A Propos

Rubriques

dimanche 28 novembre 2010

Caspian – Stimultania, Strasbourg (28/11/2010)


Autant dire que les Caspian en concert, qui plus est dans le cadre relativement intimiste du Stimultania, cela restera un souvenir puissant parmi les meilleures soirées offertes par Komakino. Se dire qu’on a payé seulement 3 euros pour bénéficier d’une telle prestation, on aurait presque honte de dépenser parfois dix fois plus pour des concerts foutages de gueule proposés par ailleurs. Quand on arrive, les cinq membres de Caspian sont tous scotchés au fond de la salle à leurs ordis, Iphone... à se demander si on ne tient pas là une belle brochette de glandeurs. Ils sont du genre musclés-tatoués avec un de leurs guitaristes doté d’une coiffure des plus improbables : sorte de mix entre le pétard de Robert Smith et la mèche de Justin Bieber. On s’attend à une prestation sympathique, ils le disent eux-mêmes cette date au Stimultania tombe au beau milieu d’une tournée dans des salles ou clubs de taille habituelle. Le concert a lieu un dimanche à 18h30 qui plus est, on va avoir l’indulgence d’une fin de we pour ce qui devrait être une date "intermède" pour les américains. Pourtant le matériel préparé dans la fond de la galerie impressionne avant même que le groupe ne commence à jouer. Pierre de l’association Komakino nous prévient : ça va jouer très fort. On en a déjà connu des concerts bruyants au Stimultania, on se doute bien qu’avec leur post-rock surpuissant ça jouera fort ! Mise en garde fort judicieuse effectivement : Caspian joue ULTRAFORT ! Et ce fut ULTRABON. Pendant une heure le groupe s’est démené pour nous offrir un concert d’une qualité impressionnante. Non seulement les titres proposés, anciens et nouveaux étaient d’une efficacité redoutable à retourner tous les coeurs lors de montées en puissance titanesques ou de ruptures rythmiques assassines. Mais la chose à laquelle je ne m’attendais absolument pas c’est la grâce incroyable avec laquelle ces balaises interprètent leurs morceaux. Jamais je n’aurais imaginé pouvoir écrire que Caspian en concert c’est tout aussi magnifique à voir qu’à entendre. Des costauds de la guitare, basse ou batterie qui parviennent à se mouvoir avec une telle symbiose et tant d’élégance c’est fascinant. Par moment on semblait voir face à nous une pieuvre avec à sa tête le batteur et ses tentacules guitares-basse. [Il convient à ce stade de l’article de préciser que je ne bois jamais et ne me drogue guère.] Le groupe semblait prendre un réel plaisir à jouer dans ce cadre et ces conditions particulières. Les membres de Caspian ont fait l’honneur de proposer au public du Stimultania un set inoubliable tant par la qualité de leurs morceaux que leur professionnalisme. Le soucis du perfectionnement qui séduit dans la construction de la plupart des titres se retrouve sur scène dans l’élaboration d’un set efficace et d’un final fort sympathique autour de percussions. Un concert qui ne fera pas regretter aux plus casaniers de s’être déplacés.

vendredi 26 novembre 2010

Caspian - You Are The Conductor

sortie initiale le 1er novembre 2005
nouvelle édition deluxe sortie le 16 mars 2010 chez Mylene Sheath Records
L’occasion était trop belle, entre les prochains concerts dans l’Est de Caspian et la réédition cette année de trois de leurs EPs en disques vinyls, d’évoquer l’une des meilleures formations post-rock de cette dernière décennie. Ces bonshommes de Boston officient ensemble dans les atmosphères lourdes et les mélodies alliant puissance et urgence depuis déjà 7 ans. You are The Conductor fut leur première réalisation, il y a tout juste 5 ans. A la réécoute, cet EP pourrait être sorti la semaine dernière tant son efficacité semble toujours intacte. Beaucoup s’accordent à placer Caspian au rang des pionniers qui ont su apporter une bulle d’air rafraîchissante dans un univers post-rock peu ragoûtant pour certains. Ils sont à rapprocher de formations du renouveau comme PelicanThis Will Destroy You, Explosions in the Sky et bien d’autres encore. Ce qui impressionne surtout avec You Are The Conductor, en se replaçant dans le contexte album de "jeunes" débutants, c’est la manière extrêmement judicieuse et divine à l’époque avec laquelle s’enchaînent les quatre premières pistes. Il y a là une cohésion remarquable dans la montée en puissance de l’EP qui époustoufle encore des années après. La groupe n’a guère déçu depuis. Il y a d’abord eu The Four Treesen 2007 et surtout Tertia en 2009. Deux albums avec lesquels le groupe n’a jamais cessé de se montrer convaincant et su garder la magie enchanteresse des toutes premières réalisations.

