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dimanche 4 avril 2010

Scary Mansion + Le Loup - La Laiterie (04/03/2010)


Belle programmation ce jeudi soir dans la salle Club de La Laiterie. Deux des artistes les plus emblématiques de l’audacieux label bordelais Talitres nous faisaient le plaisir d’être présents : Scary Mansion pour débuter la soirée suivis par leurs compatriotes indie folkeux Le Loup.
Le cadre intimiste de la petite salle strasbourgeoise sied parfaitement à la prestation de Scary Mansion. Le groupe semble très à l’aise, sans doute ravi de partager une nouvelle fois l’affiche avec leurs collègues de label.Leah Hayes se pose devant nous avec ses deux acolytes. Toute fluette dans sa combinaison noire, son thunderstick en mains, la jeune femme se lance dans une interprétation très convaincante d’une grande partie des morceaux du dernier album du groupe : Make Me Cry. La batterie sait se montrer puissante dans les moments plus énergiques, la tension retombe dans les phases plus nostalgiques. Avec son brin de voix fragile Leah Hayes nous enchante et nous permet de débuter en toute beauté une soirée de grande qualité.

On attendait impatiemment Le Loup. Moi, le public mais aussi le batteur de Scary Mansion qui les rejoindra même sur scène pour faire de la rythmique sur un titre, quand il ne sera pas sur le côté à dodeliner de la tête. Deux albums, superbes, dont le dernier Family qui porte une bonne dose de frisson folk psychédélique. Empressement donc de découvrir les américains dans un cadre aussi intime mais quelques craintes malgré tout. Les morceaux sont plaisants, l’écoute agréable, de belles harmonies vocales mais sur scène ceci ne se révèlera-t-il pas un peu lassant et peu entrainant ? Les membres prennent place, un guitariste barbu, bonnet, chemise à carreaux, Sam Simkoff tee-shirt jaune Maryland avec un gros cerf dessiné dessus et des bâtons d’encens plantés dans une orange à la main. Tout est là pour créer une ambiance de communion indie folk entre morceaux planants, chants envoûtants. On s’attend à une grande douceur et du quasi recueillement. La surprise est de taille, le premier morceau débute à peine que le chanteur à lunettes se secoue dans tous les sens et joue d’un appareil qui crée des effets d’échos et de réverbération sur sa voix rendant son chant limpide. Il y a dans l’interprétation de Le Loup une énergie folle, des sons expérimentaux proches de ceux proposés pas un groupe comme Animal Collective et pourtant la prestation reste tout le temps digeste. La rythmique est efficace, entêtante, sauvage même. Les titres s’enchaînent avec un même dynamisme communicatif. Le morceau "Le Loup (Fear Not)" , véritable perle du premier album, est présenté dans une version majestueuse : d’abord une intro instrumentale quasi psychédélique suivie d’une montée en tension voix-instruments qui embrase carrément la salle. Pour une soirée tranquille on repassera : Le Loup décoiffe, emporte tout sur son passage. Sortes de mutants schizophrènes de l’indie folk ces américains surprennent par leur capacité à produire sur disque des morceaux déjà magiques mais plutôt calmes qu’ils transcendent complètement en un moment de folie furieuse musicale lors de leur passage sur scène.

samedi 3 avril 2010

Sage Francis - Slow Man

Single téléchargeable légalement ICI
en avant goût de l’album Li(f)e dont la sortie est prévue le 11 mai 2010
Ceci ne sera pas une information pour ceux qui attendent fébrilement la sortie du nouvel album de Môssieur Sage Francis. Il y a, en effet, quelques jours Pichforka proposé le morceau "Slow Man" en écoute. La découverte de ce titre se révèle fort prometteuse pour ce futur album Li(f)e qui se trouve être une réalisation collective avec certains des plus grands noms de la scène indépendante internationale. Pour "Slow Man" ce sont les membre du groupe Calexico de Tucson qui s’y collent. Entre autres artistes et collaborations exceptionnelles on trouvera un duo avec notre Yann Tiersen hexagonal. Petite pointe d’émotion, Li(f)e, sera également l’occasion de retrouver le regretté Mark Linkous pour l’une de ses dernières réalisations. Petite piqûre de rappel de ce qui nous attend afin de rendre l’attente encore plus insupportable.



