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dimanche 19 avril 2009

Zone Libre - La Laiterie, Strasbourg (18/04/2009)


Autant être honnête dès le départ : le projet l’Angle Mort réunissant Zone libre (formation que nous suivons depuis le début de leur aventure aux frontières du rock torturé expérimental) et les deux stars de la scène hip hop engagée Hamé de La Rumeur et la rappeuse Casey avait bien déçu sur disque. Avec une production bien étonnante quant à la qualité médiocre du son et une désillusion concernant l’alchimie tant attendue de la rencontre de deux mondes musicaux assez disparates, on était bien amer. Pourtant on y croyait fort à ce mélange rock expérimental & hip hop. Et là sur album, on naviguait entre du très bon son et des propos parfois caricaturaux. Une sorte de Zone Libre un peu bradé ou du Hamé / Casey ayant quelques peines à s’élever au niveau des musiciens qu’ils avaient rejoints. Autant dire que la découverte de la formation à 5 sur la scène de La Laiterie, dans le cadre du festival Artefacts 2009, était plus de l’ordre d’une curiosité tendre que d’une folle et impatiente envie de ma part. Déjà, pour avoir assisté à deux concerts de Zone libre, la première surprise qui n’est guère étonnante à bien y réfléchir, concerne le public de la salle. On sent bien que les trois quarts sont des fans d’Hamé et de Casey, rien à voir avec les personnes présentes aux précédents concerts de zone libre. La moyenne d’âge est bien plus basse, les sweat capuches sur la tête font légion et puis, ce qui ne gâche rien, le public des rappeurs est très motivé dans l’attente de leurs stars. Mais tout n’est pas gagné d’avance car ce sont ces mêmes personnes qui se posent mille questions depuis des mois sur ces impies rockeurs qui sont venus s’acoquiner avec leurs deux héros de la rime engagée. Seuls les trois membres de Zone Libre sont sur scène quand le concert débute. Serge Teyssot gay est déjà en belle forme, sautillant au rythme des accords. Cyril Bilbeaud et marc Sens sont beaucoup plus sages, un peu retirés chacun dans leur coin. Hamé et Caseyentrent sur scène et là c’est déjà la folie qui s’empare des fans ultimes des deux rappeurs. Autant dire qu’on est loin d’un concert typique Zone Libre. Les rappeurs ont pris la scène d’assaut et ils ne la lâcheront plus. Les morceaux se révèlent nettement plus efficaces en live que sur album. Hamé reste un peu plus en retrait, échangeant surtout avec son public, limitant ses quelques interactions scéniques avec sa complice Casey. Il est très étonnant ce Hamé, (Hamé de La Rumeur comme on dit dans le milieu). Alors que je m’attendais à trouver là devant moi un rappeur ultra hargneux, c’est un garçon assez touchant dans ses revendications avec un regard souvent triste à la Winnie l’Ourson. En fait celle qui mène la danse et porte le concert à bout de bras et à bout de mots c’estCasey. Cette fille, que je découvre ce soir, est absolument formidable. Déboulant sur la scène dans une tenue complètement asexuée mêlant cuir et jogging, elle porte sur l’ensemble du public dans regards complices, nous lance des sourires rageurs. Elle aussi, tel Sergiot et sa guitare, sautille nerveusement, déclame les paroles des morceaux de l’Angle Mort avec une conviction qui motive la totalité du public. Cette fille est une sacrée meneuse c’est une évidence et une artiste terriblement douée. Une ambiance totalement hip hop envahit la salle et les interprétations de Zone Libre sont largement appréciées si j’en crois les yeux émerveillés posés sur Sergiot et les pouces levés en l’air adressés àCyril Bilbeaud qui se démène de belle manière derrière son instrument. Autant dire que la soirée est assez éloignée du désastre redouté tant le plaisir de Casey est communicatif. Le concert est bon et l’ambiance carrément démente. Pourtant la fan de Zone Libre que je suis reste quand même bien frustrée. L’alchimie des concerts à trois a totalement disparu. A part quelques rares regards entre Cyril Bilbeaud et Serge Teyssot GayMarc Sens reste bien seul isolé dans le coin droit de la scène. Entre les rappeurs et les musiciens aussi, la complicité n’est pas évidente. Mises à part quelques taquineries de Casey envers Sergiot et ses perles de sueurs, les échanges sont inexistants. D’un point de vue musical, la déception est énorme. Quand on a entendu ce que sont capables de faire les Zone Libre dans le côté expérimental, là ils se limitent à des bons riffs rocks, quelques solos rapides de Teyssot Gay : un bon accompagnement rock sans plus. Si Marc Sens a bel et bien emporté sa perceuse sur scène je n’ai aucun souvenir de l’avoir vu s’en servir. Tout ceci donne surtout la désagréable impression d’assister à une soirée Hamé,Casey & son orchestre. J’aurais aimé qu’il y ait un mélange de morceaux hip hop rock mais aussi qu’on se laisse le droit de naviguer vers des plages plus expérimentales dans lesquelles excelle Zone Libre. Mais peut-être a-t-on eu peur de trop de destabiliser les fans des rappeurs qui déjà devaient digérer la pilule orchestration rock. Reste à espérer que ces premiers essais scéniques ayant été transformés, le groupe proposera, lors de la ribambelle de festivals auxquels ils vont participer cet été, des tentatives plus intrépides vers les contrées expérimentales.