Caspian - Quovis + Further Up + Further In from wearepostrock on Vimeo.

mercredi 24 novembre 2010

A Place To Bury Strangers - I Live My Life To Stand In The Shadow Of Your Heart EP


A Place To Bury Strangers - I Live My Life To Stand In The Shadow Of Your Heart EP

sortie digitale depuis le 21 novembre 2010 chez Mute
Depuis 2006, les new-yorkais d’A Place To Bury Strangers ont parsemé leur route musicale d’EPs qu’ils nous offerts autour de leurs deux seules importantes réalisations : l’éponyme A Place to Bury Strangers (2007) et l’impressionnant Exploding Head (2009). Entre ces quelques disques et des prestations plutôt époustouflantes, comme celle de la Route du Rock 2009, le groupe a su s’imposer comme une référence dans la mouvance post-shoegaze actuelle et se frayer une place enviable ; là où d’autres illustres commencent à se casser les dents.Comme me le faisait justement constater l’an passé un lecteur en commentaire de l’article sur la sortie d’Exploding Head, le groupe est assez friand de rééditions de tout genre. Cet EP en est symptomatique. C’est un peu l’EP pour groupies. L’album Exploding Head s’achevait sur l’entêtant "I Live My Life To Stand In The Shadow Of Your Heart". Titre qui a marqué nombre d’entre-nous et qui revient du coup dans l’actualité en multi-versions dans l’EP portant le même nom. A ces trois versions inédites (puisqu’on retrouve aussi la version originale) s’ajoute un morceau inédit "Girlfriend" et ses guitares acérées, déjà connu des spectateurs des performances live du groupe. Si je devais retenir ma version chouchou parmi les mix electro-techno proposés, c’est certainement le Secret Machines Remix et ses 06:42 qui l’emporte haut la main avec sa rythmique hautement assassine et les ambiances ultra pesantes du morceau original qui ont su être conservées.

mardi 23 novembre 2010

Brave Timbers - For Every Day You Lost

JPEG - 39.4 ko
sorti le 27 septembre 2010 chez Second Language Records et Rough Trade
Fini le temps des rigolades et de la désinvolture estivale. L’automne est là puis bientôt l’hiver prêts à attaquer insidieusement corps et âmes. L’heure est venue aux introspections dévastatrices. Ce premier album de Sarah Kemp qui se présente à nous avec le projet Brave Timbers ne pouvait pas mieux tomber.For Every Day You Lost est l’illustration musicale parfaite des "sanglots longs des violons de l’automne..." si chers à Verlaine. Sarah Kemp est une jeune violoniste qui a déjà officié dans maintes formations classiques puis a décidé de faire ses armes seules du côté d’une musique néo-classique à forte consonance mélancolique (c’est peu de le dire). Usant d’un violon larmoyant, d’une guitare épurée et d’un piano aux quelques notes désarmantes, la jeune femme parvient tout au long des onze pistes de l’album (et ses quatre pistes bonus) à bouleverser l’auditeur. Rien d’époustouflant dans les réalisations de Brave Timbers, les morceaux sont épurés et ne sont pas là pour en mettre plein les oreilles avec des prouesses originales et spectaculaires. Le classicisme et le dépouillement relatif des pièces proposées pourraient rendre l’ensemble complètement insignifiant. Il n’en est rien pourtant. Brave Timbers sait user d’une grâce subtile pour toucher l’intime et accompagner délicatement les esprits tristes et torturés. For Every Day You Lost est sans aucun doute l’album parfait (s’il en fallait un) pour accompagner nos sempiternelles asthénies automnales.



brave timbers - For Every Day You Lost from k craig on Vimeo.