- 01 . Little Houdini (written by Sage Francis and Jason Lytle)
- 02 . Three Sheets to the Wind (written by Sage Francis and Chris Walla)
- 03 . I Was Zero (written by Sage Francis, Richard Terfry, Brian Deck, Tim Rutili, Jim Becker, and Gordon Patriarca)
- 04 . Slow Man (written by Sage Francis, Joey Burns, and John Convertino)
- 05 . Diamonds and Pearls (written by Sage Francis, Thomas Hagerman, Shawn Gilbert, Jeanie Schroder, and Nicholas Iurata)
- 06 . Polterzeitgeist (written by Sage Francis, Tim Rutili, Jim Becker, and Brian Deck)
- 07 . The Baby Stays (written by Sage Francis and Tim Rutili)
- 08 . 16 Years (written by Sage Francis, Kurt Read, Brian Deck, Tim Rutili, Jim Becker, and Gordon Patriarca)
- 09 . Worry Not (written by Sage Francis and Tim Fite)
- 10 . London Bridge (written by Sage Francis & Chris Walla)
- 11 . Love The Lie (written by Sage Francis & Mark Linkous)
- 12 . The Best of Times (written by Sage Francis & Yann Tiersen)

dimanche 14 février 2010

Kasabian - La Laiterie, Strasbourg (12/02/2010)


Premier gros concert 2010 pour une Laiterie qui affichait complet depuis déjà quelques semaines. Les garçons de Leicester, les Kasabian, nous faisaient l’honneur d’une date strasbourgeoise dans leur nouveau périple de concerts européens. Pas de première partie. Kasabian seul officiera pour une heure trente d’un concert assez remarquable.
C’est qu’on en attendait beaucoup de ce retour de Kasabian en France. Rarement décevants sur scène, ils avaient su enflammer le public de l’Olympia quelques jours auparavant. D’ailleurs le set était parfaitement rôdé et maîtrisé. Normal puisque nous avons eu droit aux mêmes morceaux qu’à Paris, Amsterdam et encore Rotterdam.
Cependant rien n’était gagné : entre une forte attente, le refus de la déception et l’arrivée sur scène d’un Tom Meighan merdeux comme pas deux. Le groupe investit La Laiterie provoquant l’allégresse d’un public strasbourgeois transi de froid. Nous font face Meighan et l’un de ses guitaristes affublés de lunettes de soleil. Voilà de quoi rappeler amèrement l’entrée ridicule d’un Ghinzu qui nous avait laissé un piètre souvenir de leur passage à La Laiterie. Ce ne sera qu’au beau milieu de la soirée que Tom Meighan nous comblera de joie en nous faisant partager son regard taquin alors qu’à l’heure où j’écris ces mots son guitariste porte toujours ses Ray-ban sur son nez. Mais à la rigueur, ce n’était pas cela le plus énervant, le détail qui aurait pu complètement gâcher la prestation du groupe... En effet, le truc insupportable ne se situait pas au niveau du regard mais de la bouche ! La mâchoire de Meighan s’activant bien trop énergiquement pour être honnête. L’élément perturbateur consistait en un petit "aliment" de quelques cm² : un insupportable chewing-gum. Pendant le concert entier nous avons eu droit à une incessante série de "mâchouillages" peu discrets et peu harmonieux ramenant le leader des Kasabian au niveau d’une vulgaire tête à claques d’école élémentaire. Entre les lunettes noires, la gomme à mâcher, les poses beau-gosse, Tom Meighan agace dès les premières minutes de la soirée. Étonnante capacité des rockeurs anglo-saxons qui semblent exceller à jouer les petits cons. Poseur et connard : la soirée aurait bien pu se révéler désastreuse. Et pourtant...
Et pourtant : nous avons eu droit à l’un des meilleurs concerts proposés ces dernières années à La Laiterie. C’est qu’ils sont sacrément doués les Kasabian et même les passages interprétés de façon plus discrète par le guitariste chanteur Sergio Pizzorno offrent des pauses fort appréciables dans un set qui déménagent. Parce que c’est là que situe l’atout majeur du groupe : celui-ci possède un grand nombre de morceaux exceptionnellement bons et efficaces. Du coup tout s’enchaîne à merveille du démarrage avec "Julie & The Mothman" jusqu’à la combinaison mortelle du rappel : "Fire", "Vlad The Impaler" et " L.S.F. (Lost Souls Forever)".
Tom Meighan se révèlera tout au long de la soirée d’une grande gentillesse et d’une sympathie communicative faisant vite oublier les éléments exaspérants du début de concert. Le public ne s’y trompera pas offrant 5 minutes durant une version chorale à capela des derniers refrains chantés par le groupe. On démontait la scène, la salle se vidait et pourtant le concert n’était pas tout à fait terminé.