samedi 4 avril 2009

Ghinzu - La Laiterie, Strasbourg (01/04/2009)


OTAN suspend ton vol
Dans une ambiance plus que survoltée (pour cause de sommet de l’OTAN), un de ces jours où les farces sont de mises, Strasbourg attendait au pied levé l’arrivée des belges pour leur toute première date de concert dans l’hexagone.
Cette soirée fut bien placée sous le signe de la blague mais de la mauvaise blague. Déjà lorsque le public a découvert, dans la salle de la Laiterie, la mise en place d’une fosse avec barrières de protection : 1 m de large sur la vingtaine de mètres le long de la scène : étonnant. Surtout pour un groupe comme Ghinzu ! Même si je découvrais les belges sur scène ce soir-là, je n’avais pas le souvenir d’anecdotes quelconques concernant de graves incidents survenus lors de leurs précédents concerts.
O.T.A.N. oblige, il m’avait semblé plus sage d’arriver très tôt, à l’ouverture des portes, pouvant ainsi apprécier pleinement la spiritualité du fan de base de Ghinzu : "Ohhh mate le bus qu’ils ont, oh oui c’est bien leur bus il est immatriculé en Belgique ! ", "oooooooooh ils vendent même des tee-shirt".
Alors que le concert Parisien se tenant deux jours plus tard avait vite affiché complet, la Laiterie est à moitié remplie lorsque prennent place les deux jeunes hommes de The Black Box Revelation qui assurent la première partie de la soirée. Et on peut dire qu’ils se démènent les garçons, entre rythmique bien nerveuse et un guitariste survolté : on ne s’ennuie pas une seconde. Les morceaux sont vraiment bons et l’attention ne retombera pas. Il n’y a pas à dire mais la simple association batterie-guitare-voix se révèle parfois mille fois plus efficace que tout un assemblage musical tortueux. En voilà deux qu’il convient de garder dans un petit coin de sa tête.
Pour jeunes gens de bonne famille
On prépare alors la scène en vue de l’arrivée des Ghinzu, le public est assez hétéroclite, pas si jeune que cela, pas si rock que cela non plus. La perplexité fait place à la curiosité lorsque l’on découvre une sorte d’assemblage de néons et de miroirs aluminium un peu pourraves en fond de salle il faut le reconnaître : un peu comme si on était devant la maquette carton pâte d’un concert de Nine Inch Nails ! Oubliant vite les aigreurs du moment, nous voici face à nos belges tout beaux dans leur costume avec une classe terrible derrière leur grosse lunette noire. En fait de classe cela fait vite péteux, dans leur gesticulation, leurs mimiques bizarres. Ils sont sur scène depuis 5 minutes à peine et John Stargasm m’exaspère. je n’en peux plus de son cinéma, de ses « montrages » du doigt et de ses sourires mielleux. Les autres ne convainquent pas plus dans la sincérité de leur jeu et ce ne sont pas quelques effets stroboscopiques du pauvre qui rendront le moment inoubliable. Chose étonnante, la salle n’est absolument pas réceptive aux morceaux proposés par le groupe. C’est d’autant plus surprenant que Ghinzu symbolise