samedi 20 novembre 2010

Jesu - Heart Ache & Dethroned



sorti le 16 novembre 2010 chez Hydra Head Records


Ô joie immense : encore du Justin Broadrick à nous mettre sous la dent ! Ces trois dernières années on ne compte plus les sensationnels albums, splits et EP qu’il nous a offerts avec Jesu. Heart Ache & Dethroned c’est la nouveauté de cette fin 2010... qui n’en est pas une finalement ! Il s’agit en fait du premier EP réalisé avec Jesu, Heart Ache (et ses deux morceaux fleuves de 20 minutes chacun), auquel s’ajoute l’EP Dethroned (constitué de quatre anciens morceaux qui étaient restés inaboutis jusqu’à présent). En voilà une bonne idée ! Déjà les adorateurs de Broadrick seront comblés par la découverte de ces quelques anciennes pistes récemment achevées. Mais surtout, les fans récents de cet incroyable artiste et de son oeuvre délicieusement torturée, ceux qui ne suivaient pas encore les premiers pas broadrickiens du temps de Napalm Death ou encore ses époustouflantes réalisations au sein de son groupe phareGoldflesh , ceux-ci découvriront avec les deux premières pistes ("Heart Ache" et " Ruined") l’incroyable force quasi mystique que Jesu portait déjà dès 2004. Ces deux morceaux semblent nettement plus dépouillés que les réalisation récentes pourtant on y retrouve déjà la puissance de boucles hypnotiques et la paradoxale légèreté des mélodies qui accompagnent une pesanteur tenace. Les quatre "anciennes-nouveautés" sont chacune à tomber. En septembre dernier, il suffisait de quelques secondes à peine, lors de la découverte de l’extrait "Dethroned" pour être immédiatement emporté par un flot de guitares époustouflant. Les morceaux suivants sont du même acabit. Autant dire que le doublé "Dethroned" suivi par "Annul" et ses riffs tout en lourdeur est carrément assassin.


Prions pour que Justin Broadrick poursuive la fouille de ses fonds de tiroir (ou qu’il se remette dare-dare à ses nouvelles compositions) et nous offre encore dans les mois à venir d’autres pièces fleuves musicales d’une efficacité tout autant redoutable.

jeudi 18 novembre 2010

Her Name Is Calla - The Quiet Lamb

sorti le 12 octobre 2010 chez Denovali Records Les membres de Her Name Is Calla sont originaires de Leicester, la formation existe depuis 2004. En 2007 la sortie en copies limitées de deux 7" assez remarquables marque les esprits. D’ailleurs, l’un de ces deux morceaux fleuves, "Condor And River", se trouve être la pièce maîtresse de The Quiet Lamb. Her Name Is Call, comme tous les groupes de post-rock ou affiliés, joue des atmosphères planantes et des ruptures violentes rompant ainsi la quiétude ambiante dans laquelle l’auditeur se pose pendant de longues (interminables parfois) minutes. Sur la durée, il n’est pas aisé d’entrer et d’apprécier à sa juste valeur The Quiet Lamb. A moins d’être un dingue de ce style musical, le décrochage nous guette et peut surprendre à chaque instant. Tout comme ces illustres références, que ce soit du côté de GY!BE (Godspeed You! Black Emperor) voire iLiKETRAiNS (filiation moins évidente à mon goût), pour apprécier l’envolée épique de chacune des pistes il est nécessaire de s’y plonger intensément et régulièrement. Ce qui n’est pas toujours évident quand celles-ci avoisinent les 8 minutes (jusqu’aux 17 minutes de "Condor And River"). Alors, comme avec des groupes comme A Silver Mt. Zion, on finit par s’attacher surtout à quelques morceaux sur lesquels on revient régulièrement sans forcément réécouter l’album dans son intégralité.

mercredi 17 novembre 2010

Will Stratton - New Vanguard Blues

sorti en autoproduit le 27 juillet 2010 disponible via Bandcamp
De formation classique depuis l’enfance (piano dès l’âge de quatre ans), tombé dans la marmite Nick Drake à l’adolescence, l’encore tout jeune Will Stratton propose avec New Vanguard Blues son troisième LP. Quand à 20 ans, le petit surdoué étudiant en philo sortait son premier album, c’est Sufjan Stevens qui apparaissait en guest sur l’un de ses morceaux. C’est dire si le garçon n’a pas eu de mal à se faire remarquer et se rendre crédible dès ses premières réalisations. Will Stratton nous offre avec New Vanguard Blues de sympathiques ballades folk dans un style épuré. L’ensemble plutôt minimaliste séduit par la délicatesse du chant et la subtilité avec laquelle le jeune artiste égrène ses quelques accords. Ce que l’on pourrait prendre aux premières écoutes pour une certaine mollesse se révèle au fil du temps être une poésie sonore étrangement enivrante portée par toutes sortes d’émotions parfois poignantes.