samedi 7 novembre 2009

Arctic Monkeys - Zenith, Paris (06/11/09)


Et de deux

Seconde soirée parisienne, dans un Zénith déjà plein à craquer, pour les tant espérés Arctic Monkeys. Au lendemain d’une première prestation déjà fort réjouissante, les Eagles of Death Metal ouvrent de nouveau le bal. Les quatre rockeurs déjantés proposent inlassablement leur heavy rock classique et énergique. Menés de bras tatoués de maître par un Jesse Hughes toujours en grande forme et revigorés après un after show la nuit précédente dans un bar de la capitale, Les Eagles Of Death Metal se régalent, sont taquins et coquins. Le jeune public en prend plein les oreilles dans une ambiance brute et presque caricaturale de groupe de rockeurs ricains. Du bon rock, de l’alcool, de la sueur, des tatouages, une prestation très mâle et sexy, voilà qui tranche bien avec le public juvénile et sage des Arctic Monkeys et avec un Alex Turner à l’actuel look d’adolescent romantique. Et pourtant il y a bien une logique à tout cela, un élément coordinateur : Josh Homme. Membre fondateur et accessoirement batteur des Eagles Of Death Metal. Il se trouve être le producteur du dernier album des jeunes Monkeys : Humbug. Les Eagles semblent alors se poser là comme les garants du vrai rock and roll et porter une bienveillance quasi paternelle sur ces jeunots qui vont leur succéder sur scène. Passage de flambeau aux Arctic Monkeys : représentants les plus fameux de la génération pop rock montante et déjà bien en place.

Vis ma vie de fan d’Arctic Monkeys

Une fois les Eagles sortis de scène, un curieux concours de circonstances m’amène à intégrer la fosse non loin de la scène. Fascinante expérience ethnico-sociologique pour une ancienne combattante que d’approcher le noyau dur des fans d’Arctic Monkeys. Quelques constats de prime abord : le fan garçon d’Arctic Monkeys semble mêler intimement son initiation Indie Pop Rock à quelques expérience capillaires parfois fort douteuses. Quelques coups d’œil environnants et l’on comprend immédiatement qu’il existe bel et bien une clientèle masculine pour tous ces gels coiffants et modelants vantés par quelques pubs grotesques. Devant moi un jeune homme me lance un regard, que je devine puisque caché derrière une frange ultra longue dont la tenue oblique raidie par un kilo de gel est du plus grand effet. Un autre, blond pour la peine, n’a semble-t-il jamais joué à Sonic sur console sinon il n’aurait jamais osé imiter la coiffure hérisson du personnage Megadrive. Dans l’ensemble de la foule masculine, les cheveux sont mi-longs savamment ébouriffés mais surtout maintenus de manière à ce que rien ne bouge même quand tout le reste du corps se secoue violemment. Le fan d’Arctic Monkeys est donc jeune, sage et bien coiffé. Beaucoup de jeunes filles composent les premiers rangs ; la bonne surprise réside dans leur pseudo self contrôle : l’excitation est grande mais point de comportements d’idolâtrie hystérique. On déplorera juste un "Ahhhh Ohhhh !! Mais ce sont les pieds des Arctic Monkeys !!!!!!" Lorsque le rideau rouge du Zenith laissera apparaître quelques chaussures appartenant vraisemblablement à quelques roadies sur scène. Le public est fort jeune et les textos écrits sous mes yeux ("Papa viens plutôt me chercher à 22h50") sont attendrissants. Sur ma gauche trois adolescents se préparent à vivre l’expérience de leur vie et élaborent déjà quelques techniques de guerre : "Bon alors dès que la lumière s’éteint on fonce devant la scène !", "Ah ouais ouais !!" répondent les deux autres qui trépignent d’impatience. Avec leurs trois poils au menton ils ne risquent pas de provoquer un mouvement de foule lors de leur progression nerveuse vers l’avant. D’ailleurs les pauvres bougres réussirent au final à gagner trois places ridicules lors des sautillements joyeux du public sur un “Brianstorm” épatant. Il reste encore beaucoup à apprendre aux jeunots quant à La progression hargneuse dans une fosse de concert. Le jeu de coudes dans les omoplates, le marchage sur pieds ne s’acquiert pas en un concert. Qui plus est un concert à l’ambiance gentille et fraiche. 