l’archétype de ce que l’on appelle une bande à groupies. Personne ne bouge de plus de 10 cm et paradoxe suprême, alors que dix jours auparavant je n’avais jamais écouté le groupe, je passe pour leur plus grande fan dans la salle. Il n’y a que moi pour reconnaître les titres de mirror mirror et me secouer gaiement sur chacun des nouveaux morceaux du groupe. De là vient sans doute la mauvaise ambiance de ce début de soirée, l’album sortait la veille, et tous ne sont pas des pirates du net et n’ont pas pu réviser leur nouveau Ghinzu avant de venir au concert. D’autant plus que le son ce soir-là n’est pas des meilleurs et que les versions live sont assez décevantes comparées à celles découvertes sur l’album !
Heureusement pour les groupies de base, quelques anciens succès vont être joués et seront vite reconnus, comme le merveilleux The Dragster Waves. La laiterie se réveille enfin, passe plutôt de l’état d’endormissement total à celui de la somnolence. Dans un moment de surexcitation intense va se produire devant moi le pogo le plus ridicule que je n’ai jamais vu : si quelques corps se sont effleurés lors de ces tentatives hasardeuses de « remuages » sauvages cela aura déjà été énorme. C’est là qu’on se dit qu’ils ont vachement bien fait de mettre une fosse de protection dans la salle. Savoir si un fou furieux, fan des belges, n’aurait pas tenté une petite escalade de la scène pour un saut à pied joint de 80 cm de hauteur ! Pfiououououou nous avons échappé au drame !
Au fil de la soirée, entre quelques bavardages et rigolades, le chanteur de Ghinzu apparaît beaucoup plus sympathique et a perdu toute cette prétention qui accompagnait son arrivée. Le groupe quitte la scène après un numéro de striptease qui nous permettra de nous rincer l’œil sur les fesses du guitariste chevelu pendant 5 bonnes minute. Retour sur scène pour un premier rappel etJohn Stargasm annonce alors le morceau “mine” dans une nouvelle version : une version indus. AH voilà !!!!! l’aveu enfin, non je ne suis pas paranoïaque, ces néons, ce cinéma de mise en scène, on veut se la faire indus façon Nine Inch Nails ou pire façon nouvel Indochine !?! De manière parfaitement objective cette reprise n’est indus que dans les rêves de John Stargasm. La soirée s’achève devant un parterre de jeunes hommes et jeunes filles de bonne famille apparemment satisfaits de leur concert.
Ghinzu débutait là leur tournée avec un album à peine sorti, c’est un fait. Ensuite il se peut que le groupe ait eu la tentation de se reposer un peu sur ses succès live précédents et se soit en quelque sorte démotivé pour ce début de tournée. Les belges possèdent un beau répertoire de nouvelles chansons (“take it easy”, “Kill the surfers”...) mais cela ne suffit apparemment pas. Il va leur falloir confirmer sur les dates suivantes et pas seulement nous faire profiter de leurs jolis fessiers !

samedi 14 février 2009

The Wedding Soundtrack - L’International, Paris (07/02/2009)


