Autant être honnête dès le départ : le projet l’
Angle Mort réunissant Zone libre (formation que nous suivons depuis le début de leur aventure aux frontières du rock torturé expérimental) et les deux stars de la scène hip hop engagée
Hamé de
La Rumeur et la rappeuse
Casey avait bien déçu sur disque. Avec une production bien étonnante quant à la qualité médiocre du son et une désillusion concernant l’alchimie tant attendue de la rencontre de deux mondes musicaux assez disparates, on était bien amer. Pourtant on y croyait fort à ce mélange rock expérimental & hip hop. Et là sur album, on naviguait entre du très bon son et des propos parfois caricaturaux. Une sorte de
Zone Libre un peu bradé ou du
Hamé /
Casey ayant quelques peines à s’élever au niveau des musiciens qu’ils avaient rejoints. Autant dire que la découverte de la formation à 5 sur la scène de La Laiterie, dans le cadre du
festival Artefacts 2009, était plus de l’ordre d’une curiosité tendre que d’une folle et impatiente envie de ma part. Déjà, pour avoir assisté à deux concerts de
Zone libre, la première surprise qui n’est guère étonnante à bien y réfléchir, concerne le public de la salle. On sent bien que les trois quarts sont des fans d’
Hamé et de
Casey, rien à voir avec les personnes présentes aux précédents concerts de
zone libre. La moyenne d’âge est bien plus basse, les sweat capuches sur la tête font légion et puis, ce qui ne gâche rien, le public des rappeurs est très motivé dans l’attente de leurs stars. Mais tout n’est pas gagné d’avance car ce sont ces mêmes personnes qui se posent mille questions depuis des mois sur ces impies rockeurs qui sont venus s’acoquiner avec leurs deux héros de la rime engagée. Seuls les trois membres de Zone Libre sont sur scène quand le concert débute.
Serge Teyssot gay est déjà en belle forme, sautillant au rythme des accords.
Cyril Bilbeaud et
marc Sens sont beaucoup plus sages, un peu retirés chacun dans leur coin.
Hamé et
Caseyentrent sur scène et là c’est déjà la folie qui s’empare des fans ultimes des deux rappeurs. Autant dire qu’on est loin d’un concert typique
Zone Libre. Les rappeurs ont pris la scène d’assaut et ils ne la lâcheront plus. Les morceaux se révèlent nettement plus efficaces en live que sur album.
Hamé reste un peu plus en retrait, échangeant surtout avec son public, limitant ses quelques interactions scéniques avec sa complice
Casey. Il est très étonnant ce
Hamé, (
Hamé de
La Rumeur comme on dit dans le milieu). Alors que je m’attendais à trouver là devant moi un rappeur ultra hargneux, c’est un garçon assez touchant dans ses revendications avec un regard souvent triste à la
Winnie l’Ourson. En fait celle qui mène la danse et porte le concert à bout de bras et à bout de mots c’est
Casey. Cette fille, que je découvre ce soir, est absolument formidable. Déboulant sur la scène dans une tenue complètement asexuée mêlant cuir et jogging, elle porte sur l’ensemble du public dans regards complices, nous lance des sourires rageurs. Elle aussi, tel
Sergiot et sa guitare, sautille nerveusement, déclame les paroles des morceaux de l’
Angle Mort avec une conviction qui motive la totalité du public. Cette fille est une sacrée meneuse c’est une évidence et une artiste terriblement douée. Une ambiance totalement hip hop envahit la salle et les interprétations de Zone Libre sont largement appréciées si j’en crois les yeux émerveillés posés sur
Sergiot et les pouces levés en l’air adressés à
Cyril Bilbeaud qui se démène de belle manière derrière son instrument. Autant dire que la soirée est assez éloignée du désastre redouté tant le plaisir de
Casey est communicatif. Le concert est bon et l’ambiance carrément démente. Pourtant la fan de Zone Libre que je suis reste quand même bien frustrée. L’alchimie des concerts à trois a totalement disparu. A part quelques rares regards entre
Cyril Bilbeaud et
Serge Teyssot Gay,
Marc Sens reste bien seul isolé dans le coin droit de la scène. Entre les rappeurs et les musiciens aussi, la complicité n’est pas évidente. Mises à part quelques taquineries de
Casey envers
Sergiot et ses perles de sueurs, les échanges sont inexistants. D’un point de vue musical, la déception est énorme. Quand on a entendu ce que sont capables de faire les
Zone Libre dans le côté expérimental, là ils se limitent à des bons riffs rocks, quelques solos rapides de
Teyssot Gay : un bon accompagnement rock sans plus. Si
Marc Sens a bel et bien emporté sa perceuse sur scène je n’ai aucun souvenir de l’avoir vu s’en servir. Tout ceci donne surtout la désagréable impression d’assister à une soirée
Hamé,Casey & son orchestre. J’aurais aimé qu’il y ait un mélange de morceaux hip hop rock mais aussi qu’on se laisse le droit de naviguer vers des plages plus expérimentales dans lesquelles excelle
Zone Libre. Mais peut-être a-t-on eu peur de trop de destabiliser les fans des rappeurs qui déjà devaient digérer la pilule orchestration rock. Reste à espérer que ces premiers essais scéniques ayant été transformés, le groupe proposera, lors de la ribambelle de festivals auxquels ils vont participer cet été, des tentatives plus intrépides vers les contrées expérimentales.