Fontaine de jouvence, jardin des délices

Quand les Arctic Monkeys entrent en scène, on croit presque à une erreur de casting. Qu’ils font jeunes en vrai les Monkeys, surtout Alex Turner et ses cheveux longs qui lui donnent l’apparence d’un ange du rock : mignon, fragile... Alors oui ils sont jeunes et pourtant ils font preuve d’une belle maturité dans leur prestation et leur interprétation. Le public est enthousiaste, les morceaux sont connus, archiconnus et défilent sans temps mort. Toute la foule sautille dans tous les sens, même à un mètre de la scène la jeune génération remue allègrement et gentiment. Les morceaux sont vraiment bons et l’ambiance fort sympathique. Techniquement les membres des Arctic assurent une prestation plus qu’honnête, que ce soit au chant ou à la batterie on est parfois bluffé par une telle maîtrise. Point d’orgue du set : un final au milieu de milliers de confettis blancs et ors propulsés dans le public.


Après plusieurs années d’attente et une curiosité grandissante de voir enfin les Arctic Monkeys sur scène, la soirée fut des plus enrichissantes. Cette expérience personnelle, pour l’instant unique et fort encourageante, pousse à vouloir rapidement renouveler l’aventure live avec ces jeunes hommes. Ce ne sont pas les occasions qui devraient manquer. Pensez donc : ils ont tout juste 23 ans, déjà trois albums, des tournées qui ne désemplissent pas... Tout est réuni pour souhaiter au groupe de durer et d’embrasser une carrière rock des plus époustouflantes. Ces garçons marqueront durablement l’histoire musicale si ce n’est déjà fait.

dimanche 18 octobre 2009

Castanets - Stimultania, Strasbourg (04/10/2009)


La chance que nous avons, nous autres provinciaux, est de pouvoir profiter de certains artistes dans des conditions plus que particulières. Quand des associations audacieuses se bougent pour proposer des plateaux de qualité sans forcément tabler sur une affluence record et que le tout est proposé dans des endroits quasi-intimistes, on se dit que nous sommes vraiment chanceux d’échapper à quelques sordides caves parisiennes où les bavardages intempestifs se font généralement plus présents que la prestation de l’artiste pour lequel on s’est déplacé. Ce premier dimanche d’octobre l’association Komakino proposait au sein de la galerie Stimultania une soirée post folk un peu sombre avec Castanets et en première partie son compère Trevor Montgomery venu présenter son projet solo Lazarus. Lazarus n’est pas du genre rigolo. Le cheveu long, le bras tatoué, chaussé de mocassins de rockeur, l’américain propose des morceaux blues rock tendus. Prestation solitaire sympathique mais moyennement convaincante si ce n’est sur le dernier titre qui sera nettement plus emporté que les morceaux précédents. 

Raymond Raposa dit Castanets prend alors place accompagné de ses quatre musiciens pour nous proposer 40 minutes d’une prestation qui sera impeccable du début à la fin. Anti-Devendra Banhart (pour le glamour on repassera : la barbe courte, les cheveux gras, tongs aux pieds, emmitouflé dans un anorak informe) seule sa musique compte. Nous profitons d’une succession de morceaux doux où le chant particulier de Ray Raposa prend toute son ampleur. La magie opère d’autant mieux que le cadre se prête à merveille pour communier à l’écoute des fables et petites histoires musicales que Castanets nous narre. Fin de set tout en puissance, qui achève un bien beau moment en compagnie d’un bonhomme à l’esthétique musicale envoûtante.

vendredi 9 octobre 2009

Vandaveer - La Laiterie, Strasbourg (08/10/09)