En toute objectivité.
Ce n’est pas un exercice facile de parler du travail artistique de personnes que l’on connaît, qui plus est, qu’on a connues avant de découvrir leurs œuvres musicales. Forcément, quand on ne vit que sur la nostalgie, en écoutant, en les voyant sur scène on se souvient alors de premières prises de bec, il y a 4 ans déjà, quand au détour de forums XsilencieuxClément me reprochait mon pseudo-mépris envers les artistes inconnus ou d’être l’unique détentrice du bon goût musical. Débats après débats, ce sont bien souvent les personnes avec lesquelles on se querelle le plus qui nous sont en fait les plus proches. Déjà, il évoquait son groupe, The Wedding Soundtrack, qu’il portait quasiment seul à bout de bras et de ce label Another record dans lequel il s’investit tant et qui regorge de jeunes artistes de grands talents.
Puis Mathilde à la batterie et Simon se sont joints à lui apportant à The Wedding Soundtrack un son plus rock que pop antifolk. C’est sous la formation trio que le groupe a sorti l’album Poland qui reçut un bel accueil : la maturité tout ça... Entre temps, Clément est devenu un collègue rejoignant la grande famille du corps enseignant. Forcément, évoquer une connaissance maintenant collègue voilà qui rend l’exercice encore plus ardu. Juste avant la sortie de Na Na Na RoVivien a rejoint le trio et c’est à 4 qu’ils présentent leurs nouveaux morceaux dans ce fort sympathique bar L’international en première partie du concert des Creaky Boards.

Au-delà de la simple amitié

C’était un peu le leitmotiv de la soirée : les amis, les retrouvailles, le temps qui passe, nous dépasse, ce qui change, ne change pas. Les souvenirs, les regrets, les envies qui nous ont quittée, des nouveaux désirs qui sont arrivés. On se raccroche à ces quelques fils rouges qui se présentent à nos pieds, qu’on entend d’une oreille distraite. Il y a là un ami perdu de vue depuis trois ans et le plaisir de découvrir enfin sur scène ClémentMathilde et leurs deux compères.
Alors qu’on pouvait s’attendre, en souvenir des écoutes des morceaux de Polandet de l’album précédent, à une soirée plutôt douce à base de ballades pop folk assez calmes, on se surprend à trouver cela bien hargneux dès le premier morceau. Mathilde assène une rythmique bien nerveuse derrière sa batterie.Clément n’est pas dans le phrasé doux mais dans un chant qui impose une puissance d’interprétation dès ses premières mesures à la guitare. Vivien etSimon ont, quant à eux, une présence scénique fort efficace.
Pas mal de morceaux du nouvel album seront présentés, sur quelques-uns Mathilde apportera ses chœurs ou un chant duo. Pour un premier concert présentant Na Na Na RO, dans un bar de la capitale, les poitevins assurent une excellente prestation provoquant ainsi la fuite des gens depuis le(s) bar(s) jusqu’au devant de la scène. Le set s’achève, trop vite, par la douce “Berceuse” dont la version présentée toute en vigueur sur le final, nous donne plus envie de réclamer tout plein d’autres morceaux que d’aller vite nous coucher.
C’était une belle soirée, émouvante, tendre, et joliment surprenante. On est heureux de voir des amis jouer ; on l’est encore plus quand on constate que ce qu’ils nous ont présenté était une prestation de grande qualité. On est fier et on n’a qu’une envie vous inciter à aller très vite écouter ces quatre là sur album ou si possible en vrai.

jeudi 12 février 2009

Leila - La Laiterie, Strasbourg (11/02/2009)


