes ennuyés. Billy Lunn étant de surcroît un sacré bonimenteur, il a su nous transcender à coup de « you are le most fuc*** incredible public que je n’ai jamais vu ! » toute la soirée. Musicalement, The Subways restent ce qu’ils sont : un groupe qui n’a rien de révolutionnaire et nous proposent des morceaux sympathiques et vraiment plaisants. Mais le groupe dure malgré toutes les critiques de légèreté. Ce qui signifie qu’il y a plus que cela. Ils ont cette envie, cette présence, ce partage qui les rend terriblement attachants.

dimanche 18 janvier 2009

Animal Collective - Le Bataclan, Paris (16/01/2009)


La déception est toujours à la hauteur de nos espoirs
Animal Collective c’est le phénomène du moment chez les bien-pensants du bon goût musical. Quand le groupe propose un concert parisien, en ce début 2009, les places sont alors prises d’assaut rapidement. Surtout quand on est à quelques jours de la sortie officielle d’un Merriweather Post Pavilion dont on se gargarise déjà dans les Inrocks et autres médias prescripteurs du « Non mais toi t’écoutes pas ça ? ‘spèce d’arriéré musical va ! ». On va donc à un concert d’Animal Collective comme on donne quelques sous à une bonne œuvre, sans trop savoir à quoi elle sert, pour se donner bonne conscience. L’intérêt n’est pas ici humanitaire mais purement pour avoir ce sentiment prestigieux que nous faisons partie de l’élite qui a tout compris aux morceaux expérimentaux de ce trio new-yorkais plus électronique que rock. Fort heureusement, le public duBataclan n’est pas seulement constitué d’imposteurs, il y a aussi quelques téméraires. Ceux qui ne connaissent pas et se disent que « Wahoo on en parle de telle façon que forcément on se rend là au concert de l’année ! ». Qu’ils sont mignons dans leur naïveté et leur candeur concernant l’Animal Collective ! Ils espèrent assister là au show miraculeux, le concert coup de foudre. Ce fameux concert qu’on ressort inlassablement quand on évoque son amour immodéré pour un artiste. Ils se voient déjà en train de conter à leur entourage des années durant : « C’était ce soir de janvier 2009 durant ce concert exceptionnel du Bataclan que j’ai tout compris au génie du groupe ! ». Et puis, parmi toute cette masse informe d’auditeurs, se trouvent çà et là des personnes qui aiment déjà énormément Animal Collective. Ceux qui ont pris le temps d’apprécier leur travail particulier. Ceux qui écoutent inlassablement et avec beaucoup de plaisir toutes ces chansons à base de blip blop, de cris stridents, de pseudo-mélodies « bontempistes ». Ceux-là viennent, ce soir, juste avec l’envie de découvrir les versions live de morceaux tant écoutés sur albums.
Qu’importe le bontempi pourvu qu’on ait le génie
Quand arrivent sur scène les trois bonshommes d’Animal Collective, qu’ils se placent de manière à ce que le regard d’aucun ne croise le regard de l’autre, que l’interaction avec le public est de l’ordre du néant, je conçois qu’on puisse être quelque peu surpris et désappointé. Il est évident que niveau prestation scénique on repassera : les éclairages minimalistes aux coloris improbables n’apportent pas grand-chose si ce n’est rendre dingues les rares personnes étant là pour immortaliser sur photos la soirée. Geologist et sa lampe frontale ne rendent pas l’ensemble plus communicatif. Avey Tare, dont on distinguera le visage un millionième de seconde, n’est pas du genre exubérant. En grand timoré, il passera la soirée à jouer quelques parties à la guitare, de côté, tête baissée ou ira faire quelques percussions dos au public. Il n’y a guère que Panda Bear, bien à l’abri derrière ses claviers pour tenter un simili d’échange avec le public lors de ses moments de chants.
Mais est-ce bien là l’intérêt pour un tel concert ? Quand on connaît les morceaux, quand on sait comment fonctionne le groupe, notre seule envie est de voir comment Animal Collective s’en sort pour nous proposer des versions live de morceaux déjà fascinants sur album. Bien sûr, tout n’est pas génial, la version de “Lion in a Coma” est quelque peu gâchée par des samples dépréciant l’originalité instrumentale de la version studio. Quelques morceaux de l’EPWater Curses sont par contre présentés de manière fort efficace tout en cassure de rythme, montée en intensité loufoque. Quasiment tout le nouvel album est présenté et les meilleurs morceaux ne déçoivent pas : que ce soit avec “Brothersport”, “Guys Eyes” ou le “My Girls” final, on retrouve l’essence même de ce qui fait l’attrait pour un tel groupe. Ce qui pourrait paraître du n’importe quoi, du pénible et lassant pour certains est en réalité nettement plus complexe. Le principal intérêt réside dans le côté répétitif d’un son, d’un bruit, d’une voix, d’un cri. Il ne faut pas chercher de mélodies joyeuses ou tristes, il faut se les créer dans son propre inconscient à partir des bribes que nous apportent les New-Yorkais. C’est à ce niveau là que réside l’interaction groupe-public. Ça passe ou pas. On adhérera à certains morceaux mais pas à tous. Et les fois où on entre dedans, on ressent une forme de jouissance à vivre là, à quelques mètres de ces véritables génies, la folie créatrice qui a conduit à faire de leurs sons et autres bruits des morceaux pour le moins fascinants.
Que l’on ait détesté cette soirée, que l’on ne soit pas du tout réceptif à ce que le groupe a proposé, qu’on trouve abusée l’extrême pauvreté de la prestation sur scène est un fait avéré partagé par de nombreux spectateurs du Bataclan. Pourtant d’autres sont ressortis de là ravis. Non pas parce qu’ils avaient assisté au concert hype du moment mais parce qu’ils partageaient enfin en vrai avec ces artistes géniaux des morceaux écoutés en boucle tous ces derniers mois. Il s’agissait là de l’aboutissement heureux d’une forme d’écoute intensive et laborieuse.
Certains savent que plus jamais ils n’iront voir ce groupe en concert, d’autres, quant à eux, se disent que dans moins de deux mois ils y retourneront avec le même enthousiasme qui les a conduits ce vendredi soir au Bataclan.