The cute man, the guitar and The pink Lady
La petite salle de La Laiterie est déjà bien remplie, dans l’attente du concert de Jeremy Jay, quand Vandaveer entre en scène. Configuration minimale : le charmant, très charmant, excessivement charmant Mark à la guitare et sa sœur Rose qui, elle, prend place sur un tabouret. Leur simple arrivée sur scène crée déjà une belle ambiance. Lui, barbe naissante, son verre de vin à la main, guitare de l’autre s’avance vers nous radieux, magnifique sourire aux lèvres (voilà qui change de toutes ces pseudos stars qui déboulent en faisant la tronche.). Rose est, quant à elle, merveilleuse ! Chevelure rose bonbon, chaussures compensées à talons aiguilles compensés aussi, bas résilles en laine bleus, robe façon petite maison dans la prairie, décolleté généreux, verre et bouteille de vin rouge en main : le set peut débuter dans une ambiance des plus chaleureuses.
Ashes to ashes, dust to dust...
Niveau chant le duo est magique et met la barre très haut dès le deuxième morceau : leur superbe “Fisful Of Swoon”. Leur voix se fondent, se mêlent créant un enchantement quasi immédiat. Beauté de l’instant, style épuré, les mélodies qui portent l’ensemble sont tout aussi féériques. Mark Charles Heidinger, personnage déjà fort attirant, nous envoûte tout autant par sa présence vocale. Il y a de quoi énerver tout le monde surtout que l’homme est affable et de compagnie tout autant agréable. Il plaisante aisément, a oublié les paroles d’un morceau, nous raconte qu’il est fatigué, couvert de maquillage suite à une journée de tournage d’une vidéo au sud de Strasbourg, qu’il ne jouera pas le morceau en question tant ils l’ont joué et rejoué dix mille fois dans la journée, qu’en une semaine ils en sont à leur seconde vidéo tournée... aaah la vie d’artistes américains perdus dans les belles provinces françaises n’est pas de tout repos !
L’accueil du public est tout aussi chaleureux que le sont Mark et sa sœur. La complicité se retrouve non seulement sur la scène mais traverse aussi la salle de part en part. Au détour d’un morceau, il est question d’oppression, petit aparté concernant les années Bush, s’en suivra un petit moment promotionnel. Décidément cet homme sait tout faire et pour le coup de façon excellente. Que l’on soit amateur de chansons folks, de blues rock ou pas, le moment partagé avec Vandaveer ne peut être que fameux tant la générosité et le talent de ce couple fraternel et francophile transparaissent durant leur prestation.

mardi 18 août 2009

Festival La Route du Rock 2009

Route du Rock 2009 (collection été#19) - Saint-Malo - 14,15 et 16 août 2009

Seconde fois que je me rends à la Route du Rock, après un coup de cœur incroyable l’an passé pour ces lieux, ce site formidable et le caractère presque intimiste d’un festival à la programmation souvent pointue.
Public de connaisseurs, quelques « VIP »... heu beaucoup trop de « VIP », journalistes, photographes cette année : obligation de diffuser de faire parler, de faire venir du monde, le festival tentant de renflouer un déficit bien difficile à combler. Nos confrères de la Blogothèque-Arte Live ayant investi cette édition pour y tourner leurs célèbres et désormais cultes CAE, nous nous contenterons cette année de proposer sur le cargo des séries de photos et de rendre compte du festival à notre manière. A la lecture des différents comptes-rendus diffusés chez quelques confrères, on en oublierait presque que le festival de la route du rock ne se résume pas à quelques concerts emblématiques et une présence régulière au bar VIP. De toute manière, entre nous, pour ce qui s’y passe au bar VIP... hum, autant nous intéresser au reste.

19ème édition d’une route du rock terriblement ensoleillée cette année. Pas une goutte de pluie, on le regretterait presque, cela ne fait pas partie du décor habituel, mais où sont les bottes, les cirés, les cheveux mouillés, les gouttes qui perlent sur des visages grelottants ? ... et puis non on s’en accommode fort bien. Tee-shirts, débardeurs, visages rougis par le soleil voilà qui promet un festival léger et sympathique. La route du rock c’est un peu la colo des grands amateurs de rock indépendant, les mêmes têtes s’y retrouvent, on reprend ses petites habitudes plage, camping, apéros, concerts et même si la programmation n’est pas toujours des plus affolantes on vient toujours à Saint-Malo avec une grande impatience.