On aurait... mais non

On aurait eu envie de parler de la fort passionnante deuxième première partie Filastine : projet d’un percussionniste français basé à Barcelone qui sévit sur scène avec un caddy contre lequel il s’excite à coup de baguette sur fond électronique.
On aurait pu s’énerver contre cette troisième première partie qui nous fut imposée avec les simplistes Tahiti 80. Pas vraiment méchants les bougres, mais proposant des morceaux rock pop limite variété détonants pour ceux qui étaient venus voir Leila. On avait vraiment envie d’être patients pour profiter au mieux d’un concert tant attendu qui ne devait, du coup, ne débuter qu’à 22 h 45 (apparemment La Laiterie avait décidé de faire un mix de deux soirées différentes, en proposant deux séries de concerts sur deux salles communicantes, faute de spectateurs ?). Tahiti 80 a fait l’effet d’une douche froide après la prestation tellement réussie de Filastine. Quand l’enthousiasme est plus présent sur scène que dans la salle il y a de quoi se poser des questions. Ils sont gentils ces garçons et on est même très étonné de voir à quel point il peuvent prendre tant de plaisir à jouer... ça ! Quelques minutes de leur prestation auront réussi à mettre à mal la patience pourtant bien motivée d’une grande partie du public venu pour Leila faisant se désemplir la salle club au fur et à mesure qu’approchait le concert de Leila dans la salle adjacente.

Plus tard je ferai Leila Arab.

Voir Leila Arab sur scène c’était une grande première, un vrai concert de musique électronique c’était aussi une grande première. De constater que les platines avaient été positionnées si loin en fond de scène, juste au bas d’un écran géant sur lequel défilaient déjà des animations aux superbes graphismes rappelant la pochette de l’album Blood, Looms And Blooms : c’est étrange.
Le concert commence, on la devine déjà installée dans son antre, on l’aperçoit passant un bout de tête derrière les platines et les énormes enceintes. C’est une très belle femme, qui porte ce soir là une robe verte et un chemisier blanc. Une sorte de madame tout le monde, que l’on pourrait croiser chez le commerçant du coin, avec qui on pourrait parler éducation de nos enfants, du temps qu’il fait. Une dame ! Pas un génie de la musique électronique ! Elle virevolte de gauche à droite, manie les boutons et devient maîtresse du son. Ce son qui envahit alors la laiterie. Le morceau “Mettle” interprété dès le début du set emporte le public présent dans une quasi transe.
Débutant par quelques sons légers, doux, la tension ne cesse de monter. Elle, pourtant si frêle, parvient à imposer dans cette grande salle de la Laiterie toute sa puissance électronique. Nous ne sommes même pas sous son charme ; nous sommes carrément bluffés par les réelles compétences de cette artiste. Viennent se relayer sur le devant de la scène, dans l’interprétation vocale de quelques titres, sa grande sœur Roya Arab qui se montre nettement plus loquace et très à l’aise face au public strasbourgeois, ainsi que deux autres interprètes : féminin et masculin (dont les noms m’échappent pour être honnête).
Pendant ce temps-là, sans dire un mot, Leila est là tout derrière et s’affaire. Elle quitte la scène sur un long morceau qui s’achève en des textes inlassablement répétés. Elle réapparaîtra furtivement juste le temps de se cacher derrière ses platines pour nous gratifier d’un magnifique sourire.
Un peu comme une fée, elle disparaît de nouveau discrètement et définitivement. Elle nous laisse alors des tas d’images magiques qui défilent dans notre inconscient et le doux son les accompagnant qui ne nous quittera qu’au moment de l’endormissement.

dimanche 8 février 2009

Sam Amidon - Le Molodoï, Strasbourg (08/02/2009)



Les surprises les plus belles sont certainement celles auxquelles on s’attend le moins. Après un concert parisien fin 2008 auquel je n’avais pas pu assister, Sam Amidon est de retour en ce début février pour quelques dates en France. Tout à fait par hasard, profitant d’un trou dans la programmation de la tournée de l’américain, L’association Komakino a eu l’ingénieuse idée de convier Sam Amidon ce dimanche soir au Molodoï strasbourgeois.