lundi 10 novembre 2008

Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra & Tra-la-la Band - La laiterie, Strasbourg (08/11/2008)




“Hellooo we are Thee Silver Mt. Zion & Tra la la Band
The name of this first song is 13 blues for thirteen moon". Nous y voilà donc à ce second concert, me concernant, d’une tournée débutée au printemps dernier. Les premiers concerts du groupe reprenant surtout les morceaux du 13 blues for thirteen moons avaient été bluffantes, tant par l’intensité des prestations que par l’efficacité des interprétations live de ces morceaux.

Dans une salle contenant à peine 250 places, archi comble, sans première partie, nous avions là des conditions idéales pour apprécier au mieux les concerts toujours inoubliables des canadiens. Devant nous, à peine à quelques mètres,Efrim et les tra la la Band entament la soirée de façon intense par l’impressionnant “13 blues for thirteen moons” qui nous transportera pendant près de 25 minutes ; On navigue entre montées douces en puissance, retombées, transitions nettement plus calme au son des cordes pincées de Thierry Amar, chants portés par Efrim se tenant à près de deux mètres du micro et hurlant ses « thirteen moons » avec une clarté et une qualité de son impeccable. Après une quinzaine de minutes d’alternance entre accélérations et temporisations la fin tient carrément d’une montée orgasmique avec une explosion intense sur les dernières minutes du morceau.

Quand on débute de telle manière, le public est forcément en transe et on n’attend qu’une chose repartir pour les 20 minutes suivantes. Après quelques commentaires ironiques de Efrim, le groupe enchaîne sur le non moins puissant et romantique “1,000,000 Died To Make This Sound”. Débutant avec les chants délicieux des violonistes du tra la la band auxquels se mêlent petit à petit celui de Efrim, on part de nouveau, là encore on s’envole. Nous ne sommes plus là en train de regarder un groupe jouer sur scène, on n’est plus là à assister à la prestation live d’un groupe, nous voilà comme envoûtés par un gourou aux cheveux frisés et aux bras tatoués. Tout comme ce fut le cas dans le titre précédent, le morceau monte délicatement jusqu’à devenir très violent même si cela se fait de manière sans doute moins subtile qu’avec “13 blues for thirteen moons”.
Save the ladybird

Viennent ensuite des morceaux un peu plus rock, tout autant efficaces mais peut être moins exceptionnels. Ce fut l’occasion de voir Efrim effectuer une chose étrange : alors qu’il chante à environ un mètre de moi, celui-ci se saisit d’un médiator et passe son morceau à grattouiller le bout du micro avec. Je me dis « tiens tiens qu’est ce dont encore que ce micro de haute technologie sur lequel le seul grattage du médiator semble avoir des effets terribles ? ». Vue la concentration d’Efrim à faire cela pendant une bonne dizaine de minutes on se dit qu’il s’agit sans doute là d’une technique demandant des capacités de concentration exceptionnelles. Le morceau s’achève Efrim s’avance vers nous, tendant le médiator sur lequel se trouve... une adorable petite coccinelle ! Il nous explique que cette coccinelle était là sur son micro pendant qu’il chantait et qu’il s’inquiétait tant que le bruit ne lui fasse peur qu’il avait voulu la saisir pour l’enlever de là. Il tend alors le petit insecte à un homme devant moi et lui demande de ramener la petite chose à l’extérieur de la salle en ajoutant avec le grand sourire radieux de celui qui a sauvé une vie innocente « Ohhh it is true, we are Hippies ! ».

Et là on mesure à quel point Efrim et son groupe vivent dans leur monde, un monde étrange fait de sons, de musique rock et classique, de chants plaintifs , intenses et presque animaux. Le groupe quitte la scène après une magnifique interprétation de “metal bird”. On sait qu’ils vont revenir car tout le monde attend pour finir la soirée tout en apesanteur l’un de leurs morceaux fétiches en live : “Microphones on the trees”.

Ils reviennent, aux premières notes de violon ce sont des visages radieux qui sont là tout autour de moi. On sait que le concert s’achèvera là-dessus alors on savoure chaque note, chaque petits cris de Efrim, les « microphones in the trees » enregistrés sur le mégaphone qui repassent en boucle s’ajoutant aux chants des tra la la band.

Cela faisait plaisir d’assister à cette nouvelle prestation du groupe avec un public terriblement chaleureux. Nous étions bien moins nombreux que lors de leur prestation parisienne de la maroquinerie et pourtant l’enthousiasme semblait dix fois plus intense.

On m’avait dit « Même si tu n’aimes pas trop sur disque, si tu trouves les morceaux un peu trop mous... Thee Silver Mt. Zion en concert c’est merveilleux et absolument inoubliable ». Il y a quelques groupes comme cela, dont on sait qu’on ne ratera jamais une de leurs prestations, qu’on tentera même de les voir plusieurs fois sur scène pour une même tournée car on vit là , en effet, des moments parfaitement inoubliables.