LES INCONTOURNABLES

Une nouvelle fois le festival propose une multitude d’occupations entre la scène jeunes talents, les concerts et les conférences du Palais du grand large, les écoutes Dj SET sur la plage avec cette année la douce Ethel qui a régalé nos farnientes ensoleillées par quelques sets savoureux. A noter aussi l’excellente idée d’avoir fait appel à deux de nos meilleurs labels : les bordelais de Talitre et le collectif effervescence pour reposer nos corps et nos oreilles en attendant les concerts de la plage. Timing oblige, le seul concert de la plage auquel j’ai pu assister fut celui des The Delano Orchestra. Belle entrée en matière dans le festival tout en douceur avec des morceaux intensément planants.
Pendant ces temps de plage, au Palais du grand large quelques autres artistes se produisent. Et comme tous les ans on ne sait où aller (choix cornélien entre « je bronze en musique » ou « je m’éduque avec Christophe Brault et sa conférence sur le bruit & la mélodie » ?) Honteusement cette année la conférence aura fait place à la quiétude musicale de la plage Bon-secours en charmantes compagnies. La particularité de la route du rock tient aussi dans l’excentration de ses différents lieux de festivités. Le gros du festival se passant au fort Saint-Père, l’un des périples inévitables est de parvenir à faire le trajet ville-fort sans trop de délais.
Comme l’an passé l’expérience navettes tient lieu d’expédition quasi héroïque. Déjà rien n’est indiqué nulle part concernant les lieux d’arrêt des navettes que ce soit à la gare ou devant le palais. Seuls quelques élus, dont je fais partie, connaissent le bon endroit stratégique, celui où ladite navette viendra stopper net à nos pieds. On se gausse sadiquement en observant quelques pauvres bougres bracelets ou tente quetchua à la main qui poireautent au mauvais endroit. En même temps vu le peu de places disponibles à chaque fois qu’une navette arrive, c’est une chance que des festivaliers moins perspicaces s’égarent. Ce n’est qu’une fois à bord du car qu’on leur criera : "ah ben mince vous attendiez pour la navette de la route du rock ? Non ?!?? Ne Vous en faites pas la prochaine arrive théoriquement dans une demi heure soit dans notre espace spatio-temporel une bonne grosse heure et demi !". Patience, patience... tel est le leitmotiv du festivalier non véhiculé.


DIS MOI CE QUE TU PORTES JE TE DIRAI PAR OÙ ENTRER

Arrivés sur le site, nous remarquons d’emblée que les sponsors ont encore bien investi le fort et pas forcément de manière très discrète. Évoquons vite fait cette file complètement ridicule à l’entrée du site réservée aux seuls possesseurs de chaussures Converse. File leur évitant une attente trop longue au milieu des autres festivaliers, pauvres minables, possesseurs de chaussures « autres ». Quand on se décarcasse des années entières dans les écoles à inculquer quelques valeurs concernant la marque et ses dérives nauséabondes, l’enseignante que l’on est, a vraiment du mal à comprendre comment des publicitaires peuvent avoir des idées aussi saugrenues. D’accord, le festival a besoin de sous et tant pis si on ne voit que le bus Converse au fond du site, on se calme en se disant que la marque, comme d’autres présentes sur place, a apporté là un soutien financier dont la route du rock avait besoin. Et puis l’honneur indé. est sauf : le stand des labels indépendants est toujours présent, on y retrouve entre autresClément et Adeline d’Another Records. Le festival au fort Saint-Père est bien en place, prêt à démarrer.


PROGRAMMATION ÉTONNANTE


Avant même le début du festival, la programmation 2009 fait jaser. La Route du Rock est réputée pour réunir des artistes connus, moins connus de la scène rock indépendante mais toujours de grands talents. Festivals de connaisseurs diront certains pour ne pas employer le gros mot d’élitistes. La programmation prévue cette année était quelque peu surprenante. Avec sur le papier une énorme journée du vendredi, un samedi très kills et un dimanche nettement moins attractif malgré les présences de Grizzly Bear et Dominique A. Il semblait que cette dernière journée manquait de tête d’affiche. Surprenant ? Peut-être pas tant que cela quand on connait les difficultés financières dans lesquels se trouve le festival depuis l’épisode Smashing Pumpkins. Dernière galère en date l’annulation de dernière minute de The Horrors avec un mépris pour le moins déplorable vis a vis de leur public et des organisateurs du festival.