Dans une ambiance festive et ludique (la journée et soirée étant placées sous le signe des jeux en tout genre) Sam Amidon prend place sur la mini scène préparée à l’arrache au milieu des aires de jeux.

Mais pourquoi diable, malgré un week-end plus que chargé, des enfants à faire garder, passer voir un jeune américain nous interpréter en acoustique d’anciennes chansons du folklore des Appalaches ?

Parce que déjà l’album nous avait beaucoup émus.

Parce que Sam Amidon, en plus d’être un talentueux et attachant interprète, est aussi un personnage complètement loufoque. Devant nous c’est un gentil garçon sage comme une image qui s’installe. Puis au milieu des interprétations se révèle un petit être espiègle : il stoppe net les morceaux, nous narre ses rêves étranges avec une maman devenue naine et hilare, nous fait partager ses découvertes traumatisantes via wikipedia concernant une peste strasbourgeoise. Puis il va poser sa guitare, s’allonger à nos pieds pour réaliser une trentaine de pompes à bout de phalanges.

Il est bien surprenant ce jeune homme. Tout comme dans ses interprétations : il ne chante pas ces histoires qu’il a mises en musique, il les raconte nous plongeant dans un bain de mélancolie et d’infinie tristesse. Sam Amidon mêle la douceur du chant à la malice de son regard et de son sourire. Il nous offre là une parenthèse toute en magie avec des morceaux qui ne perdent rien de leur essence lors du passage seul à l’acoustique.

La beauté, l’espoir et l’envie ont dépassé les époques et les continents. Elles subsistent parce qu’il existe de jeunes poètes capables de nous conter avec talent ces émouvantes histoires.

lundi 2 février 2009

Of Montreal - La Laiterie, Strasbourg (01/02/2009)


C’était un Dimanche...
Et un dimanche en Alsace c’est loin d’être le moment le plus jouissif de la semaine. Quand en plus il fait froid, qu’on a la flemme de pointer le bout de son nez au dehors, il y a de quoi fortement déprimer. Mais c’est sans compter sur les programmations admirables de La Laiterie qui a eu pour ce premier jour de février l’excellente idée de faire venir un des groupes les plus hallucinants du moment. Of Montreal, ceux qui les ont vus sur scène, en parlent toujours des étincelles plein les yeux, le sourire ébahi ou de manière fort passionnée. Of Montreal c’est d’abord le projet de Kevin Barnes qui décida de nommer son groupe ainsi en hommage à une ex-petite amie qui arborait cette expression en tatouage. Personnage fantasque, lui et sa troupe ont pour habitude de présenter en live non pas des concerts mais des spectacles toujours plus surréalistes. A la lecture, chez mes amis du Hiboo, de ce que fut le concert de la veille auBataclan (Chronique de Juliette), l’impatience atteint des sommets au moment de rejoindre la salle strasbourgeoise.
...comme on n’en connaîtra jamais d’autres.
Après les petits illuminés du clavier de Casiokids, leurs sons électroniques et leurs rythmes bien dansants, le show Of Montreal peut alors débuter !