GOUFFRE GÉNÉRATIONNEL

Le concert tant attendu du premier jour voire le concert de la route du rock 2009 était bien entendu celui des My Bloody Valentine. C’est à cette occasion que s’est créée une première scission au sein des festivaliers. Entre les quasi quadra et les autres : les juvéniles, les « à qui il faut encore tout apprendre ». MBV arrivent sur scène, têtes penchées, regards méchés et les accords explosent. Bon sang on est reparti en 1992 quand sur les bancs la fac on fantasmait sur un beau brun coiffé comme Kevin Shields, qu’on écoutait à la longueur de journées Ride et loveless des My Bloody. C’était le temps où l’on s’imaginait encore que nos amours seraient éternels. Mais là nous sommes en 2009, Bilinda Butcher et Kevin Shields sont face à nous sur la scène bretonne et étonnamment dans ce Fort Saint Père “Only Shallow” et “I only said” n’ont plus de paroles. Les mélodies sont bruyantes mais audibles, on fredonne alors dans nos têtes ce que l’on n’entend guère et on retrouve les atmosphères planantes des 90’s. Or nous sommes en 2009 et le groupe a d’autres préoccupations que le planant. C’est du bruit qu’il faut désormais faire. Tout n’est plus si doux, on navigue entre l’intense et l’insupportable qui sera atteint lors de “You Made Me Realize” et de ses presque 15 minutes d’un torrent de guitares saturées interminable. Prestation pas assez forte au goût des membres du groupe comme si d’année en année le poids du temps devait se ressentir dans l’intensité de leur prestation au risque de s’auto-caricaturer. Sublime diront les anciens, archi nuls et décevants pour la plupart du public présent.


AUTOUR DE MY BLOODY


Les new yorkais de Crystal Stilts avaient débuté la soirée. Sorte de rock noisy pop agréable. On apprécie rapidement le premier titre. Puis en vient un second qui étonnamment rappelle le premier, le troisième fait énormément penser au second d’ailleurs et le quatrième a ce je-ne-sais-quoi déjà entendu précédemment. C’est pas mal mais c’est toujours pareil, alors on se lasse. J’attendais beaucoup de la prestation de DeerhunterBradford Cox étant de ces artistes que l’on range dans la catégorie des génies déjantés. Et donc forcément avec lesquels on peut s’attendre au pire ou au meilleur. Ce ne fut pas terrible il faut bien l’avouer et ce n’est pas le joli minois du guitariste Lockett Pundt qui aidera à faire passer cette pilule amère : première déception.
Ceux qui n’ont pas déçus par contre ce furent les vétérans de Tortoise. On s’attendait à une prestation ennuyeuse, ce fut encore mieux que ça : complètement insupportable. Alors évidemment quand on aime moyennement le jazz-rock on ne peut pas être touchés par ces plages interminables qui semblent dater d’un temps où la musique se conjuguait avec lenteur et mollesse. Le groupe semble fatigué et nous on fatigue avec.
En fin de soirée, les rares festivaliers qui ne furent pas complètement achevés par le set de my bloody valentine eurent raison de rester pour apprécier le concert d’A Place to Bury Strangers. Avec un son qui paraissait parfait tant nos oreilles avaient été dévastées par le mur de son MBV, avec des morceaux efficaces et une prestation excellente pour un après gros concert, le groupe confirme sur scène l’excellente impression donnée par leur nouvel album.
The Horrors ayant annulé, les membres de Snowman les remplaçaient au pied levé. Seulement il était tard ou très tôt selon la façon dont on considère les choses. Et attendre une heure entre deux sets à plus de deux heures du matin, très peu y auront résisté. Ce fut très bien d’après ce que l’on m’en a dit.