Entre sur scène un personnage au masque de Tigre et c’est parti pour une heure trente de grand guignol. Kevin Barnes incarne une version rock du clown triste : chemises à jabot aux couleurs improbables, yeux cernés de bleu, vernis rouge sur les doigts de la main gauche, chaussures rouges à ruban de petites filles toutes étincelantes... En le découvrant dans ces divers costumes, recouvert de mousse à raser, d’une peau de bête insufflant de la fumée, on hésite entre le risible et la pitié. L’extravagance du leader d’Of Montreal est d’autant plus déconcertante qu’il semble en même temps empli d’une grande tristesse et mélancolie dans ses regards et sa manière quasi automatique de présenter les morceaux. Le groupe démarre fort avec l’un de leurs titres phares : “She’s a rejector”. En fond de salle, sur un écran, défilent tour à tour des vidéos des membres du groupe et des dessins animés babas cool très années 70’s. Dès le deuxième morceau débutent les réjouissances. Tout au long de la soirée vont se succéder des saynètes et la venue sur scène de personnages fort étranges et parfois indéfinissables. Un sentiment inquiétant nous saisit : c’est un peu comme si on retrouvait nos 6 ans, qu’on était devant un spectacle de Chantal Goya mais face à une version gore de Pandi Panda. Entre les cochons, un tigre apparemment méchant, des pauvres gens, un exorciste, des démons noirs, des créatures vaporeuses rouges et j’en passe, il sera difficile de donner une quelconque signification à tout ce qui défile sous nos yeux. On comprend bien qu’il s’agit de l’œuvre des quelques âmes perturbées mais les nôtres ne le sont sans doute pas suffisamment pour donner du sens à l’incompréhensible. Paradoxalement s’opère dans le public un décalage étonnant. Alors que sur scène on rivalise de fantaisie les spectateurs sont d’une sagesse dont rêverait toute maîtresse d’école : pas un ne bouge ! Il faudra attendre le milieu du set et le passage de quelques membres déguisés du groupe pour provoquer une vague de pogos qui ne cessera qu’en toute fin de concert. la folie scénique s’empare alors de la salle de la Laiterie et ne la quittera pas.
Pendant ce temps-là, le groupe (oui il ne faudrait quand même pas oublier que nous sommes là à un concert rock) enchaine la vingtaine de titres de la soirée sans relâche. Quasiment tout l’album Skeletal Lamping sera présenté. Le concert s’achève sur une reprise hypnotique de “Smell like teen spirits” laissant aux spectateurs une impression étrange.
Étions-nous là à un concert ou une sorte de spectacle rock hybride ? Musicalement l’interprétation des titres est loin d’avoir été grandiose. On se demande si Kevin Barnes et ses compères ne cherchent pas à noyer la médiocrité du passage en live de leurs morceaux dans un excès d’effets en tout genre : entre les saynètes, les vidéos, les tenues excentriques de Barnes... on a du mal à rester attentif et à apprécier l’ensemble. Le moment est plaisant : on s’amuse bien mais cela ne restera pas la claque musicale live de l’année : c’est une évidence !

dimanche 25 janvier 2009

The Subways + Quidam - La Laiterie, Strasbourg (24/01/2009)


Be my, be my, be my...
Cela faisait deux ans et demi que The Subways n’avaient point mis les pieds dans la laiterie strasbourgeoise. Leur dernier passage, lors de la tournée Young for Eternity, avait laissé un souvenir grandiose. Un an après une première découverte de ces trois fous furieux sous la pluie du festival rock en seine édition 2005, le groupe avait enflammé le public alsacien me laissant un des meilleurs souvenirs de prestation live dans cette mythique salle de l’est. L’image d’un Billy Lunn déchaîné et surtout d’une adorable Charlotte Cooper sautant de toute part, sa basse à la main, en secouant frénétiquement la tête hantaient encore mes fantasmes de spectatrice. L’envie était grande, presque irrésistible, de retrouver ces sensations de légèreté dynamique, de passer toute une soirée à sauter furieusement, à jouer des coudes et des coups d’épaule bien placés. Cette fois-ci, The Subways avaient l’honneur de la grande salle de la laiterie avec un public dont la grande majorité bénéficiait encore de la carte de réduction 12-25 de la S.N.C.F.
Quo Vadis
Quidam ouvrait la soirée. Alors quid de quidam ? C’est difficile de rester totalement objective face à ces jeunes garçons à l’apparence fragile. Ils font autant d’effet qu’un plat de lasagnes froides. On les voit, ils sont mignons, le chanteur, Yannick Demaison, est même craquant. Il a une présence incroyable et ses échanges avec son jeune public sont fort sympathiques. Ça s’arrête là hélas. Si l’on tente de gratter un peu plus, de goûter ce qui nous paraît plutôt bon on en revient vite. L’ensemble sonne très sous-eiffel et sachant queEiffel est déjà un sous plein d’autres choses, je vous laisse imaginer l’étendue du désastre. Cocasserie de la soirée, le groupe annonça une reprise. « Dites, vous connaissez Joy Division ? » lança le chanteur comme si il était en train de présenter à l’audience un problème de métaphysique. Quelques oui se firent entendre pendant qu’à côté de moi des prépubères les yeux exorbités me faisaient « Joe qui ? ». Satisfaction de Yannick Demaison de constater, que ce soir, certains allaient apprécier la qualité de leur choix de reprise musicale. Celui-ci nous confia alors « Ahhh parce que dans la salle où on a joué hier soir, personne ne connaissait ! ». Ceci nous donne un aperçu de la culture musicale de la jeunesse française. Heureusement qu’ils sont là pour remédier à ces terribles lacunes, les Quidam. Les jeunes gens semblaient ravis de jouer devant leur public. Ils en oublièrent presque qu’ils n’étaient là qu’en première partie et lorsqu’ils quittèrent la scène et qu’ils nous précisèrent de manière presque prétentieuse de bien applaudir the subways, qui allaient suivre, parce que nous allions découvrir là un sacré bon groupe, on aurait presque eu envie de crier « mais c’est pour eux qu’on est venu bananes, filez dans vos loges ...sans dessert ! ».
...little rock and roll queen
Passons aux choses sérieuses. Place au trio les plus agité de la scène rock. Ceux pour qui peu auraient parié un kopeck il y a presque 4 ans lors de la sortie deYoung For Eternity. Ceux que l’on trouvait trop juvéniles il y a trois ans. Ceux qui proposent des morceaux un peu répétitifs. Ceux qui n’ont rien inventé mais qui pourtant ont ce don de déchaîner même les publics les plus timorés. En débutant la soirée avec “Rock n roll queen” et en enchaînant les titres les plus nerveux du groupe, l’ambiance était posée dès les premières secondes du set.Billy Lunn, torse nu, a pris place sur scène avec une hargne qui ne m’avait pas tant marqué lors de leurs précédentes prestations. Charlotte Cooper, toujours aussi ravissante, nous a gratifié de ses bonds et secouages de tête intensifs. Pendant ce temps là, le public se frottait plus ou moins violemment dans une bonne humeur ponctuée de stage-diving timides. Un concert de The Subways ce n’est pas tant ce qui se passe sur scène qui nous emporte mais ce que l’on vit dans la fosse à quelques mètres du groupe. Cette énergie qu’ils nous offrent, que l’on reçoit et qui nous permet d’extérioriser dans l’allégresse toutes nos pulsions et notre tension intérieure. Ce n’est pas aussi méchant que dans certains concerts où quelques mauvais esprits sont là pour carrément provoquer de méchantes bastons. Là c’est du tout mignon, on navigue dans du pogo tendre. Et quand on se retrouve au milieu de jeunes gens qui auraient pu être nos élèves et qu’on a quand même un cœur de môman, on passe une grande partie de la soirée à ramasser tout plein de garçons étendus à nos pieds car ils n’ont pas résisté à trois coups de coude mal placés. Ce furent 18 morceaux que The Subways nous ont proposés et il n’y eut pas un seul moment où nous nous sommes ennuyés. Billy Lunn étant de surcroît un sacré bonimenteur, il a su nous transcender à coup de « you are le most fuc*** incredible public que je n’ai jamais vu ! » toute la soirée. Musicalement, The Subways restent ce qu’ils sont : un groupe qui n’a rien de révolutionnaire et nous proposent des morceaux sympathiques et vraiment plaisants. Mais le groupe dure malgré toutes les critiques de légèreté. Ce qui signifie qu’il y a plus que cela. Ils ont cette envie, cette présence, ce partage qui les rend terriblement attachants.