JOURS DEUX : LES OBSCURS


Déjà il y a celle qu’on a quasiment ratée alors que ce n’était pas voulu. Papercuts nous intéressait moyennement et devait débuter la soirée, alors on a pris le temps d’arriver sur le site... pour y découvrir Saint Vincent au beau milieu de son set : inversion des passages de dernière minute. La frustration nous prend quand on réalise que la délicieuse brune, seule sur scène, assure énormément, proposant des morceaux intenses auxquels s’ajoute la magie de son chant. Le public est subjugué et je ne parle même pas de l’équipe de la blogothèqueChryde en tête qui se dandine comme des groupies devant leur belle. Du coup, on aura droit à Papercuts en intégralité : la faute au changement d’horaire. Ce n’est pas la nouvelle la plus réjouissante la journée, la prestation du groupe nous laissant une impression de morceaux peu terribles, interprétés moyennement. On oubliera vite. Viennent ensuite Camera Obscura qui me laisseront un souvenir quasi inexistant, c’était sans doute très bien, je ne sais plus, je n’en sais rien, la tête ailleurs à ce moment-là de la soirée, très certainement. Tous les esprits des festivaliers sont braqués sur le duo choc de la soirée : The Kills. Prestation impeccable, avec des morceaux toujours aussi efficaces, Alisson Mossart est malade parait-il, impossible de déceler la moindre faiblesse tant au niveau du chant que dans son jeu de scène. Les Kills assurent efficacement, ce n’est pas le concert de l’année pour le groupe mais le public malouin semble comblé.

POUR NOËL JE VEUX LA PANOPLIE PEACHES


Alors qu’on pensait avoir vécu le moment le plus intense de la soirée, voilà qu’entre en scène la canado berlinoise Merrill Beth Nisker plus connue sous le nom de Peaches. D’un coup, on quitte brutalement la sphère rock indé et nous nous laissons emporter dans une sorte de comédie musicale pour grands enfants avec une princesse trash vêtue d’une robe bouffante violette. Elle se jette dans la foule , se frotte sur toutes ces mains qui se collent à son corps, revient sur scène, se déshabille, est accompagnée de copines savamment dévêtues et lance à la foule de délicieux « You want me to be dirty ? You want me to be a slut ? » On oublie rapidement la qualité musicale, les morceaux, la prestation est légère, le moment est très plaisant. On s’amuse de ce show qui se veut trash bon enfant. Four Tet qui suivra aura, malgré un set bien rôdé, un peu de mal à maintenir l’attention rêveuse laissée dans nos têtes par la divine Peaches.

Y A D’LA JOIE


A la manière de la méthode coué on se prépare à terminer cette 19ème édition dans la joie et la bonne humeur voire le respect du seigneur (amen). Les artistes de ce dernier jour sont peut-être les meilleurs de cette édition 2009, les plus talentueux entre Andrew BirdBill Callahan et Dominique A. Mais on ne peut pas dire qu’ils brillent par l’allégresse qui accompagne leurs compositions. Le début de soirée est finement appréciée par les amateurs de folk . Puis le grand Dominique vient sur scène, seul. Évidemment Dominique A seul sur scène avec une guitare, ce n’est sans doute pas la formation la plus idéale pour la scène du fort saint père. Autant cela fait rêver dans une salle intimiste autant là on ne comprend pas trop. On aime bien le retrouver, Dominique, ses chansons réalistes qui racontent le vécu, ancrées dans une grande mélancolie et qui collent à nos existences depuis déjà un bon moment. Il est là seul sur cette grande scène, avec cette voix magnifique. Prestation impeccable mais trop Dominique A pour un festival comme la route du rock. Surtout pour un troisième jour où les artistes pêchus ne se bousculent pas au portillon. Belle prestation pourtant terriblement amère.
Fort heureusement, il y a le phénomène du moment pour tenter d’égayer tout cela : Grizzly Bear. Et pourtant, ce n’est pas la folie furieuse qui s’empare du public durant leur set. On apprécie sagement la prestation des auteurs du fameux Veckatimest, album ô combien apprécié par les critiques de tout poil. Honnêtement sur la fin du set le groupe se révèle, prend une toute autre dimension et laisse alors une bien belle impression. La nuit et le festival s’achèvent avec les prestations nettement plus techno dance de Simian Mobile Disco et Autokratz.

ET POUR PLUS TARD


Encore une année en baisse en terme de fréquentations : 15.000 entrées payantes contre 16.500 l’année précédente pour un festival qui cherche à tourner autour des 20 000 entrées. Il y aura une vingtième édition et il faut qu’il y ait cette vingtième édition car malgré tout la Route du Rock a cette particularité de proposer autre chose, une programmation du pas pareil. Alors, comme François Floret nous aussi on va se projeter en août 2010 avec peut-être comme le souhaiterait son organisateur Portishead ou Arcade Fire en têtes d’affiche. L’impossible n’étant pas irréalisable : on en rêve d’ores et déjà.